Résistante française, elle organisa l'évasion de son mari Raymond Aubrac de la prison de Lyon le 21 octobre 1943. Professeure d'histoire engagée, elle devint après la guerre un symbole de la Résistance et milita toute sa vie pour la transmission de la mémoire.
Lucie Aubrac(1912 — 2007)
Lucie Aubrac
France
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 29 juin 1912 : naissance à Paris sous le nom de Lucie Bernard
- 1940 : rejoint la Résistance dès l'armistice, intègre le réseau Libération-Sud
- 21 octobre 1943 : organise l'évasion de son mari Raymond Aubrac de la prison de Montluc à Lyon
- 1944 : part pour Londres puis accompagne De Gaulle à Alger ; enseigne à Alger jusqu'à la Libération
- 14 mars 2007 : décès à Paris à l'âge de 94 ans
Œuvres & réalisations
Mémoires de Lucie Aubrac retraçant son engagement dans la Résistance et l'organisation de l'évasion de Raymond. Devenu document de référence pour les programmes scolaires sur la Seconde Guerre mondiale, il est traduit en plusieurs langues.
Ouvrage pédagogique destiné à la jeunesse dans lequel Lucie explique simplement les enjeux de la Résistance, ses motivations profondes et les valeurs républicaines qui l'ont guidée. Très diffusé dans les établissements scolaires français.
Adaptation cinématographique de l'histoire du couple Aubrac, avec Carole Bouquet et Daniel Auteuil dans les rôles principaux. Lucie collabora au projet, ce qui contribua à une large diffusion de son histoire auprès du grand public.
Tout au long de sa vie, Lucie Aubrac témoigna dans des centaines d'écoles, lycées et universités. Cette mission d'éducation à la mémoire, menée bénévolement pendant plus de soixante ans, constitue l'un de ses engagements les plus durables.
Lucie s'engagea activement dans les initiatives institutionnelles visant à préserver et transmettre la mémoire de la Résistance, soutenant la création de lieux de mémoire et d'archives dédiés à cette période.
Anecdotes
Lucie et Raymond Samuel choisirent le pseudonyme « Aubrac », emprunté à un plateau volcanique du Massif central, pour leurs activités clandestines au sein du réseau Libération-Sud. Ce nom de guerre allait devenir leur identité civile définitive après la Libération, au point que leurs descendants le portent encore aujourd'hui.
En octobre 1943, Raymond était condamné à mort et détenu par la Gestapo à Lyon. Lucie, enceinte de plusieurs mois, obtint des autorités allemandes la permission de l'épouser civilement en prison pour « légitimer » l'enfant à naître. Le 21 octobre, lors du transfert vers la cérémonie, des maquisards armés attaquèrent le convoi et libérèrent Raymond sous les yeux des soldats allemands.
Après l'évasion, la Gestapo mit tout Lyon en alerte pour retrouver le couple. Lucie, Raymond et leur fils Jean-Pierre durent fuir clandestinement vers l'Espagne avant de rejoindre Londres par avion. C'est là que Lucie accoucha de leur fille Catherine en février 1944, à peine quelques mois après avoir orchestré l'une des opérations de résistance les plus audacieuses de la guerre.
Professeure d'histoire et de géographie de formation, Lucie Aubrac n'arrêta jamais de transmettre. Après la guerre, elle retourna enseigner au lycée et consacra sa retraite à témoigner dans des centaines d'établissements scolaires. Elle répétait souvent : « La mémoire est une matière vivante, pas un monument. »
En 1987, lors du procès du criminel de guerre Klaus Barbie à Lyon, Lucie témoigna avec une grande force morale. L'avocat de la défense tenta de remettre en cause sa crédibilité, mais son récit précis et son sang-froid impressionnèrent la cour et contribuèrent à la condamnation de l'ancien chef de la Gestapo lyonnaise à la réclusion criminelle à perpétuité.
Sources primaires
Lucie y raconte comment elle convainquit les autorités allemandes de lui accorder un mariage carcéral : « Je suis enceinte. Si mon compagnon est fusillé avant que nous soyons mariés, mon enfant sera un bâtard. Je veux l'épouser, même en prison. » Ce récit à la première personne constitue l'un des témoignages les plus précis sur la Résistance lyonnaise.
« Nous savions tous que nous risquions notre vie. Mais nous avions choisi. On ne subit pas la Résistance, on la choisit. » Ce témoignage oral, retranscrit dans les archives judiciaires, illustre la vision volontariste que Lucie Aubrac avait de l'engagement résistant.
« Un résistant, c'est quelqu'un d'ordinaire qui fait un choix extraordinaire dans des circonstances extraordinaires. Ce n'est pas une question de héroïsme inné, c'est une question de valeurs. » Cet ouvrage pédagogique, destiné à la jeunesse, est l'un des plus diffusés dans les établissements scolaires français.
« Je n'accepte cette distinction qu'au nom de tous ceux qui ne sont pas revenus, et pour que les jeunes générations sachent ce que coûte la liberté. Transmettre, c'est la seule façon de rendre justice aux morts. »
Lieux clés
Capitale officieuse de la Résistance française, Lyon fut le théâtre de la quasi-totalité des activités clandestines de Lucie Aubrac au sein du réseau Libération-Sud. C'est là qu'elle organisa l'évasion de Raymond et qu'elle fut elle-même brièvement arrêtée par la Gestapo.
Raymond Aubrac y fut emprisonné par la Gestapo après son arrestation à Caluire en juin 1943. C'est depuis cette prison que Lucie monta l'opération d'évasion en obtenant l'autorisation d'un mariage carcéral, prétextant sa grossesse.
Ville natale de Lucie Aubrac, née Lucie Bernadette Bernard le 29 juin 1912. Elle y grandit dans une famille de viticulteurs bourguignons avant de poursuivre des études d'histoire qui allaient marquer durablement son rapport à la mémoire.
Après l'évasion de Raymond et la traque de la Gestapo, Lucie et sa famille rejoignirent la capitale britannique, siège du gouvernement de la France libre. C'est là que naquit leur fille Catherine en février 1944 et qu'ils participèrent aux instances de la Résistance extérieure.
Ce haut plateau volcanique du Massif central donna son nom de guerre au couple Samuel, qui choisit « Aubrac » comme pseudonyme clandestin. Ce nom devint leur identité civile définitive après la Libération et reste attaché à leur mémoire résistante.
Objets typiques

Lucie portait en permanence de faux documents au nom de « Lucie Aubrac » qui lui permettaient de circuler librement en zone occupée. La fabrication et la distribution de ces papiers constituaient l'une des activités essentielles de son réseau clandestin.

Principal moyen de déplacement des résistants lyonnais, la bicyclette permettait à Lucie de transporter des messages et du matériel illégal sans attirer l'attention. Les contrôles allemands ciblaient davantage les véhicules motorisés que les cyclistes.

Lucie participait à la rédaction et à la diffusion de ce journal ronéotypé, organe du réseau Libération-Sud. Ces feuilles circulaient de main en main et constituaient un outil de résistance intellectuelle contre la propagande nazie et les médias contrôlés par Vichy.

Les tracts et journaux clandestins étaient rédigés et reproduits sur des machines à écrire dissimulées dans des appartements. Lucie participait à la frappe et à la reproduction de ces textes illégaux, passibles de la peine de mort en cas de découverte.

Les résistants communiquaient par messages dont le sens réel était dissimulé dans un langage anodin ou partiellement chiffré. Lucie devait mémoriser ou détruire la plupart des communications pour éviter tout risque en cas d'arrestation ou de perquisition.

Lucie soignait son apparence pour paraître comme une enseignante ordinaire et non comme une suspecte. L'habit sobre mais convenable de la professeure respectable lui servait de camouflage quotidien face aux soldats allemands, à la Milice et aux indicateurs.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Sous l'Occupation, Lucie se levait tôt et consultait les informations clandestines avant de préparer ses cours. En tant que professeure, elle maintenait une façade de normalité tout en planifiant ses activités de résistance, dissimulant courriers et documents dans ses affaires scolaires.
Après-midi
Ses après-midis étaient souvent consacrées aux réunions clandestines du réseau Libération-Sud, sous couvert de visites amicales ou de déplacements professionnels. Elle circulait à bicyclette à travers Lyon pour transporter tracts et messages, évitant les contrôles de la Gestapo et de la Milice.
Soir
Les soirées servaient aux contacts les plus délicats : transmission de messages cryptés, hébergement de résistants en transit, planification des prochaines actions. La famille dormait souvent habillée, prête à fuir à tout moment en cas de dénonciation ou de rafle nocturne.
Alimentation
Comme tous les Français sous l'Occupation, Lucie subissait le rationnement alimentaire : tickets de pain, peu de viande, ersatz de café à base de chicorée. Les résistants bénéficiaient parfois de l'aide de paysans sympathisants qui leur fournissaient des vivres supplémentaires en échange de protection.
Vêtements
Lucie soignait son apparence pour incarner la professeure bourgeoise ordinaire et non la suspecte recherchée. Elle s'habillait sobrement mais convenablement — tailleur, manteau, chapeau — ses déplacements clandestins empruntant l'apparence rassurante de la femme respectable qui n'attire pas les regards.
Habitat
Le couple changeait régulièrement d'adresse pour éviter d'être localisé par la Gestapo. Ces appartements lyonnais de fortune abritaient parfois du matériel illégal — tracts, faux papiers, armes — dissimulé derrière des meubles ou dans des doubles fonds, au risque constant d'une perquisition.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Ils partiront dans l'ivresse
1984
La Résistance expliquée à mes petits-enfants
2000
Mission mémorielle dans les établissements scolaires
1945-2007
Participation à la création du Mémorial de la France combattante, Paris
1960






