Igor Stravinsky
Igor Fyodorovich Stravinsky
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Compositeur russo-américain (1882-1971), figure majeure de la musique du XXe siècle. Il révolutionna la musique classique avec ses ballets pour les Ballets Russes de Diaghilev, notamment Le Sacre du printemps.
Citations célèbres
« La musique est donnée à nous dans le but d'établir un ordre dans les choses. »
« Un compositeur doit imposer la limitation à sa musique avant d'être capable d'aller au-delà. »
Faits marquants
- 1882 : Naissance à Oranienbaum (Russie)
- 1910 : Création de L'Oiseau de feu pour les Ballets Russes à Paris
- 1913 : Création du Sacre du printemps — scandale retentissant à Paris
- 1940 : Installation définitive aux États-Unis, nationalité américaine en 1945
- 1971 : Mort à New York, inhumé à Venise
Œuvres & réalisations
Premier grand ballet commandé par Diaghilev pour les Ballets Russes, il révèle Stravinsky au monde entier. Son orchestration somptueuse et ses couleurs harmoniques s'inspirent du folklore russe.
Ballet racontant le drame d'une marionnette amoureuse, il introduit la bitonalité et une écriture orchestrale plus acerbe. Il marque une étape décisive vers la modernité stravinskienne.
Chef-d'œuvre révolutionnaire décrivant un rite ancestral slave, il bouleverse la conception du rythme et de l'harmonie. Sa première provoqua l'un des plus grands scandales de l'histoire de la musique.
Pièce de chambre pour 7 instruments, récitant et danseur, composée en exil suisse avec des moyens réduits. Elle mêle marche militaire, tango, ragtime et choral dans un style délibérément hétéroclite.
Œuvre chorale et orchestrale sur des textes latins de la Bible, elle témoigne de la conversion de Stravinsky à la foi orthodoxe. Elle est considérée comme l'un de ses chefs-d'œuvre néoclassiques.
Opéra en trois actes sur un livret de W.H. Auden, inspiré des gravures de Hogarth. Point culminant de sa période néoclassique, il dialogue avec la tradition de l'opéra du XVIIIe siècle.
Ultime grande œuvre de Stravinsky, composée à 84 ans, elle combine sérialisme et hommage aux formes anciennes. Elle fut jouée lors de ses funérailles à Venise en 1971.
Anecdotes
Le 29 mai 1913, la première du Sacre du printemps au Théâtre des Champs-Élysées à Paris déclencha un scandale retentissant. Dès les premières mesures du basson dans ses aigus extrêmes, une partie du public siffla, hurla et se battit dans les travées, tandis que l'autre défendait l'œuvre. Stravinsky lui-même quitta la salle furieux, mais ce scandale allait devenir l'un des événements fondateurs de la musique moderne.
Stravinsky composait toujours au piano, ce qui était inhabituel pour un grand compositeur de son époque. Il travaillait à heures fixes chaque matin, comme un artisan, convaincu que la discipline était la condition de la créativité. Il disait que la liberté artistique naissait des contraintes que l'on s'imposait à soi-même.
Contraint de quitter la Russie après la Révolution de 1917, Stravinsky ne revit jamais son pays natal pendant près de cinquante ans. Il obtint la nationalité française en 1934, puis américaine en 1945, faisant de lui l'un des symboles du cosmopolitisme artistique du XXe siècle. Ce n'est qu'en 1962, à l'invitation de Khrouchtchev, qu'il retourna en URSS pour une série de concerts triomphaux.
Lors de sa collaboration avec Pablo Picasso pour le ballet Pulcinella en 1920, les deux artistes développèrent une amitié sincère. Picasso réalisa plusieurs portraits de Stravinsky, et tous deux partageaient une démarche néoclassique qui revisitait les formes anciennes avec un regard résolument moderne. Leur rencontre illustre parfaitement l'effervescence artistique du Paris des années 1920.
À la mort de sa femme Catherine en 1939, puis de sa fille aînée, Stravinsky traversa une grave dépression et contracta lui-même la tuberculose. Hospitalisé en sanatorium en Suisse, il composa pourtant sa Symphonie en ut, preuve de sa volonté de surmonter l'adversité par le travail. Il se remaria en 1940 avec Vera de Bosset, sa compagne de longue date.
Sources primaires
Je considère la musique, par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. L'expression n'a jamais été la propriété immanente de la musique.
La tradition n'est pas simplement la réalité du passé ; c'est quelque chose de vivant aujourd'hui. Ma liberté est ainsi d'autant plus grande et plus profonde que je me limite davantage dans mon champ d'action.
Le Sacre du printemps est pour moi le moment où j'ai le plus clairement entendu la voix de la Russie — non pas la Russie pittoresque des cartes postales, mais quelque chose de primitif, de brutal, de sacré.
Je vis dans la musique comme d'autres vivent dans leur maison. Elle est mon seul pays stable, le seul dans lequel j'aie jamais été vraiment chez moi.
Lieux clés
Ville natale de Stravinsky, foyer de sa formation musicale auprès de Rimski-Korsakov. C'est là qu'il puise ses racines dans la tradition musicale russe.
Lieu du scandale de la première du Sacre du printemps en 1913, ce théâtre est intimement lié à la révolution musicale stravinskienne et à l'aventure des Ballets Russes.
Ville où Stravinsky se réfugia pendant la Première Guerre mondiale. C'est dans ce cadre helvétique qu'il composa L'Histoire du soldat, réduisant ses forces orchestrales par nécessité économique.
Sa résidence américaine à partir de 1940, où il composa ses œuvres sérielles tardives et enregistra une grande partie de son catalogue. Il y vécut dans un quartier d'artistes émigrés européens.
Lieu de sépulture de Stravinsky, enterré près de son ami et mécène Serge de Diaghilev. Ce cimetière insulaire est devenu un lieu de pèlerinage pour les amoureux de musique.
