Geoffroy de Monmouth est un clerc et chroniqueur gallois du XIIe siècle, célèbre pour son « Historia regum Britanniae » (vers 1136). Cette œuvre, mêlant histoire et légende, popularisa la figure du roi Arthur et de l'enchanteur Merlin, façonnant durablement la matière de Bretagne.
Geoffroy de Monmouth(1100 — 1155)
Geoffroy de Monmouth
royaume d'Angleterre, Royaume de Glywysing
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Né vers 1100, probablement à Monmouth au pays de Galles, dans un contexte anglo-normand
- Rédige vers 1135 les « Prophetiae Merlini » (Prophéties de Merlin), intégrées ensuite à son grand œuvre
- Achève vers 1136 l'« Historia regum Britanniae », histoire légendaire des rois de Bretagne fondatrice du mythe arthurien
- Compose vers 1150 la « Vita Merlini », poème latin consacré au personnage de Merlin
- Ordonné évêque de Saint-Asaph en 1152, il meurt vers 1155
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre de Geoffroy, cette chronique en latin retrace l'histoire légendaire de la Bretagne depuis Brutus de Troie jusqu'aux rois du VIIe siècle. Elle constitue la source principale de la légende arthurienne et fut l'un des textes latins les plus copiés du Moyen Âge, avec plus de 200 manuscrits conservés.
Texte de prophéties attribuées à Merlin, rédigé avant l'Historia et ensuite intégré à celle-ci. Ces prophéties cryptiques et métaphoriques furent prises très au sérieux par les contemporains, certains y voyant des prédictions politiques réelles sur l'avenir des royaumes chrétiens.
Long poème latin qui prolonge la figure de Merlin en le montrant comme un barde gallois devenu fou après une bataille sanglante, retiré dans la forêt de Calédonie. Cette œuvre révèle les sources celtiques profondes de Merlin et sa double nature — prophète et homme brisé par la guerre.
Anecdotes
Geoffroy de Monmouth affirme avoir traduit son Historia Regum Britanniae depuis un « très ancien livre en langue bretonne » que lui aurait remis l'archidiacre Walter d'Oxford. Aucun historien n'a jamais retrouvé ce mystérieux volume, et la plupart des médiévistes pensent aujourd'hui qu'il n'a jamais existé — c'était une ruse littéraire classique pour donner une apparence d'authenticité à une œuvre en grande partie inventée.
Merlin tel que nous le connaissons est en grande partie une invention de Geoffroy. Il s'inspira d'un personnage gallois nommé Myrddin, barde fou vivant dans une forêt, et lui donna une nouvelle identité : le sage enchanteur qui organise la conception d'Arthur à Tintagel et prédit le destin de la Bretagne insulaire. Geoffroy latinisa même le nom en Merlinus pour éviter une consonance vulgaire en latin.
Quand Geoffroy publie ses Prophetiae Merlini vers 1134, le texte circule comme s'il s'agissait de vraies prophéties révélées à un enchanteur. Des clercs, des rois et même des prélats cherchent à y déchiffrer l'avenir de l'Europe. Ces « prophéties » sont pourtant une fiction littéraire habile, preuve que Geoffroy savait manipuler les croyances de son époque avec une habileté redoutable.
Le chroniqueur Guillaume de Newburgh traite Geoffroy sans ambages de menteur : « Il a inventé des absurdités fabuleuses sur un Arthur qu'il promeut bien au-delà de ce que mérite la vérité. » Malgré ces critiques acerbes, l'Historia Regum Britanniae connut un succès foudroyant et fut l'un des textes latins les plus copiés du Moyen Âge, avec plus de 200 manuscrits conservés.
Nommé évêque de Saint-Asaph en 1152, Geoffroy n'aurait jamais mis les pieds dans son diocèse gallois, trop occupé par les guerres civiles qui ravageaient l'Angleterre. Ce détail illustre parfaitement la distance entre la vie réelle de cet homme d'Église et le monde légendaire et breton qu'il avait construit dans ses livres — un bâtisseur de mythes happé par l'Histoire.
Sources primaires
Britannia, insularum optima, in occidentali oceano inter Galliam et Hiberniam sita, octingentas in longum miliaria et ducenta in latum milliaria continens, quidquid mortalium usui congruit, indeficienti fertilitate ministrat.
Cessabit Arturi propago et seminis eius fecunditas veterescet. Postmodum ex Corinea veniet qui successori suo dolum parabit.
Merlinus ut vidit tantam concurrere plebem, vult latitare, cupit silvas adire remotas, ingressusque nemus gavisus, noluit inde egredi, nec habere sui curam rationis.
Artur le rei, qui bien le fist, seignur de Bretaigne conquist Normendie, Anjou, Gascuigne, Poitou, Alvernie et Borguigne.
Constat enim hunc hominem, pro quodam absurdarum fabularum arte, quam de Arturo et eius successoribus finxerat, ad maiorem ambitum quam veritas requirebat, laudis gratia Britannorum res gestas adornasse.
Lieux clés
Ville de naissance probable de Geoffroy, à la frontière entre Angleterre et Pays de Galles. Ce territoire de marche, où se mêlaient cultures normande, anglo-saxonne et galloise, a nourri son imagination et son intérêt pour les traditions celtiques et bretonnes.
Centre intellectuel où Geoffroy exerça comme chanoine pendant de nombreuses années. C'est là qu'il rédigea ses grandes œuvres et côtoya Walter, archidiacre d'Oxford, à qui il attribua fictivement la remise du légendaire « livre breton ».
Selon l'Historia, c'est dans ce château inaccessible que Merlin permit à Uther Pendragon de concevoir Arthur. Ce lieu réel de la côte cornouaillaise est devenu, grâce à Geoffroy, le berceau mythique du roi Arthur — un site de pèlerinage arthurien encore visité aujourd'hui.
Ancienne ville romaine que Geoffroy choisit comme Camelot avant la lettre — la cour fastueuse du roi Arthur, lieu de tournois et de chevalerie. Ce choix d'une cité romaine réelle ancrait la légende arthurienne dans une géographie crédible.
Abbaye associée depuis Geoffroy à l'île d'Avalon, où Arthur est emmené après sa dernière bataille. En 1191, les moines de Glastonbury prétendirent avoir retrouvé le tombeau d'Arthur, exploitation directe du mythe que Geoffroy avait semé cinquante ans plus tôt.
Siège épiscopal auquel Geoffroy fut nommé en 1152, quelques années avant sa mort. Cette ville galloise marque l'ultime étape d'une carrière ecclésiastique menée à l'ombre des livres et des légendes.





