Hippolyte Fauche(1797 — 1869)

Hippolyte Fauche

France

9 min de lecture

LettresMythologieMilitaireSpiritualitéXIXe siècleXIXe siècle, époque des grandes orientalistes européens et de l'essor des études sanskrites en Occident

Orientaliste et sanscritiste français du XIXe siècle, Hippolyte Fauche est le premier traducteur intégral du Mahabharata en français. Son œuvre colossale a ouvert la littérature épique indienne au public francophone.

Faits marquants

  • Né en 1795 à Rouen, mort en 1869
  • Premier traducteur intégral du Mahabharata en français (1863-1870)
  • A également traduit le Ramayana et d'autres textes sanskrits majeurs
  • Membre correspondant de l'Institut de France
  • A contribué à populariser la littérature indienne classique en France

Œuvres & réalisations

Le Ramayana de Valmiki (1854–1858)

Première traduction française complète du Ramayana, en deux volumes. Cette œuvre pionnière fit connaître l'épopée de Rama au public francophone et établit la réputation de Fauche comme premier indianiste traducteur de France.

Çakountala ou l'Anneau fatal (1853)

Traduction du chef-d'œuvre dramatique de Kalidasa (IVe–Ve siècle), déjà célèbre en Angleterre et en Allemagne. La version de Fauche permit enfin aux lecteurs français de découvrir ce texte fondateur de la littérature sanskrite classique.

Le Méghadouta ou Le Nuage Messager (1853)

Traduction du poème lyrique de Kalidasa, considéré comme l'un des sommets de la poésie sanskrite. Fauche en proposa une version élégante qui toucha les romantiques français sensibles à la mélancolie et à la grandeur poétique.

Théâtre indien — recueil de pièces sanskrites (1860)

Recueil de traductions de plusieurs pièces du répertoire dramatique sanskrit, permettant pour la première fois aux lecteurs français d'avoir une vue d'ensemble de la dramaturgie indienne classique.

Le Mahabharata — traduction intégrale en français (1863–1870)

Œuvre monumentale en dix volumes, première et unique traduction intégrale du Mahabharata en français pour plusieurs générations. Malgré quelques inexactitudes relevées par les indianistes postérieurs, cet ouvrage reste un monument fondateur de l'indologie française.

Vikramorvaci ou La Récompense de la vaillance (1858)

Traduction d'une autre pièce majeure de Kalidasa, enrichissant le corpus des textes indiens accessibles en français et complétant la vision que les lecteurs pouvaient se faire du théâtre sanskrit classique.

Anecdotes

Hippolyte Fauche entreprit de traduire le Mahabharata, épopée sanskrite comptant plus de 100 000 distiques — soit environ 1,8 million de mots, près de dix fois l'Iliade et l'Odyssée réunies. Il fut le premier savant au monde à s'attaquer à la traduction intégrale de ce colosse littéraire en langue française, un défi que même les indianistes britanniques n'avaient pas osé relever.

Fauche travailla dans des conditions précaires pour l'époque : il s'appuyait sur des manuscrits rares conservés à la Bibliothèque nationale de Paris et sur les dictionnaires sanskrit-anglais de Horace Hayman Wilson, seuls outils disponibles. Il apprit le sanskrit en grande partie par lui-même, à une époque où cette langue n'était enseignée qu'au Collège de France depuis 1832.

Il mourut en 1869 avant d'avoir vu l'achèvement de son œuvre magistrale : les derniers volumes de sa traduction du Mahabharata furent publiés à titre posthume en 1870. Malgré des imperfections reconnues par les indianistes qui lui succédèrent, son travail est resté pendant plusieurs générations la seule porte d'entrée française dans la grande épopée indienne.

Fauche ne se limita pas au Mahabharata : il traduisit également le Ramayana (1854–1858) et plusieurs œuvres du poète Kalidasa, dont Çakuntala et le Méghadouta (Le Nuage messager). Il contribua ainsi à faire découvrir au public français l'ensemble de la littérature classique sanskrite, ouvrant la voie à une génération entière d'indianistes.

Son travail s'inscrivait dans un mouvement intellectuel plus large : la redécouverte de l'Inde ancienne par l'Europe romantique. Ses contemporains — Burnouf, Renan, Michelet — voyaient dans la civilisation indienne une source fascinante de sagesse primordiale. La traduction de Fauche nourrissait ce rêve orientaliste qui marqua profondément la culture française du XIXe siècle.

Sources primaires

Le Mahabharata — traduction intégrale en français (1863–1870)
Fauche écrit dans sa préface : 'Nous n'avons pas reculé devant l'ampleur d'une tâche que nul n'avait osé entreprendre avant nous. La littérature française méritait de posséder ce monument de la pensée humaine.'
Le Ramayana de Valmiki — traduction française (1854–1858)
Dans l'introduction, Fauche présente Rama comme 'le héros par excellence de l'Inde, dont les aventures reflètent les idéaux moraux et religieux de tout un peuple depuis des millénaires'.
Çakountala ou l'Anneau fatal — drame de Kalidasa traduit par Fauche (1853)
Fauche note que cette pièce 'est à l'Inde ce que les tragédies de Sophocle sont à la Grèce : l'expression la plus pure du génie littéraire et de la sensibilité morale d'une grande civilisation'.
Le Méghadouta ou Le Nuage Messager — poème de Kalidasa (1853)
Fauche présente ce poème lyrique comme 'l'une des plus belles élégies que la littérature universelle ait produites, surpassant en délicatesse bien des œuvres de l'Antiquité gréco-latine'.
Théâtre indien — recueil de traductions (1860)
Fauche écrit en préambule : 'La scène indienne est inconnue de notre public ; c'est une lacune grave dans la connaissance que l'Europe se fait de la poésie des nations orientales.'

Lieux clés

Bibliothèque nationale de France, Paris

La BnF conservait les manuscrits sanskrits rapportés d'Inde par des voyageurs et diplomates français. C'est dans ses salles de lecture que Fauche eut accès aux textes originaux du Mahabharata et du Ramayana, indispensables à son travail de traducteur.

Collège de France, Paris

Institution où Eugène Burnouf enseigna le sanskrit à partir de 1832, formant la première génération d'indianistes français. Fauche gravita dans ce milieu savant et s'appuya sur les travaux de Burnouf pour ses propres traductions.

Société asiatique de Paris

Fondée en 1822, la Société asiatique publiait le Journal asiatique et fédérait les orientalistes français. Fauche y trouvait ses pairs, ses débouchés de publication et les ressources scientifiques nécessaires à ses recherches.

Calcutta (Kolkata), Inde

Siège de l'Asiatic Society of Bengal et centre névralgique des études indiennes au XIXe siècle. C'est là que furent édités les premiers textes sanskrits imprimés qui circulèrent en Europe et permirent à des savants comme Fauche de travailler sur des textes fiables.

Pondichéry, Inde française

Comptoir français en Inde, Pondichéry représentait la présence française sur le sous-continent et servait de relais pour les échanges intellectuels entre savants indiens (pandits) et orientalistes européens. Fauche s'appuya indirectement sur ces réseaux franco-indiens.

Voir aussi