Hattie McDaniel(1893 — 1952)

Hattie McDaniel

États-Unis

9 min de lecture

SpectacleSociétéXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, âge d'or d'Hollywood et période de ségrégation raciale aux États-Unis

Actrice américaine (1893-1952), Hattie McDaniel est la première Afro-Américaine à remporter un Oscar, pour son rôle de Mami dans Autant en emporte le vent (1939). Sa carrière illustre les tensions entre succès artistique et ségrégation raciale aux États-Unis.

Faits marquants

  • Née le 10 juin 1893 à Wichita, Kansas, dans une famille afro-américaine
  • Remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1940 pour Autant en emporte le vent (1939)
  • Première Afro-Américaine à remporter un Oscar et à assister à une cérémonie des Oscars
  • Durant la cérémonie, elle fut contrainte de s'asseoir à une table séparée en raison de la ségrégation
  • Décède le 26 octobre 1952 d'un cancer du sein à Los Angeles

Œuvres & réalisations

Autant en emporte le vent (Gone with the Wind) (1939)

Film épique de Victor Fleming dans lequel McDaniel incarne Mami, gouvernante noire et figure d'autorité de la plantation O'Hara. Son interprétation, à la fois forte et nuancée, lui valut l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, une première historique pour une Afro-Américaine.

Imitation of Life (1934)

Drame de John M. Stahl qui explore frontalement les thèmes du racisme et de l'identité raciale aux États-Unis. McDaniel y tient un rôle secondaire dans un film remarquable pour son époque par sa volonté d'aborder les contradictions de la société américaine ségrégationniste.

Show Boat (1936)

Adaptation musicale du roman de Edna Ferber dans laquelle McDaniel incarne Queenie. Ce film traite directement de la ségrégation raciale dans le sud des États-Unis et offrit à McDaniel l'un de ses rôles les plus marquants avant Autant en emporte le vent.

Alice Adams (1935)

Film de George Stevens avec Katharine Hepburn, dans lequel McDaniel joue un rôle comique remarqué. Sa performance lui permit d'affirmer sa capacité à travailler avec les plus grandes stars hollywoodiennes de l'époque.

The Beulah Show (émission radiophonique) (1947-1952)

Série radiophonique nationale dans laquelle Hattie McDaniel joue Beulah, une domestique afro-américaine joviale. Malgré les critiques sur le stéréotype du personnage, elle fut l'une des premières femmes noires à tenir un rôle-titre dans une grande émission diffusée à l'échelle nationale.

Anecdotes

Le 29 février 1940, lors de la cérémonie des Oscars à l'Ambassador Hotel de Los Angeles, Hattie McDaniel ne put pas s'asseoir avec ses co-stars blancs de Autant en emporte le vent. En raison de la ségrégation raciale, elle fut placée à une table séparée au fond de la salle du Coconut Grove. Lorsqu'elle monta sur scène pour recevoir son Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, elle fut la première Afro-Américaine à remporter cette distinction dans toute l'histoire du cinéma.

La NAACP critiquait régulièrement les rôles de domestique joués par McDaniel, estimant qu'ils perpétuaient des stéréotypes racistes dégradants pour les Afro-Américains. Elle répondait avec pragmatisme : 'Je préfère jouer les bonnes à Hollywood que vraiment l'être.' Cette phrase résume toute l'ambiguïté de sa situation : artiste reconnue et bien payée, mais cantonnée par le système hollywoodien à des rôles de servante.

En 1945, Hattie McDaniel emménagea dans le quartier huppé de Sugar Hill à Los Angeles, où vivaient plusieurs célébrités noires. Les voisins blancs intentèrent un procès pour l'expulser en invoquant des clauses contractuelles interdisant la vente aux non-Blancs. McDaniel se défendit avec détermination devant les tribunaux et remporta la victoire, dans une décision judiciaire précurseur de la grande lutte pour les droits civiques.

Pour la grande première mondiale de Autant en emporte le vent à Atlanta en décembre 1939, Hattie McDaniel fut contrainte de ne pas assister à l'événement en raison des lois de ségrégation en vigueur en Géorgie. David O. Selznick, le producteur, lui envoya un télégramme d'excuses. Clark Gable envisagea lui-même de boycotter la soirée en solidarité, mais McDaniel l'en dissuada pour éviter de compromettre le succès commercial du film.

Hattie McDaniel avait demandé à être enterrée au Hollywood Cemetery (aujourd'hui Hollywood Forever), mais sa requête fut refusée en raison de la ségrégation raciale qui y était pratiquée. Elle fut inhumée au cimetière de Rosedale à Los Angeles. En 1999, un cénotaphe lui fut finalement érigé à Hollywood Forever Cemetery, lui rendant l'hommage posthume qu'elle méritait depuis longtemps.

Sources primaires

Discours d'acceptation de l'Oscar de Hattie McDaniel (29 février 1940)
C'est l'un des moments les plus heureux de ma vie. J'espère sincèrement avoir toujours été et être toujours une source de fierté pour ma race et pour l'industrie cinématographique.
Documents judiciaires de l'affaire des clauses restrictives raciales, Sugar Hill, Los Angeles (1945)
Les plaignants afro-américains, dont Hattie McDaniel, contestèrent les clauses d'exclusion raciale inscrites dans leurs contrats d'acquisition immobilière, faisant valoir leur inconstitutionnalité au regard du XIVe amendement.
Interview de Hattie McDaniel, magazine Our World (1947)
Je joue les rôles qu'on me propose avec tout le talent dont je suis capable. La dignité d'une artiste ne se mesure pas au titre du personnage qu'elle incarne, mais à la manière dont elle l'incarne.
Télégramme de David O. Selznick à Hattie McDaniel, concernant la première d'Atlanta (Décembre 1939)
Je regrette profondément que les circonstances nous privent de votre présence lors de la première à Atlanta. Votre interprétation de Mami est l'une des contributions les plus précieuses de ce film.

Lieux clés

Wichita, Kansas, États-Unis

Ville natale de Hattie McDaniel, née le 10 juin 1893. Son père Henry était ancien esclave et ancien soldat de l'armée de l'Union ; sa mère Susan Holbert était chanteuse de gospels, transmettant à sa fille l'amour du chant et de la scène.

Hollywood, Los Angeles, Californie, États-Unis

Capitale du cinéma américain où Hattie McDaniel construisit toute sa carrière à partir des années 1920. Elle y fut à la fois célébrée sur les écrans et confrontée à la ségrégation dans les coulisses des studios et dans la vie quotidienne de la ville.

Ambassador Hotel (salle Coconut Grove), Los Angeles

Lieu de la 12e cérémonie des Oscars, le 29 février 1940, où Hattie McDaniel reçut son prix historique. En raison de la ségrégation, elle fut assignée à une table séparée à l'écart de ses co-stars blancs, ce qui n'empêcha pas sa victoire de faire l'effet d'un séisme dans l'industrie.

Quartier Sugar Hill, Los Angeles, Californie

Quartier résidentiel aisé de Los Angeles où McDaniel emménagea en 1945, parmi d'autres célébrités afro-américaines. Sa victoire judiciaire contre les clauses restrictives raciales dans ce quartier préfigura les grandes avancées législatives des droits civiques.

Cimetière de Rosedale, Los Angeles, Californie

Lieu de sépulture de Hattie McDaniel depuis 1952. Sa demande d'être inhumée au Hollywood Cemetery lui avait été refusée pour des raisons raciales. En 1999, un cénotaphe lui fut érigé au Hollywood Forever Cemetery en reconnaissance tardive de son legs historique.

Voir aussi