Francesca Caccini(1587 — 1641)

Francesca Caccini

grand-duché de Toscane

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MusiqueSpectacleTemps modernesBaroque naissant, début du XVIIe siècle, âge d'or des cours princières italiennes

Compositrice, chanteuse et instrumentiste italienne (1587-v.1641), Francesca Caccini est la première femme connue à avoir composé un opéra, La liberazione di Ruggiero (1625). Fille du compositeur Giulio Caccini, elle fut la musicienne la mieux payée de la cour des Médicis à Florence.

Faits marquants

  • 1587 : naissance à Florence, fille du compositeur Giulio Caccini
  • 1607 : entrée au service de la cour des Médicis comme chanteuse et compositrice
  • 1618 : publication du recueil Il primo libro delle musiche, l'un des plus importants de son époque
  • 1625 : composition de La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina, premier opéra connu composé par une femme
  • Reconnue de son vivant comme la musicienne la mieux rémunérée de la cour médicéenne

Œuvres & réalisations

Il primo libro delle musiche (1618)

Recueil de 36 pièces vocales (solos et duos) pour voix et basse continue, publié à Florence. C'est l'une des premières publications musicales majeures signées par une femme et un témoignage précieux du style baroque naissant.

La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina (1625)

Premier opéra connu composé par une femme, créé pour divertir le prince Władysław de Pologne à Florence. D'après l'Orlando furioso de l'Arioste, cet opéra sera repris à Varsovie, devenant l'un des premiers opéras italiens représentés hors d'Italie.

Ballo delle zigane (Ballet des Gitanes) (1615)

Divertissement musical et chorégraphique composé pour les fêtes de cour des Médicis. Il illustre le rôle de Francesca comme conceptrice des spectacles de la cour, bien au-delà de la seule interprétation.

Musiques pour la comédie La stiava (1625)

Partitions composées pour accompagner une comédie parlée jouée à la cour des Médicis. Elles témoignent de la diversité de ses commandes : Francesca composait aussi bien pour le théâtre que pour l'opéra.

Chansons spirituelles et profanes (manuscrits non publiés) (1607–1637)

De nombreuses compositions de Francesca Caccini sont restées manuscrites dans les archives médicéennes. Elles attestent d'une production continue et variée tout au long de ses trente années de carrière à la cour.

Anecdotes

Surnommée « La Cecchina » (le petit serin) dès l'enfance pour la beauté de sa voix, Francesca Caccini impressionne dès ses premières apparitions à la cour des Médicis. En 1604, un diplomate anglais de passage à Florence la décrit comme « la meilleure chanteuse d'Italie », et son père Giulio la présente volontiers comme son chef-d'œuvre vivant.

En 1625, Francesca Caccini crée La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina, le premier opéra connu composé par une femme. L'œuvre est commandée pour divertir le prince Władysław Sigismond de Pologne lors de sa visite à Florence, puis elle est reprise à Varsovie — l'une des toutes premières fois qu'un opéra italien est joué hors d'Italie.

Francesca Caccini était la musicienne la mieux payée de la cour des Médicis, avec un salaire annuel d'environ 180 scudi, soit deux fois plus que la plupart de ses collègues masculins. Les archives médicéennes montrent que la grande-duchesse Christine de Lorraine tenait absolument à la garder à son service, repoussant les offres d'autres cours européennes qui tentaient de la débaucher.

Son recueil Il primo libro delle musiche (1618) contient 36 pièces vocales, airs spirituels et profanes mêlés. C'est l'une des premières publications musicales importantes signées par une femme, et elle y démontre une parfaite maîtrise du nouveau style monodique — voix solo accompagnée — qui était alors en train de révolutionner la musique européenne.

Francesca ne se contentait pas de chanter et composer : elle enseignait aussi la musique aux jeunes aristocrates de la cour des Médicis, y compris parfois des membres de la famille grand-ducale. Cette activité pédagogique lui valait une position sociale exceptionnelle et une rémunération supplémentaire, rarissimes pour une musicienne au XVIIe siècle.

Sources primaires

Il primo libro delle musiche (Premier livre de musiques) (1618)
Recueil de 36 pièces vocales — madrigaux, airs spirituels et profanes — publié à Florence en 1618. Francesca y dédie plusieurs pièces à ses protecteurs médicéens et démontre sa maîtrise du style monodique (voix solo accompagnée par une basse continue).
La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina (partition imprimée, Florence) (1625)
Premier opéra connu composé par une femme. La partition imprimée à Florence en 1625 porte le nom de Francesca Caccini comme compositrice. Le livret est de Ferdinando Saracinelli, d'après l'Orlando furioso de l'Arioste.
Registres de comptes et correspondance de la cour des Médicis (Archives d'État de Florence) (1604–1637)
Les archives médicéennes conservent les bulletins de salaire de Francesca, des lettres de la grande-duchesse Christine de Lorraine vantant ses talents, et les refus opposés aux cours étrangères qui cherchaient à l'engager.
Rapport du diplomate anglais Sir Robert Cecil sur sa mission à Florence (1604)
Le diplomate décrit avoir entendu Francesca Caccini chanter à la cour des Médicis et la qualifie de « la plus excellente musicienne, peut-être, qui soit en Europe », soulignant sa maîtrise du chant, du luth et du clavecin.

Lieux clés

Florence, Toscane (Italie)

Ville natale de Francesca Caccini et centre de toute sa carrière. Florence est alors l'une des capitales musicales de l'Europe, sous la protection artistique et financière de la famille des Médicis.

Palazzo Pitti, Florence

Résidence principale des grands-ducs de Toscane, où Francesca travaillait quotidiennement. C'est ici qu'elle se produisait lors des grandes festivités médicéennes et qu'elle enseignait la musique aux nobles.

Villa di Poggio Imperiale, Florence

Villa suburbaine des Médicis où fut créée en 1625 La liberazione di Ruggiero, premier opéra composé par une femme, lors de la visite officielle du prince Władysław Sigismond de Pologne.

Lucques (Lucca), Toscane

Ville où Francesca s'installa après son second mariage avec le noble Tommaso Raffaelli en 1627. Elle y vécut plusieurs années avant de revenir définitivement à Florence.

Varsovie, Pologne

La liberazione di Ruggiero fut représentée à la cour polonaise peu après sa création florentine, faisant de cette œuvre l'un des premiers opéras italiens exportés et joués hors d'Italie.

Voir aussi