John Harrison(1693 — 1776)

John Harrison

royaume de Grande-Bretagne

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TechnologieSciencesExplorationInventeur/triceTemps modernesXVIIIe siècle, siècle des Lumières et de la révolution scientifique britannique

Horloger britannique autodidacte (1693-1776), John Harrison résout l'un des plus grands défis scientifiques de son époque : la détermination précise des longitudes en mer. Son chronomètre marin H4 (1759) révolutionne la navigation et sauve d'innombrables vies.

Faits marquants

  • 1693 : naissance à Foulby, Yorkshire, Angleterre
  • 1714 : le Parlement britannique vote le Longitude Act, offrant 20 000 £ pour résoudre le problème des longitudes
  • 1735 : Harrison présente son premier chronomètre marin, H1
  • 1759 : achèvement de H4, montre marine d'une précision exceptionnelle
  • 1773 : George III intervient personnellement pour qu'Harrison reçoive enfin sa récompense à 80 ans

Œuvres & réalisations

Chronomètre marin H1 (1735)

Premier chronomètre marin à ressorts compensateurs, testé lors d'un voyage à Lisbonne. D'une taille imposante (environ 30 kg), il démontre pour la première fois la faisabilité d'une horloge stable en mer, ouvrant la voie à la solution du problème des longitudes.

Chronomètre marin H2 (1737)

Version améliorée du H1, intégrant des barres de balancier modifiées. Harrison lui-même reconnut ses limites et travailla pendant vingt ans à en développer une version plus fiable.

Chronomètre marin H3 (1757)

Représente dix-neuf ans de perfectionnement mécanique. Si Harrison le jugea insuffisant pour le grand prix, il mit au point pour sa conception deux innovations majeures : le bilame de compensation thermique et le roulement à billes, réutilisés dans l'industrie bien plus tard.

Chronomètre marin H4 (1759)

Aboutissement de la carrière de Harrison : une montre de marine de 13 cm d'une précision révolutionnaire. Son succès lors des voyages vers la Jamaïque (1761) et les Barbades (1764) prouva définitivement qu'un chronomètre pouvait résoudre le problème des longitudes.

Chronomètre marin H5 (1772)

Réalisé à la demande du roi George III, ce chronomètre fut testé à l'Observatoire de Richmond avec une erreur inférieure à une seconde sur dix semaines. Il convainquit le roi d'intervenir en faveur de Harrison pour débloquer sa récompense.

A Description Concerning Such Mechanism as Will Afford a Nice, or True, Mensuration of Time (1775)

Dernier grand traité théorique de Harrison, rédigé un an avant sa mort. Il y expose les principes fondamentaux qui ont guidé ses inventions, témoignant d'une réflexion scientifique rigoureuse malgré l'absence de formation académique.

Anecdotes

John Harrison était fils de charpentier et n'avait reçu aucune formation officielle d'horloger. Vers 1713, il construisit l'une de ses premières horloges presque entièrement en bois, utilisant les outils et les réflexes de son père. Ce génie autodidacte allait pourtant résoudre un problème que les plus grands savants d'Europe n'avaient pas su régler.

Le Parlement britannique avait promis en 1714 une récompense pouvant atteindre 20 000 livres sterling à quiconque résoudrait le problème des longitudes en mer. Après le succès retentissant du H4 lors de la traversée vers la Jamaïque en 1761, le Bureau des longitudes refusa obstinément de lui verser la totalité de la prime, arguant de prétextes techniques. Harrison attendit des décennies sans être pleinement reconnu.

À l'âge de 79 ans, épuisé par des années de lutte administrative, Harrison rédigea une supplique au roi George III. Le roi, furieux de l'injustice, aurait déclaré : « Par Dieu, Harrison, je ferai en sorte que justice vous soit rendue ! » Il intervint personnellement pour forcer le Parlement à lui accorder une somme complémentaire en 1773.

Son plus grand adversaire n'était pas la mer, mais Nevil Maskelyne, Astronome Royal et membre du Bureau des longitudes. Maskelyne défendait la méthode des distances lunaires et fut chargé d'évaluer le H4 lors d'un voyage aux Barbades en 1764 — une situation pour le moins conflictuelle d'intérêts, qui contribua à retarder la reconnaissance de Harrison.

Le H4, quatrième chronomètre marin de Harrison achevé en 1759, était étonnamment compact : il ressemblait à une grosse montre de poche de 13 cm de diamètre, alors que ses prédécesseurs étaient de lourdes machines. Lors du voyage de test vers la Jamaïque, le H4 n'accusa qu'une erreur de 5 secondes sur 81 jours en mer, soit moins de 2 kilomètres d'erreur de position.

Sources primaires

The Principles of Mr. Harrison's Time-Keeper (1767)
Harrison y décrit en détail le mécanisme de son H4, notamment son échappement et son système de compensation thermique, afin de permettre la reproduction de l'instrument par d'autres artisans.
A Description Concerning Such Mechanism as Will Afford a Nice, or True, Mensuration of Time (1775)
« J'ose espérer que mes travaux prouveront que le génie d'un homme de métier peut, par la seule persévérance et l'observation rigoureuse, dépasser les théories des savants les plus illustres. »
Procès-verbaux du Board of Longitude (1737–1773)
Les archives du Bureau des longitudes consignent les évaluations successives des chronomètres H1 à H4, les objections techniques formulées et les délibérations qui retardèrent le versement de la récompense à Harrison.
Lettre de Harrison au Parlement (1763)
« J'ai consacré quarante ans de ma vie à résoudre ce problème au service de la navigation britannique, et l'on me refuse encore ce qui m'est dû. Je sollicite la justice de cette Chambre contre ceux qui ont cherché à s'approprier mon travail. »
Rapport du capitaine Digby sur le voyage à la Jamaïque (1762)
Le commandant consigna que le H4 indiqua avec une précision remarquable la longitude lors de l'arrivée aux côtes de Madère, confirmant l'efficacité de l'instrument après plusieurs semaines de mer agitée.

Lieux clés

Foulby, Yorkshire, Angleterre

Village natal de John Harrison, né le 24 mars 1693. Son père, charpentier, lui transmet le goût du travail manuel et de la précision mécanique.

Barrow-upon-Humber, Lincolnshire, Angleterre

Harrison grandit et passa ses années de formation dans ce village, où il construisit ses premières horloges en bois et développa ses innovations mécaniques. C'est ici qu'il inventa l'échappement à sauterelle et le pendule compensateur.

Londres, Angleterre

Harrison s'y rendit en 1728 pour présenter ses projets aux autorités scientifiques et y installa finalement son atelier. C'est à Londres que siégeait le Board of Longitude et que se tinrent toutes les négociations décisives de sa vie.

Observatoire royal de Greenwich, Angleterre

Institution de référence pour la navigation britannique, dont le méridien servait d'étalon pour les mesures de longitude. Le Board of Longitude, qui évalua les travaux de Harrison, était étroitement lié à cet observatoire. Les quatre chronomètres H1 à H4 y sont aujourd'hui exposés.

Kingston, Jamaïque

Destination du premier voyage d'essai officiel du H4 en 1761-1762. À l'arrivée, l'erreur de longitude calculée grâce au chronomètre était inférieure à deux kilomètres, une performance alors jugée miraculeuse par les marins.

Bridgetown, Barbade

Destination du second essai officiel en 1764, supervisé par Nevil Maskelyne. Malgré de nouveaux résultats probants, le Board of Longitude utilisa ce voyage pour continuer à contester les droits de Harrison à la prime.

Voir aussi