Salonnière française du XVIIIe siècle, la marquise du Deffand tint à Paris l'un des salons les plus influents des Lumières. Correspondante de Voltaire et de d'Alembert, elle incarna l'esprit critique et la sociabilité intellectuelle de son époque.
Madame du Deffand
Marie Anne de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« La distance n'y fait rien ; il n'y a que le premier pas qui coûte.»
« Je ne suis point étonnée que Dieu ait créé le monde, mais je le suis fort qu'il soit content de son ouvrage.»
Faits marquants
- 1697 : naissance à Chamrond, en Bourgogne
- Vers 1730 : ouverture de son salon rue Saint-Dominique à Paris, fréquenté par Voltaire, Montesquieu, d'Alembert
- 1753 : perd la vue, ce qui ne l'empêche pas de continuer à animer son salon
- 1766-1780 : correspondance passionnée avec Horace Walpole, figure de la littérature épistolaire européenne
- 1780 : mort à Paris, laissant une vaste correspondance publiée posthumément
Œuvres & réalisations
Un échange de lettres s'étalant sur plus de trente ans, témoignant d'une amitié intellectuelle profonde. Voltaire y reconnaît en Madame du Deffand une interlocutrice à la hauteur de son esprit critique.
Correspondance passionnée avec l'écrivain anglais, publiée en 1810. Ces lettres révèlent la vie intellectuelle et sentimentale de la salonnière dans ses dernières années et constituent un document précieux sur la société des Lumières.
Échanges avec le co-directeur de l'Encyclopédie, attestant du rôle central du salon du Deffand dans la diffusion des idées nouvelles, même si Madame du Deffand gardait ses distances avec le dogmatisme philosophique.
Son salon lui-même constitue son œuvre principale : un espace de sociabilité intellectuelle animé pendant plus de trente ans, réunissant les esprits les plus brillants de l'Europe des Lumières.
Anecdotes
Aveugle à partir de 1754, Madame du Deffand ne renonça jamais à son salon. Elle continuait d'animer les conversations avec un esprit acéré, reconnaissant ses invités à la voix et dictant sa correspondance à ses secrétaires. Sa cécité ne fit qu'affiner sa réputation de femme d'esprit incomparable.
Lorsque le cardinal de Polignac lui conta le miracle de saint Denis, qui aurait marché six lieues en portant sa tête coupée, Madame du Deffand répondit avec son impertinence habituelle : « La distance n'y fait rien ; il n'y a que le premier pas qui coûte. » Cette boutade devint l'une des formules les plus célèbres des Lumières, illustrant son goût pour l'ironie et le scepticisme.
À 69 ans, Madame du Deffand rencontra l'écrivain anglais Horace Walpole lors de son séjour à Paris et en tomba éperdument amoureuse. Elle lui écrivit des centaines de lettres passionnées en français, qu'il accueillit avec gêne mais conserva précieusement. Cette correspondance, publiée après sa mort, révèle une profondeur de sentiments insoupçonnée chez la salonnière.
Madame du Deffand recueillit en 1754 la jeune Julie de Lespinasse comme lectrice et dame de compagnie. Pendant dix ans, elle lui fit entièrement confiance. Mais elle découvrit en 1764 que Julie recevait secrètement ses propres invités une heure avant l'ouverture officielle du salon. Cette trahison la brisa, et Julie fonda un salon rival qui attira d'Alembert et les encyclopédistes.
Sceptique jusqu'au bout, Madame du Deffand déclarait ne croire ni à Dieu ni à l'immortalité de l'âme, tout en confiant craindre le néant. Elle refusait le confort des certitudes philosophiques ou religieuses, ce qui lui valut la réputation d'une femme d'une sincérité désespérée. Voltaire lui-même admirait cette honnêteté intellectuelle chez son amie de toujours.
Sources primaires
« Je ne suis point curieuse de vivre, je voudrais seulement n'être point morte. » Elle exprime ainsi son rapport douloureux à l'existence, entre ennui profond et refus du néant.
« Vous êtes le seul qui m'ait jamais intéressée. Je ne sais pourquoi ; peut-être parce que vous ne cherchez point à me plaire et que vous me dites la vérité. »
« Vous êtes, madame, l'une des plus belles âmes que je connaisse, précisément parce que vous n'aimez pas les illusions. » Voltaire lui témoigne ainsi une admiration mêlée d'affection fraternelle.
« Son salon était le rendez-vous de tout ce que Paris comptait d'esprits distingués. Elle ne souffrait ni la sottise ni la prétention, et l'on n'y entrait qu'à condition d'y briller. »
Lieux clés
Résidence de Madame du Deffand à partir de 1747 jusqu'à sa mort. C'est là qu'elle tint son célèbre salon, recevant philosophes, aristocrates et hommes de lettres chaque semaine pendant plus de trente ans.
Lieu de naissance de Marie Anne de Vichy-Chamrond en 1696, dans la noblesse provinciale bourguignonne dont elle tira son nom de jeune fille.
Madame du Deffand fréquenta la cour de Versailles dans sa jeunesse et maintint des liens étroits avec l'aristocratie gravitant autour du roi Louis XV.
Quartier aristocratique de la rive gauche où résidait la haute noblesse parisienne. Le salon du Deffand en était l'un des foyers intellectuels les plus actifs et les plus courus.
Objets typiques

Avant de perdre la vue, Madame du Deffand écrivait elle-même ses nombreuses lettres. Devenue aveugle, elle les dictait à un secrétaire tout en en conservant jalousement le contrôle stylistique.

Le brelan et les cartes étaient au cœur des soirées du salon. La table de jeu réunissait les invités dans une sociabilité légère, avant ou après les grandes conversations philosophiques.

L'éclairage à la bougie était indispensable pour les soirées du salon, même si Madame du Deffand, aveugle, n'en bénéficiait plus directement. Les candélabres créaient l'atmosphère propice aux échanges intimes.

La tasse de chocolat chaud était le rafraîchissement aristocratique par excellence au XVIIIe siècle. Madame du Deffand le servait à ses invités lors des soirées de son salon.

Ce journal officiel, lu à haute voix par ses secrétaires, permettait à Madame du Deffand de rester informée de l'actualité politique et culturelle malgré sa cécité totale.

Accessoire indispensable de la femme du monde au XVIIIe siècle, l'éventail servait autant à se rafraîchir qu'à ponctuer les conversations d'un geste élégant ou d'un signe de connivence discret.
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Vie quotidienne
Matin
Madame du Deffand, grande noctambule, passait la matinée au lit. Un secrétaire lui lisait les gazettes et le courrier à voix haute, et elle dictait ses réponses depuis ses appartements du couvent Saint-Joseph, gardant un contrôle minutieux sur le style de chaque lettre.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux visites privées et aux conversations en tête-à-tête avec ses amis les plus proches. Elle recevait parfois des visiteurs de marque, ambassadeurs ou hommes de lettres étrangers de passage à Paris, dans un cadre plus intime qu'en soirée.
Soir
Le salon s'ouvrait en fin de soirée, vers neuf ou dix heures. Madame du Deffand y présidait les conversations avec une autorité naturelle, reconnaissant ses hôtes à la voix et orientant les débats avec subtilité. Le jeu de cartes clôturait souvent la soirée.
Alimentation
La table du salon était sobre mais raffinée : chocolat chaud, limonades, biscuits et petits gâteaux circulaient parmi les convives. Madame du Deffand, peu portée sur la nourriture, préférait les douceurs légères aux repas copieux de la tradition aristocratique.
Vêtements
Habillée selon les canons de l'aristocratie parisienne du XVIIIe siècle, elle portait des robes en soie ou en velours aux couleurs sobres, des perruques poudrées et des bijoux discrets. Sa mise soignée reflétait son statut social et son goût pour l'élégance sans ostentation.
Habitat
Depuis 1747, elle occupait un appartement au couvent des Filles Saint-Joseph, rue Saint-Dominique dans le faubourg Saint-Germain. Ces pièces confortables, ornées de portraits et de bibliothèques, formaient un cadre idéal pour son salon, à l'écart du bruit de la ville.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Correspondance avec Voltaire
1745-1778
Lettres à Horace Walpole
1766-1780
Lettres à d'Alembert
1750-1780
Le salon du couvent Saint-Joseph (1747-1780)
1747-1780





