Le Titien(1490 — 1576)
Titien
république de Venise
11 min de lecture
Peintre vénitien de la Renaissance, le Titien est considéré comme le maître incontesté de la couleur. Son œuvre colossale, s'étendant sur plus de six décennies, a révolutionné la peinture occidentale par sa maîtrise de la lumière et de la matière.
Citations célèbres
« La couleur est ma devise. »
« Je n'ai jamais peint une œuvre dont je sois pleinement satisfait. »
Faits marquants
- Vers 1488 : naissance à Pieve di Cadore, dans la République de Venise
- 1516 : nommé peintre officiel de la République de Venise après la mort de Giovanni Bellini
- 1533 : Charles Quint le nomme Comte Palatin et chevalier de l'Éperon d'or — honneur rarissime pour un peintre
- 1545-1546 : séjour à Rome, rencontre avec Michel-Ange et le pape Paul III
- 27 août 1576 : mort à Venise, probablement de la peste, à près de 90 ans
Œuvres & réalisations
Monumentale peinture de la basilique des Frari à Venise (690 × 360 cm), elle représente une rupture totale avec la tradition picturale vénitienne par ses dimensions, son dynamisme et la puissance de sa couleur. Son installation provoqua un choc esthétique immédiat et confirma le Titien comme le premier peintre de Venise.
Ce portrait équestre grandeur nature, réalisé à Augsbourg, est le premier portrait équestre monumental de l'histoire de la peinture occidentale et inventa un genre repris par Velázquez et Rubens. Il représente l'empereur en chevalier chrétien triomphant et constitue une image de propagande politique d'une puissance extraordinaire.
Commandée par Guidobaldo II della Rovere, cette Vénus couchée nue qui regarde le spectateur fixement est l'une des œuvres les plus sensuelles et les plus influentes de la Renaissance. Manet s'en inspira directement pour peindre son Olympia (1865), soulignant sa modernité radicale.
Commandée par Alfonso I d'Este pour le studiolo du château de Ferrare, cette scène mythologique éblouissante par l'intensité de ses couleurs (notamment l'ultra-outremer du ciel) est aujourd'hui l'un des joyaux de la National Gallery de Londres. Elle illustre la capacité du Titien à traduire en peinture la vitalité des textes antiques.
Envoyée à Philippe II d'Espagne, cette composition tirée des Métamorphoses d'Ovide marque l'apogée des poesie (peintures poétiques) que le Titien réalisait pour le roi espagnol. La manière picturale de plus en plus libre et la luminosité de la chair féminine en font l'un des sommets de sa carrière tardive.
Laissée inachevée à sa mort et complétée par son élève Palma le Jeune, cette œuvre testamentaire fut peinte par un artiste quasi centenaire pour son propre tombeau. Elle est considérée comme son testament spirituel : dans l'angle inférieur gauche, une plaquette peinte représente le vieux Titien en prière devant le Christ mort.
Anecdotes
Lors d'une séance de pose à Augsbourg en 1548, l'empereur Charles Quint aurait ramassé un pinceau que le Titien avait fait tomber. Les courtisans stupéfaits s'en étonnèrent, et l'empereur répondit : 'Le Titien mérite d'être servi par César.' Ce geste, rapporté par Vasari, illustre le statut absolument exceptionnel que le peintre avait acquis auprès des plus puissants souverains d'Europe.
Le Titien a entretenu toute sa vie une ambiguïté sur sa date de naissance. Dans une lettre à Philippe II en 1571, il affirmait avoir 95 ans, ce qui aurait placé sa naissance vers 1476. Les historiens estiment aujourd'hui qu'il est né vers 1488-1490, ce qui signifie qu'il exagérait son âge d'une vingtaine d'années pour impressionner ses commanditaires et apparaître comme un génie hors du commun.
En 1545, lors de son séjour à Rome, Michel-Ange et Vasari rendirent visite au Titien dans son atelier. Après avoir admiré sa Danaé, Michel-Ange confia à Vasari que le coloris du Vénitien était magnifique, mais qu'il était dommage que les peintres vénitiens n'apprennent pas à dessiner dès l'enfance. Cette anecdote résume la grande querelle de la Renaissance entre le disegno florentin et le colorito vénitien.
Le Titien mourut en août 1576 en pleine épidémie de peste qui ravageait Venise. Sa mort fut tellement marquante que les autorités, qui interdisaient toute cérémonie funèbre pour enrayer la contagion, accordèrent une exception et organisèrent des funérailles solennelles en l'église des Frari, là même où était exposée son Assomption de la Vierge.
Charles Quint conféra au Titien en 1533 le titre de Comte Palatin et de Chevalier de l'Éperon d'Or, une distinction rarissime pour un peintre. Cette noblesse héréditaire, transmissible à ses descendants, faisait du Titien l'égal des grands seigneurs. Aucun peintre avant lui n'avait jamais reçu un tel honneur de la part du souverain le plus puissant du monde chrétien.
Sources primaires
Tiziano da Cadore, pittore di gran lunga eccellentissimo in questa età nostra, ha meritato d'essere amato e reverito da tutti i pittori, e non solamente una volta, ma molte, da' principi più grandi del mondo.
Io vidi, nell'ora che onora e divide il giorno dalla notte, i palagi parere di materia non vera… e l'aria di quei luoghi tale, che io ne rimasi attonito come di cosa angelica.
La grande età mia di anni novantacinque et il poco vigore delle mie mani non mi permettono di fare con la prontezza solita le cose che desidero mandare a Vostra Maestà.
Onde si può dire che Tiziano sia nato per dar vita con i colori a le figure, e farle parer vere; essendo che le sue pitture non solamente rappresentano la carne, ma ancor le passioni dell'animo.
Erigimus, facimus, creamus et pronuntiamus Ticianum Vercellium… Equitem Auratum, Comitemque Palatinum Lateranensem.
Lieux clés
Village natal du Titien dans les Dolomites, au pied des Alpes vénitiennes. Il y retourna régulièrement tout au long de sa vie et en garda une profonde fierté identitaire, signant souvent ses œuvres 'Titianus Cadorinus'.
Le Titien installa son atelier dans le quartier de Biri Grande, au nord de Venise, dans une grande maison avec jardin donnant sur la lagune. Ce lieu fut le cœur de son activité pendant plus de cinquante ans et accueillit des visiteurs illustres comme le roi Henri III de France.
L'église franciscaine des Frari abrite l'Assomption de la Vierge (1518), œuvre qui fit la célébrité du Titien, ainsi que son tombeau. Ce lieu incarne le lien profond entre le peintre et sa ville natale d'adoption.
Ville impériale où Charles Quint tenait régulièrement sa cour, Augsbourg fut le théâtre des rencontres les plus importantes entre le Titien et l'empereur. C'est là qu'il réalisa en 1548 le célèbre portrait équestre de Charles Quint, conservé au Prado.
Lors de son séjour romain de 1545-1546, le Titien fut logé au Belvédère par le pape Paul III. Il y réalisa plusieurs portraits du pontife et de sa famille, et découvrit les chefs-d'œuvre antiques qui influencèrent durablement son traitement des corps.
Le palais-monastère de Philippe II reçut des dizaines d'œuvres du Titien, commandées spécialement pour ses salles et sa chapelle. Cette collection espagnole, en grande partie conservée au musée du Prado, constitue aujourd'hui le plus grand ensemble de peintures du maître vénitien au monde.
