Madame du Deffand

Marie Anne de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand

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LettresSociétéCultureTemps modernesXVIIIe siècle, ère des Lumières, société aristocratique et vie de salon

Salonnière française du XVIIIe siècle, la marquise du Deffand tint à Paris l'un des salons les plus influents des Lumières. Correspondante de Voltaire et de d'Alembert, elle incarna l'esprit critique et la sociabilité intellectuelle de son époque.

Citations célèbres

« La distance n'y fait rien ; il n'y a que le premier pas qui coûte. »
« Je ne suis point étonnée que Dieu ait créé le monde, mais je le suis fort qu'il soit content de son ouvrage. »

Faits marquants

  • 1697 : naissance à Chamrond, en Bourgogne
  • Vers 1730 : ouverture de son salon rue Saint-Dominique à Paris, fréquenté par Voltaire, Montesquieu, d'Alembert
  • 1753 : perd la vue, ce qui ne l'empêche pas de continuer à animer son salon
  • 1766-1780 : correspondance passionnée avec Horace Walpole, figure de la littérature épistolaire européenne
  • 1780 : mort à Paris, laissant une vaste correspondance publiée posthumément

Œuvres & réalisations

Correspondance avec Voltaire (1745-1778)

Un échange de lettres s'étalant sur plus de trente ans, témoignant d'une amitié intellectuelle profonde. Voltaire y reconnaît en Madame du Deffand une interlocutrice à la hauteur de son esprit critique.

Lettres à Horace Walpole (1766-1780)

Correspondance passionnée avec l'écrivain anglais, publiée en 1810. Ces lettres révèlent la vie intellectuelle et sentimentale de la salonnière dans ses dernières années et constituent un document précieux sur la société des Lumières.

Lettres à d'Alembert (1750-1780)

Échanges avec le co-directeur de l'Encyclopédie, attestant du rôle central du salon du Deffand dans la diffusion des idées nouvelles, même si Madame du Deffand gardait ses distances avec le dogmatisme philosophique.

Le salon du couvent Saint-Joseph (1747-1780) (1747-1780)

Son salon lui-même constitue son œuvre principale : un espace de sociabilité intellectuelle animé pendant plus de trente ans, réunissant les esprits les plus brillants de l'Europe des Lumières.

Anecdotes

Aveugle à partir de 1754, Madame du Deffand ne renonça jamais à son salon. Elle continuait d'animer les conversations avec un esprit acéré, reconnaissant ses invités à la voix et dictant sa correspondance à ses secrétaires. Sa cécité ne fit qu'affiner sa réputation de femme d'esprit incomparable.

Lorsque le cardinal de Polignac lui conta le miracle de saint Denis, qui aurait marché six lieues en portant sa tête coupée, Madame du Deffand répondit avec son impertinence habituelle : « La distance n'y fait rien ; il n'y a que le premier pas qui coûte. » Cette boutade devint l'une des formules les plus célèbres des Lumières, illustrant son goût pour l'ironie et le scepticisme.

À 69 ans, Madame du Deffand rencontra l'écrivain anglais Horace Walpole lors de son séjour à Paris et en tomba éperdument amoureuse. Elle lui écrivit des centaines de lettres passionnées en français, qu'il accueillit avec gêne mais conserva précieusement. Cette correspondance, publiée après sa mort, révèle une profondeur de sentiments insoupçonnée chez la salonnière.

Madame du Deffand recueillit en 1754 la jeune Julie de Lespinasse comme lectrice et dame de compagnie. Pendant dix ans, elle lui fit entièrement confiance. Mais elle découvrit en 1764 que Julie recevait secrètement ses propres invités une heure avant l'ouverture officielle du salon. Cette trahison la brisa, et Julie fonda un salon rival qui attira d'Alembert et les encyclopédistes.

Sceptique jusqu'au bout, Madame du Deffand déclarait ne croire ni à Dieu ni à l'immortalité de l'âme, tout en confiant craindre le néant. Elle refusait le confort des certitudes philosophiques ou religieuses, ce qui lui valut la réputation d'une femme d'une sincérité désespérée. Voltaire lui-même admirait cette honnêteté intellectuelle chez son amie de toujours.

Sources primaires

Correspondance complète de Madame du Deffand avec ses amis (1742-1780 (publiée en 1865))
« Je ne suis point curieuse de vivre, je voudrais seulement n'être point morte. » Elle exprime ainsi son rapport douloureux à l'existence, entre ennui profond et refus du néant.
Lettres de Madame du Deffand à Horace Walpole (1766-1780 (publiées en 1810))
« Vous êtes le seul qui m'ait jamais intéressée. Je ne sais pourquoi ; peut-être parce que vous ne cherchez point à me plaire et que vous me dites la vérité. »
Lettres de Voltaire à Madame du Deffand (1745-1778)
« Vous êtes, madame, l'une des plus belles âmes que je connaisse, précisément parce que vous n'aimez pas les illusions. » Voltaire lui témoigne ainsi une admiration mêlée d'affection fraternelle.
Mémoires de Marmontel (1804)
« Son salon était le rendez-vous de tout ce que Paris comptait d'esprits distingués. Elle ne souffrait ni la sottise ni la prétention, et l'on n'y entrait qu'à condition d'y briller. »

Lieux clés

Couvent Saint-Joseph, rue Saint-Dominique, Paris

Résidence de Madame du Deffand à partir de 1747 jusqu'à sa mort. C'est là qu'elle tint son célèbre salon, recevant philosophes, aristocrates et hommes de lettres chaque semaine pendant plus de trente ans.

Chamrond, Bourgogne

Lieu de naissance de Marie Anne de Vichy-Chamrond en 1696, dans la noblesse provinciale bourguignonne dont elle tira son nom de jeune fille.

Château de Versailles

Madame du Deffand fréquenta la cour de Versailles dans sa jeunesse et maintint des liens étroits avec l'aristocratie gravitant autour du roi Louis XV.

Faubourg Saint-Germain, Paris

Quartier aristocratique de la rive gauche où résidait la haute noblesse parisienne. Le salon du Deffand en était l'un des foyers intellectuels les plus actifs et les plus courus.

Voir aussi