Ballerine soviétique considérée comme l'une des plus grandes danseuses classiques du XXe siècle. Étoile du Bolchoï, elle incarna Giselle et Juliette avec une expressivité incomparable. Première danseuse à recevoir deux fois le titre de Héros du travail socialiste.
Galina Ulanova(1910 — 1998)
Galina Oulanova
Russie, Union soviétique, Empire russe
10 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La danse est la poésie des pieds.»
« Je ne danse pas, je vis sur scène.»
Faits marquants
- 1910 : naissance à Saint-Pétersbourg dans une famille liée au ballet impérial
- 1928 : débuts au Théâtre Kirov (Mariinsky) de Leningrad
- 1944 : rejoint le Ballet du Bolchoï à Moscou
- 1956 : tournée triomphale à Londres, révélation pour l'Occident
- 1962 : retraite scénique, devient enseignante au Bolchoï jusqu'à sa mort en 1998
Œuvres & réalisations
Rôle emblématique d'Ulanova, ce ballet romantique du XIXe siècle lui permit d'exprimer le tragique et l'expressivité psychologique qui la distinguait. Sa Giselle au deuxième acte, figure spectrale d'une pureté absolue, reste l'une des interprétations les plus célébrées de l'histoire du ballet.
Ulanova créa le rôle de Juliette et en devint l'interprète définitive. Sa collaboration artistique avec Prokofiev donna naissance à une vision de l'héroïne shakespearienne d'une intensité dramatique inégalée, qui fit du ballet soviétique un référence mondiale.
Dans les doubles rôles d'Odette et Odile, Ulanova démontra sa maîtrise technique autant que sa profondeur dramatique. Elle apporta à Odette une vulnérabilité et une mélancolie qui renouvelèrent l'interprétation traditionnelle du rôle.
Prokofiev écrivit ce ballet pendant la Seconde Guerre mondiale, et Ulanova incarna Cendrillon lors des premières représentations au Bolchoï. Son interprétation illustra la politique soviétique de diffusion d'œuvres accessibles et porteuses d'espoir après les années de guerre.
Ballet inspiré d'un poème de Pouchkine, dans lequel Ulanova interprète Maria, une jeune polonaise enlevée par un khan tatar. Ce rôle, qui mêle lyrisme et tragédie, fut l'un des premiers grands succès de sa carrière au Kirov.
Anecdotes
En octobre 1956, le Bolchoï se produit pour la première fois à Londres, à l'Opéra de Covent Garden. Ulanova, alors âgée de 46 ans, incarne Juliette sur scène. À la fin du spectacle, le public britannique reste debout à l'applaudir pendant plus de vingt minutes. Le danseur étoile britannique Margot Fonteyn, qui assistait au spectacle, déclara que c'était la plus grande chose qu'elle avait jamais vue sur une scène.
En 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, Staline ordonne personnellement à Ulanova de quitter Leningrad pour rejoindre le Bolchoï de Moscou. Elle est dévastée : elle a passé toute sa carrière au Kirov et la ville de Leningrad venait à peine de sortir d'un terrible siège de 872 jours. Mais nul ne refuse un ordre de Staline — elle s'exécute et deviendra la gloire absolue du Bolchoï.
En 1951, lors de la première tournée occidentale du Bolchoï à Florence, en Italie, le public du Teatro Comunale fait une ovation de près d'une demi-heure à Ulanova après Roméo et Juliette. Des spectateurs montent sur scène pour lui offrir des fleurs. Les journaux italiens titrent le lendemain : « Une déesse est venue de Russie. » C'est la première fois que le monde occidental découvre l'ampleur de son talent.
Ulanova a reçu le Prix Staline quatre fois (1941, 1946, 1947, 1950), ce qui témoigne de l'importance du ballet classique comme outil de prestige dans l'URSS soviétique. Pourtant, elle restait profondément discrète et refusait les mondanités, préférant passer ses soirées libres à lire ou à peindre — une passion secrète qu'elle pratiquait toute sa vie.
Après avoir raccroché ses chaussons en 1960 à l'âge de 50 ans — longévité exceptionnelle pour une danseuse étoile —, Ulanova devint répétitrice au Bolchoï pendant près de quarante ans. Elle forma notamment Ekaterina Maximova et Vladimir Vasiliev. À 88 ans, la semaine précédant sa mort en mars 1998, elle assistait encore aux répétitions du Bolchoï pour corriger le port de bras de ses élèves.
Sources primaires
« Dès l'enfance, la danse n'était pas pour moi un plaisir, mais un travail — un travail que l'on apprend à aimer parce qu'il exige tout ce que vous avez. Ma mère ne me laissait jamais tricher avec moi-même à la barre. »
« Ulanova's Juliet is one of the supreme achievements of the human spirit in our time. There is nothing in Western ballet to compare with it. »
« Ulanova possède ce que peu de danseuses ont : elle ne danse pas la musique, elle la vit de l'intérieur. Lorsqu'elle entre en scène, la partition devient chair. »
« Pour services exceptionnels rendus à l'art chorégraphique soviétique et contribution au rayonnement culturel de l'Union soviétique à l'étranger, le titre de Héros du travail socialiste est décerné à la citoyenne Galina Sergueïevna Ulanova. »
Lieux clés
Ville natale d'Ulanova et berceau de sa formation. Elle étudia à l'École chorégraphique de Leningrad (aujourd'hui Académie Vaganova) et débuta sa carrière au Ballet Kirov (Théâtre Mariinsky), le temple du ballet classique russe.
Scène principale d'Ulanova de 1944 jusqu'à sa retraite en 1960, puis lieu de travail comme répétitrice jusqu'à sa mort en 1998. Le Bolchoï est le symbole du prestige artistique soviétique et mondial.
Lieu de la tournée historique du Bolchoï en octobre 1956, où la prestation d'Ulanova dans Roméo et Juliette et Giselle suscita une émotion collective sans précédent et changea la perception occidentale du ballet soviétique.
Scène de la première apparition d'Ulanova et du Bolchoï en Occident, en 1951. La réception enthousiaste du public florentin lança l'idée que le ballet soviétique pouvait conquérir le monde occidental.
Lieu de sépulture de Galina Ulanova depuis sa mort le 21 mars 1998. Ce cimetière prestigieux accueille les grandes figures de la culture, des sciences et de la politique soviétique et russe.
Objets typiques

Pièce maîtresse de la danseuse classique, les chaussons de pointe permettent de danser sur l'extrémité des orteils. Ulanova en usait plusieurs paires par semaine lors des grandes productions et préparait elle-même ses chaussons en les assouplissant et les renforçant selon sa technique personnelle.

La jupe longue et vaporieuse en tulle blanc, caractéristique des ballets du XIXe siècle comme Giselle. Ulanova préférait le tutu romantique au tutu classique court, car il correspondait à sa danse lyrique et expressive, fondée sur les lignes et la fluidité plutôt que sur la virtuosité technique.

Résine végétale en poudre que les danseurs frottent sous leurs chaussons pour éviter de glisser sur le parquet de scène. Présente dans toutes les coulisses du Bolchoï, elle est l'un des objets quotidiens les plus humbles et indispensables de la vie d'une ballerine professionnelle.

Dans les salles d'entraînement du Bolchoï et du Kirov, les murs entiers couverts de miroirs permettent aux danseurs de surveiller en temps réel leur posture et leurs gestes. Ulanova passait des heures quotidiennes devant ces miroirs, perfectionnant chaque détail d'expression et de mouvement.

La partition du ballet composé par Sergueï Prokofiev en 1935-1936 est intimement liée à la carrière d'Ulanova, qui créa le rôle de Juliette à Leningrad en 1940. Elle s'imprégnait de la musique pour construire le caractère de son personnage de l'intérieur, travaillant main dans la main avec les chefs d'orchestre.

Décoration civile la plus haute de l'URSS, remise à Ulanova en 1974 puis en 1980. Être la seule artiste à l'avoir reçue deux fois illustre le statut exceptionnel du ballet dans la politique culturelle soviétique, où les danseurs étaient traités comme des héros nationaux au même titre que les cosmonautes ou les athlètes olympiques.
Programmes scolaires
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
La journée d'Ulanova commençait invariablement par un cours de barre à 10h au Bolchoï, même les jours de représentation. Ce rituel quotidien d'une heure — enchaînements de pliés, tendus, battements au niveau de la barre — était pour elle non pas un échauffement mais une méditation corporelle. Sa mère lui avait enseigné que la barre n'est jamais acquise, même pour une étoile internationale.
Après-midi
Les après-midi étaient consacrés aux répétitions en salle avec l'orchestre ou au piano. Ulanova travaillait chaque rôle avec une précision obsessionnelle, répétant parfois un seul geste pendant deux heures pour en capturer l'intention intérieure. Elle lisait également les textes littéraires à l'origine des ballets — Goethe, Shakespeare, les contes — pour nourrir son interprétation au-delà de la technique.
Soir
Les soirs de représentation, Ulanova arrivait au théâtre deux heures avant le lever de rideau pour se maquiller et se mettre dans l'état intérieur du personnage. Elle ne se mêlait pas aux bavardages des coulisses et restait seule, en silence. Après le spectacle, épuisée mais sereine, elle rentrait chez elle en évitant les réceptions officielles dont elle horreur, malgré les pressions du régime soviétique.
Alimentation
Comme toutes les danseuses classiques de son époque, Ulanova suivait une alimentation strictement contrôlée pour maintenir sa légèreté scénique. Elle mangeait peu à midi — soupe, légumes, un peu de viande blanche — et quasiment rien avant une représentation du soir. Les repas copieux étaient réservés aux jours de repos. Elle buvait peu d'alcool mais appréciait le thé noir très fort, véritable rituel russe.
Vêtements
Hors scène, Ulanova s'habillait simplement, refusant l'ostentation malgré son statut de star nationale. Elle portait des vêtements fonctionnels : justaucorps et jupes de répétition au théâtre, manteaux sobres en ville. À l'étranger lors des tournées, elle était habillée par la délégation soviétique qui fournissait aux artistes des tenues présentables — la sobriété soviétique contrastait avec l'élégance occidentale des années 1950.
Habitat
En tant qu'artiste d'État honorée, Ulanova bénéficiait d'un appartement spacieux à Moscou — un privilège rare en URSS où le logement était une denrée rare et distribuée par l'État. Son appartement était meublé avec goût mais sans luxe ostentatoire : bibliothèque fournie, piano, et des toiles qu'elle avait elle-même peintes. Elle y menait une vie retirée, loin des réceptions officielles que les dignitaires soviétiques attendaient des artistes célèbres.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Giselle (A. Adam)
1932 (première interprétation par Ulanova)
Roméo et Juliette (S. Prokofiev)
1940 (création mondiale au Kirov, Leningrad)
Le Lac des cygnes (P. Tchaïkovski)
Années 1930-1950 (nombreuses reprises)
Cendrillon (S. Prokofiev)
1945 (création au Bolchoï)
La Fontaine de Bakhtchisaraï (B. Asafiev)
1934






