Geoffroy de Monmouth(1100 — 1155)
Geoffroy de Monmouth
royaume d'Angleterre, Royaume de Glywysing
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Clerc et historien gallois du XIIe siècle, il est l'auteur de l'Historia Regum Britanniae (vers 1138), œuvre fondatrice de la légende arthurienne. Il contribua à forger le mythe du roi Arthur et à diffuser les traditions celtiques dans la culture médiévale européenne.
Faits marquants
- Vers 1100 : naissance probable au Pays de Galles ou dans la région de Monmouth
- Vers 1138 : rédaction de l'Historia Regum Britanniae, source principale de la légende du roi Arthur
- Vers 1150 : rédaction de la Vita Merlini, consacrée au personnage de Merlin
- 1152 : consacré évêque de Saint-Asaph au Pays de Galles
- 1155 : mort de Geoffroy de Monmouth
Œuvres & réalisations
Première œuvre diffusée de Geoffrey, ce texte en latin présente les oracles sibyllins du prophète Merlin sous forme d'allégories politiques et cosmiques. Circulant d'abord indépendamment, il fut ensuite intégré au livre VII de l'Historia et connut un succès considérable dans les cercles politiques médiévaux.
Chef-d'œuvre de Geoffrey, cette chronique en latin retrace l'histoire légendaire de la Bretagne depuis Brutus de Troie jusqu'au VIIe siècle, plaçant Arthur au sommet d'une généalogie royale fictive. Elle constitue la source fondatrice de la légende arthurienne et fut copiée dans plus de 200 manuscrits médiévaux.
Poème latin de plus de 1 500 vers qui approfondit la figure de Merlin, montrant le prophète retiré dans la forêt de Calédonie après la bataille d'Arfderydd. Cette œuvre enrichit la tradition merlinienne en y intégrant des éléments de cosmologie médiévale, de magie naturelle et de philosophie hermétique.
Anecdotes
Geoffrey de Monmouth prétendait avoir traduit son Historia Regum Britanniae depuis un « très ancien livre en langue bretonne » que lui aurait remis Walter, archidiacre d'Oxford. Les historiens modernes doutent que ce livre ait jamais existé : il s'agirait d'un procédé rhétorique courant au Moyen Âge pour conférer de l'autorité à une œuvre en grande partie inventée. Cette mise en scène révèle un auteur pleinement conscient de la liberté qu'il prenait avec l'histoire.
C'est Geoffrey qui, le premier, donne à Merlin — tiré du personnage gallois Myrddin — un rôle central dans la naissance du roi Arthur. Il invente notamment la scène où Merlin utilise sa magie pour transporter les pierres de Stonehenge depuis l'Irlande jusqu'à la plaine de Salisbury. Cette légende fut longtemps prise pour argent comptant, illustrant le pouvoir extraordinaire des récits fondateurs.
Nommé évêque de Saint-Asaph au pays de Galles en 1152, Geoffrey ne put jamais prendre possession de son diocèse : la région était en guerre et les Gallois résistaient à toute autorité étrangère. Ironie de l'histoire, le grand chantre des traditions celtiques était rejeté par le peuple dont il prétendait raconter la gloire.
Le chroniqueur Guillaume de Newburgh, à la fin du XIIe siècle, fustige Geoffrey en l'accusant d'avoir « inventé des fables absurdes » et d'avoir « menti impudemment ». Pourtant, c'est précisément ce mélange d'histoire et de fiction qui assura à l'Historia un succès extraordinaire : l'œuvre fut copiée dans plus de 200 manuscrits médiévaux, ce qui en fait l'un des textes latins médiévaux les plus diffusés d'Europe.
Geoffrey fut le premier à faire d'Avalon un lieu littéraire précis, dotant Arthur d'une mort mystérieuse sur cette île enchantée gardée par la fée Morgane. Ces inventions devinrent des vérités mythiques, reprises par Wace, Chrétien de Troyes puis toute la littérature européenne — une chaîne narrative dont Geoffrey est l'anneau fondateur, le créateur involontaire d'un mythe encore vivant aujourd'hui.
Sources primaires
Dum mecum multa et de multis saepius animo revolvens in historiam regum Britanniae inciderem, in mirum contuli quod infra mentionem quam de eis Gildas et Beda luculento tractatu fecerant nihil de regibus qui ante incarnationem Christi inhabitaverant, nihil etiam de Arturo ceterisque compluribus qui post incarnationem successerunt repperissem.
Cessabit religio et transmigratio episcoporum erit. Desertos videbit urbes et diruta moenia oppidum. Veniet tempus quando aurum lanarum pretio commutabitur et herba pabulum pecori negabit.
Merlinus ut primum post bella feroci / Corde suo lacrimas emisit et ingemuit alte / Conspicit en socium mediis periturum in armis.
Tibi igitur, Roberte consul Gloucestriae, haec nostra translatio grata esse poterit, qui philosophiae tam studiosus es ut et ipsam modernorum inopiam in pristinam felicitatem reducere possis.
Lieux clés
Ville natale présumée de Geoffrey, bourg à la frontière entre Angleterre et Galles. Ce lieu de naissance hybride explique son attachement aux traditions celtiques galloises et sa capacité à les transmettre en latin pour un public normand.
Cité intellectuelle où Geoffrey passa l'essentiel de sa vie comme chanoine de Saint-Georges. C'est là qu'il rédigea l'Historia dans l'effervescence d'un milieu savant en plein essor, entouré d'autres clercs et de mécènes normands.
Cité romaine au pays de Galles que Geoffrey fait du siège de la cour d'Arthur, décrivant ses amphithéâtres et ses palais dorés. Ce lieu réel devient sous sa plume la ville mythique par excellence de la chevalerie arthurienne.
Mégalithe que Geoffrey intègre à son récit en affirmant que Merlin transporta par magie ses pierres depuis l'Irlande. Cette légende inventée ancra durablement Stonehenge dans l'imaginaire arthurien et magique de l'Occident médiéval.
Île enchantée où Geoffrey envoie Arthur mourir après la bataille de Camlann, soigné par la fée Morgane. Lieu purement légendaire, il fut ultérieurement identifié à Glastonbury par les moines qui « découvrirent » la tombe d'Arthur en 1191.
Diocèse dont Geoffrey fut nommé évêque en 1152 sans jamais pouvoir en prendre le contrôle effectif, en raison des guerres galloises. Ironie suprême : le chantre des Bretons fut rejeté par le peuple même dont il célébrait la gloire légendaire.
