Igor Stravinsky est l'un des compositeurs les plus influents du 20e siècle. Avec ses ballets pour les Ballets russes — L'Oiseau de feu, Petrouchka et surtout Le Sacre du printemps —, il révolutionne le langage musical par ses rythmes audacieux et ses dissonances. Naturalisé français puis américain, il traverse toutes les grandes esthétiques de son temps.
Igor Stravinsky(1882 — 1971)
Igor Stravinsky
États-Unis, Suisse, France, Empire russe
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Naît en 1882 près de Saint-Pétersbourg, dans l'Empire russe
- Compose L'Oiseau de feu (1910) et Petrouchka (1911) pour les Ballets russes de Diaghilev
- Crée Le Sacre du printemps en 1913 à Paris, provoquant un scandale resté célèbre
- Adopte un style néoclassique dans l'entre-deux-guerres puis explore le sérialisme après 1950
- S'installe aux États-Unis en 1939 et meurt à New York en 1971
Œuvres & réalisations
Premier grand ballet commandé par Diaghilev pour les Ballets Russes, basé sur des contes folkloriques russes. Son triomphe à Paris révèle Stravinsky au monde et fonde sa célébrité internationale.
Ballet racontant la tragédie d'une marionnette douée d'âme lors d'une foire populaire russe. L'œuvre innove par sa bitonalité et l'imbrication de musique populaire russe dans un langage orchestral sophistiqué.
Œuvre fondatrice de la modernité musicale, évoquant un rite de sacrifice dans la Russie préhistorique. Ses rythmes bouleversants, ses dissonances et sa violence sonore ont révolutionné le langage musical du XXe siècle.
Pièce pour sept instruments, comédiens et danseur, composée en Suisse sous les contraintes matérielles de la guerre. Elle mêle musique populaire, jazz et récit moral dans un format de chambre dépouillé.
Œuvre chorale et orchestrale sur des textes de la Bible, commandée pour le cinquantenaire de l'Orchestre de Boston. Elle marque l'approfondissement de la spiritualité orthodoxe dans la création de Stravinsky.
Opéra en trois actes sur un livret de W. H. Auden et Chester Kallman, inspiré des gravures de Hogarth. Sommet de la période néoclassique, il renoue avec la tradition mozartienne tout en restant résolument moderne.
Première œuvre entièrement dodécaphonique de Stravinsky, sur des textes des Lamentations de Jérémie. Elle marque le tournant sériel surprenant de sa dernière période créatrice.
Anecdotes
Le 29 mai 1913, la première du Sacre du printemps au Théâtre des Champs-Élysées provoqua un scandale retentissant : dès les premières mesures, une partie du public siffla et cria, tandis que l'autre applaudissait. La salle fut rapidement le théâtre de bagarres entre spectateurs, si violentes que la police dut intervenir. Stravinsky, furieux et blessé, quitta le théâtre avant la fin.
Avant la création du Sacre, Stravinsky et Debussy jouèrent la partition à quatre mains chez ce dernier. Debussy, impressionné mais déstabilisé par la violence rythmique de l'œuvre, aurait déclaré qu'il ne savait pas si cette musique était belle, mais qu'elle était extraordinairement sauvage. C'est l'une des rencontres les plus célèbres de l'histoire de la musique moderne.
Stravinsky composait dans une pièce minuscule, sur un piano désaccordé avec des sourdines, afin de ne pas déranger ses voisins. Il travaillait de manière très méthodique chaque matin, considérant la composition comme un artisanat rigoureux autant qu'une inspiration. Cette discipline spartiate contraste avec l'image romantique du génie foudroyé par l'inspiration.
En 1940, Walt Disney utilisa Le Sacre du printemps dans le film Fantasia sans avoir obtenu l'accord artistique de Stravinsky et en modifiant le tempo de l'œuvre. Stravinsky, qui assista à une projection, fut furieux des libertés prises avec sa partition. L'affaire révéla les lacunes du droit d'auteur américain de l'époque pour les compositeurs étrangers.
En 1962, à l'âge de 80 ans, Stravinsky retourna en URSS pour la première fois depuis la révolution bolchevique. Il fut accueilli comme un héros national malgré des décennies d'exil et la condamnation soviétique de sa musique. Nikita Khrouchtchev en personne assista à l'un de ses concerts, un événement considérable pendant la Guerre froide.
Sources primaires
Je considère la musique, par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature. L'expression n'a jamais été la propriété immanente de la musique.
La contrainte est pour moi la voie dans laquelle s'engage de son plein gré la liberté créatrice. [...] Plus l'art est contrôlé, limité, travaillé, et plus il est libre.
Je travaille sur une nouvelle pièce pour le ballet. L'idée m'est venue d'une vision : une grande cérémonie paganiste sacrée, des anciens sages assis en cercle et regardant la danse jusqu'à la mort d'une jeune fille.
La musique sérielle de Schoenberg m'avait toujours repoussé, non pas pour des raisons esthétiques mais parce que je n'y percevais pas de nécessité. C'est la rencontre avec Webern qui changea tout pour moi.
Lieux clés
Ville natale de Stravinsky, où il grandit dans un milieu musical privilégié, fils d'une basse de l'Opéra Impérial. C'est là qu'il reçut ses premières leçons de piano et de théorie musicale.
Lieu du scandale fondateur de la musique moderne : la première du Sacre du printemps le 29 mai 1913. Paris fut pendant deux décennies le centre de gravité artistique de Stravinsky.
Ville au bord du lac Léman où Stravinsky vécut avec sa famille pendant la Première Guerre mondiale. C'est là qu'il composa L'Histoire du soldat (1918), œuvre de chambre née des contraintes de l'exil.
Stravinsky s'installa dans cette ville en 1940, attirée par le soleil californien et la communauté des artistes européens en exil. C'est là qu'il passa les trente dernières années de sa vie créatrice.
Ville qu'il chérissait entre toutes et où fut créé The Rake's Progress en 1951. Stravinsky est enterré au cimetière de San Michele à Venise, non loin de la tombe de Diaghilev.






