Frères banquiers d'origine bordelaise, disciples du saint-simonisme, ils financent le premier chemin de fer français (Paris–Saint-Germain, 1837) et fondent le Crédit Mobilier (1852), banque d'investissement novatrice qui rivalise avec les Rothschild sous le Second Empire.
Frères Pereire (Émile et Isaac)
Émile Pereire (1800-1875) et Isaac Pereire (1806-1880)
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Questions fréquentes
Faits marquants
- 1837 : inauguration de la ligne Paris–Saint-Germain, premier chemin de fer à vapeur à voyageurs en France, financé par les Pereire
- 1852 : fondation du Crédit Mobilier, première banque d'affaires moderne en France, avec l'appui de Napoléon III
- Années 1850-1860 : financement de lignes ferroviaires en France, Espagne, Autriche et Russie
- 1867 : faillite du Crédit Mobilier après une crise financière et la contre-offensive des Rothschild
- Leur nom est immortalisé par la station Pereire de la ligne 3 du métro parisien (inaugurée en 1911)
Œuvres & réalisations
Première ligne ferroviaire française pour voyageurs à traction vapeur, inaugurée le 26 août 1837 après plusieurs années de difficultés financières et techniques. Elle démontre la viabilité économique du chemin de fer en France et ouvre la voie au réseau national.
Banque d'investissement novatrice créée sous Napoléon III, première institution à lever massivement des capitaux populaires pour financer les grandes entreprises industrielles. Elle préfigure les banques d'affaires modernes et inspire des institutions similaires dans toute l'Europe.
Compagnie de navigation fondée par les Pereire qui relie la France à l'Amérique du Nord par vapeur. Elle devient l'une des grandes compagnies maritimes mondiales du XIXe siècle et reste active sous le nom de French Line jusqu'au XXe siècle.
Vaste ensemble de lignes ferroviaires dans le sud de la France financées par le Crédit Mobilier, reliant Bordeaux, Toulouse, Marseille et la frontière espagnole. Ce réseau structure durablement l'économie du Sud-Ouest français.
Palace parisien financé par les Pereire, premier hôtel de luxe moderne de Paris. Il incarne l'alliance entre capitalisme financier et développement urbain haussmannien au cœur du Second Empire.
Ouvrage théorique dans lequel Isaac Pereire expose sa vision saint-simonienne de l'économie et du crédit. Premier texte programmatique expliquant comment les banques d'investissement peuvent financer le développement industriel national.
Anecdotes
Le 26 août 1837, Émile et Isaac Pereire inaugurent la première ligne de chemin de fer française, Paris–Saint-Germain. Des médecins avaient affirmé que la vitesse de la locomotive rendrait fou les passagers, et des riverains redoutaient que la fumée tue leurs volailles. Pourtant, dès la première semaine, des milliers de Parisiens se pressent en gare Saint-Lazare, et la ligne devient immédiatement rentable.
Disciples fervents du philosophe Henri de Saint-Simon, les frères Pereire assistent dans leur jeunesse aux réunions des saint-simoniens à Paris. Cette doctrine, qui prône l'organisation de l'économie par des banquiers et des ingénieurs au service de l'industrie, les marque toute leur vie : chacune de leurs grandes entreprises — chemin de fer, Crédit Mobilier, Compagnie Générale Transatlantique — est présentée comme un progrès social autant qu'une source de profit.
La rivalité entre les Pereire et le banquier James de Rothschild est légendaire sous le Second Empire. Quand ils fondent le Crédit Mobilier en 1852, Rothschild fulmine et les qualifie de « sectaires dangereux », avant de monter une contre-offensive financière pour torpiller leurs projets ferroviaires. Cette guerre des banquiers, suivie dans toute l'Europe, tourne à l'avantage des Pereire pendant quinze ans, avant que l'effondrement du Crédit Mobilier en 1867 ne donne définitivement raison à leur rival.
Napoléon III est un allié décisif des Pereire : convaincu que les grandes entreprises de transport et de crédit transformeront la France, il facilite l'obtention de leurs concessions ferroviaires et approuve la création du Crédit Mobilier. En retour, les frères financent une partie de la modernisation des Grands Boulevards et contribuent à l'essor immobilier haussmannien. Cet appui impérial est à double tranchant : quand l'Empire s'affaiblit après 1866, les Pereire perdent leurs soutiens politiques.
Après la faillite retentissante du Crédit Mobilier en 1867-1868, qui ruine de nombreux petits porteurs, Émile Pereire refuse de fuir ses responsabilités. Il rédige une longue défense publique expliquant ses choix financiers et plaidant pour une réforme du crédit. Malgré la débâcle, les frères conservent une fortune personnelle et restent actifs dans leurs autres entreprises, notamment la Compagnie Générale Transatlantique qu'ils ont fondée en 1855.
Sources primaires
La Société a pour objet d'escompter, d'acheter et de vendre tous effets publics et valeurs mobilières, d'opérer toutes souscriptions de fonds publics, actions et obligations, de créer des obligations remboursables à terme, et généralement de concourir à toutes les opérations de crédit public et privé.
L'industrie est la source unique de toute richesse ; les banquiers et les hommes de crédit sont les organisateurs naturels des forces productives de la société. Leur mission est de mettre le capital au service du travail, non de stériliser la richesse dans des coffres-forts.
Le mouvement des voyageurs a dépassé toutes les espérances : plus de 400 000 personnes ont emprunté notre ligne dans les quatre premiers mois d'exploitation. Les recettes couvrent largement les frais d'exploitation, et nous pouvons affirmer que le chemin de fer à vapeur est appelé à transformer les communications françaises.
La France ne peut rester en arrière de l'Angleterre et de la Belgique dans la voie des chemins de fer. Chaque année de retard coûte à notre commerce et à notre industrie des millions que nos rivaux emportent. L'État doit choisir : ou construire lui-même ces voies, ou laisser l'initiative privée les construire sous son contrôle.
Messieurs, l'exercice 1856 a été des plus satisfaisants. Les participations dans les grandes entreprises de chemin de fer, de gaz et de navigation ont produit les résultats que nous attendions. Le dividende que nous vous proposons témoigne de la vitalité du principe de crédit mobilier appliqué au financement de l'industrie nationale.
Lieux clés
Ville natale des frères Pereire, issus d'une famille juive séfarade d'origine portugaise établie en Gironde. Ils quittent Bordeaux dans leur jeunesse pour s'installer à Paris et y faire carrière dans la finance saint-simonienne.
Point de départ de la ligne Paris–Saint-Germain inaugurée en 1837, premier terminus ferroviaire parisien. C'est ici que les frères Pereire concrétisent leur rêve de révolution des transports en France.
Installé dans un hôtel particulier du 8e arrondissement, le Crédit Mobilier est le cœur financier de l'empire Pereire sous le Second Empire. C'est là que se décident les grandes opérations finançant les chemins de fer européens.
Terminus de la première ligne de chemin de fer française (1837), financée par les Pereire. Cette ville royale, jusqu'alors accessible seulement en diligence, devient la première destination ferroviaire de France.
Vaste domaine rural acheté par Émile Pereire au sommet de sa réussite. Cette propriété somptueuse avec son parc à l'anglaise symbolise l'ascension sociale d'une famille juive bordelaise au sommet de la haute finance française.
Temple de la finance parisienne où les actions du Crédit Mobilier sont cotées et spéculées. Les Pereire y affrontent leurs rivaux Rothschild dans de mémorables batailles boursières suivies dans toute l'Europe.
Objets typiques

Les frères Pereire font venir d'Angleterre les premières locomotives pour la ligne Paris–Saint-Germain. Ces machines à vapeur, symboles du progrès industriel, incarnent leur foi saint-simonienne en la technique comme moteur de l'amélioration sociale.

Ces titres boursiers, vendus à 500 francs, permettent aux particuliers d'investir dans les grandes entreprises industrielles. Les Pereire inventent ainsi un nouveau rapport entre la finance et les classes moyennes, préfigurant la démocratisation de l'actionnariat.

Premier billet ferroviaire français, il matérialise la révolution des transports lancée par les Pereire. Un Parisien peut désormais atteindre Saint-Germain en moins de trente minutes, contre plusieurs heures en diligence.

Journal auquel collaborent Émile et Isaac Pereire dans les années 1830, diffusant les idées saint-simoniennes sur le rôle des banquiers et des ingénieurs dans la société industrielle. Il est le vecteur intellectuel de leur vision économique.

Documents imprimés distribués au public pour lever des fonds pour les chemins de fer ou le Crédit Mobilier. Les Pereire sont parmi les premiers à utiliser massivement ces techniques pour attirer les capitaux des épargnants ordinaires.

Tenue caractéristique des grands banquiers et hommes d'affaires du Second Empire, portée par les Pereire lors de leurs apparitions en bourse ou aux assemblées générales d'actionnaires, signalant leur appartenance à l'élite financière parisienne.

Le Crédit Mobilier finance une partie des grands travaux de rénovation parisiens conduits par Haussmann sous Napoléon III. Ces plans matérialisent l'alliance entre finance pereireenne et urbanisme impérial qui transforme Paris entre 1853 et 1870.
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Vie quotidienne
Matin
Les frères Pereire commencent leur journée tôt, dépouillant la presse financière — Le Journal des débats, Le Moniteur universel — avant d'arriver à leurs bureaux parisiens. Émile, plus extraverti, reçoit dès 8 heures ses collaborateurs et ses solliciteurs ; Isaac, plus réfléchi, commence par étudier les cours de la Bourse et les rapports de ses gérants. Les décisions stratégiques se prennent souvent lors de ces matinées de travail intense.
Après-midi
Les après-midis sont consacrés aux réunions d'affaires, aux visites de chantiers ferroviaires ou aux assemblées d'actionnaires. Sous le Second Empire, les frères Pereire fréquentent les ministères, négocient des concessions avec les préfets et les ministres des Travaux publics. Des rendez-vous à la Bourse de Paris ponctuent leurs journées, où leurs agents surveillent les cours des actions du Crédit Mobilier et des compagnies ferroviaires.
Soir
Les soirées sont souvent mondaines : les Pereire fréquentent les salons de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie financière du Second Empire. Ils reçoivent dans leurs hôtels particuliers des ingénieurs, des politiciens et des hommes d'affaires européens. Les discussions mêlent philosophie saint-simonienne, projets industriels et stratégies financières autour d'une table richement garnie.
Alimentation
À leur niveau de fortune, les frères Pereire mangent à la manière de la grande bourgeoisie parisienne du Second Empire : dîners élaborés avec viandes rôties, gibiers, poissons et desserts fins, servis par des domestiques. Ces repas sont autant des moments de convivialité que de négociation. Issus d'une famille séfarade pratiquante, ils maintiennent vraisemblablement certaines prescriptions alimentaires juives dans leur foyer.
Vêtements
Émile et Isaac Pereire s'habillent selon les codes de la haute bourgeoisie d'affaires du Second Empire : redingote noire ou sombre, gilet, cravate nouée haut, haut-de-forme. Leurs portraits montrent des hommes soignés, sans ostentation excessive, reflétant l'image sérieuse et respectable qu'ils souhaitent donner à leurs opérations financières. Lors des grandes inaugurations ferroviaires ou des audiences impériales, la tenue se fait plus solennelle.
Habitat
Au faîte de leur succès, Émile Pereire possède un hôtel particulier dans le quartier de la Madeleine à Paris ainsi que le château d'Armainvilliers en Seine-et-Marne, vaste propriété rurale avec parc et dépendances. Isaac habite également dans un quartier bourgeois de la rive droite. Ces demeures ostentatoires, entretenues par un nombreux personnel de maison, signalent l'ascension sociale spectaculaire d'une famille d'immigrants séfarades bordelais.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Ligne de chemin de fer Paris–Saint-Germain
1837
Fondation de la Société Générale du Crédit Mobilier
1852
Compagnie Générale Transatlantique (CGT)
1855
Réseau ferroviaire du Midi
1852-1865
Grand Hôtel de Paris (boulevard des Capucines)
1862
Isaac Pereire, Leçons sur l'industrie et les finances
1832






