Madame Roland(1754 — 1793)
Manon Roland
France
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Salonnière et femme politique girondine, Manon Roland (1754-1793) exerça une influence considérable sur le parti girondin pendant la Révolution française. Arrêtée sous la Terreur, elle fut guillotinée en 1793 en prononçant sa célèbre phrase sur la liberté.
Citations célèbres
« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Faits marquants
- 1754 : naissance à Paris, fille d'un graveur, reçoit une éducation soignée
- 1780 : épouse Jean-Marie Roland de la Platière, inspecteur des manufactures
- 1791-1792 : tient un salon politique influent à Paris, véritable centre du parti girondin
- 1792 : son mari devient ministre de l'Intérieur ; elle rédige elle-même de nombreuses lettres officielles
- 1793 : arrêtée après la chute des Girondins, guillotinée le 8 novembre 1793
Œuvres & réalisations
Rédigés en prison dans les dernières semaines de sa vie, ces Mémoires sont à la fois une autobiographie et un témoignage politique sur la Révolution et les Girondins. Écrits avec éloquence et lucidité, ils constituent un document historique majeur.
Texte rédigé en prison dans lequel Manon Roland se défend des accusations portées contre elle et contre les Girondins, s'adressant directement aux générations futures. Il témoigne de sa conscience politique aiguë jusqu'à la fin.
Cette lettre officielle signée par le ministre Roland mais rédigée par Manon somme Louis XVI de respecter la Constitution et les lois révolutionnaires. Sa virulence provoqua le renvoi de Roland par le roi et en fit un document politique remarqué.
Manon Roland entretint une abondante correspondance politique et intime avec François Buzot et d'autres chefs girondins. Ces lettres, partiellement conservées, révèlent à la fois sa pensée politique et la profondeur de ses sentiments personnels.
Anecdotes
Dès l'âge de neuf ans, Marie-Jeanne Phlipon lisait Plutarque dans l'atelier de son père graveur, quai de l'Horloge à Paris. Ces récits de grands hommes de l'Antiquité la marquèrent profondément : elle rêvait de vivre dans une République antique et déclarait plus tard que c'est Plutarque qui avait 'préparé son âme à la liberté'. Cette passion des livres fit d'elle une autodidacte exceptionnelle à une époque où l'éducation des filles était très limitée.
Au salon qu'elle tenait à Paris, Manon Roland rédigeait souvent elle-même les lettres et discours que signait son mari, le ministre Jean-Marie Roland. Brissot, Vergniaud et d'autres chefs girondins fréquentaient assidûment ce salon, à tel point que ses ennemis la surnommaient 'l'éminence grise des Girondins' ou même 'le vrai ministre Roland'. Elle exerçait ainsi un pouvoir politique réel sans en détenir officiellement le titre.
Emprisonnée à Sainte-Pélagie en juin 1793, Manon Roland usa de ses semaines de détention pour rédiger ses Mémoires avec une énergie remarquable. Elle écrivit dans des conditions difficiles, sachant qu'elle risquait la mort, mais voulant léguer un témoignage honnête à la postérité. Ces mémoires, rédigés avec talent et franchise, sont aujourd'hui une source historique de premier plan sur la Révolution.
Le 8 novembre 1793, sur l'échafaud de la place de la Révolution, Manon Roland aurait prononcé devant une statue de la Liberté ces mots devenus célèbres : 'Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom !' Cette phrase illustre le désenchantement d'une femme qui avait cru aux idéaux révolutionnaires et mourut en les voyant pervertis par la Terreur. Son mari Jean-Marie Roland, apprenant sa mort, se suicida quelques jours plus tard.
Manon Roland entretenait une relation épistolaire intense et passionnée avec le député girondin François Buzot, qu'elle rencontra en 1791. Elle évoqua cet amour avec une franchise rare dans ses Mémoires de prison, tout en affirmant n'avoir jamais trahi son mari. Cette histoire illustre la complexité de la vie intime des femmes de la Révolution, prises entre convictions morales et sentiments profonds.
Sources primaires
Je suis née à Paris le 17 mars 1754 […] Mon père était un habile artiste, dont le talent et l'industrie lui acquirent une honnête aisance. Ma mère réunissait à une belle figure les qualités les plus estimables. Je fus leur unique enfant, et ils me chérirent autant qu'on peut chérir ce qu'on n'a qu'un.
Si jamais mes écrits parviennent au public, qu'on y cherche l'histoire d'une femme qui n'a jamais voulu tromper et qui a cru que la vérité était le premier devoir envers ses concitoyens et envers elle-même.
Sire, la France est couverte de prêtres et de moines qui correspondent ouvertement avec nos ennemis et soufflent le feu de la guerre civile. […] Si les affaires de votre règne finissent mal, l'histoire vous en demandera compte.
Votre image m'accompagne partout ; je pense à vous avec une tendresse que je n'essaierai point de combattre, car je suis persuadée qu'elle est pure comme mon âme et qu'elle ne saurait compromettre ma vertu.
Lieux clés
Manon Roland naît le 17 mars 1754 dans l'atelier de son père graveur, sur le quai de l'Horloge dans l'île de la Cité. C'est là qu'elle passe son enfance entourée de livres, développant sa passion pour la lecture et la philosophie.
À Paris, Manon Roland tient un salon politique influent où se réunissent les chefs girondins — Brissot, Vergniaud, Buzot. C'est le véritable quartier général intellectuel du parti girondin pendant les années 1791-1793.
Après son arrestation le 1er juin 1793, Manon Roland est d'abord incarcérée à la prison de l'Abbaye, dans le faubourg Saint-Germain. Elle y commence à organiser sa défense et ses réflexions.
Transférée à Sainte-Pélagie (rue de la Clef, Paris 5e), Manon Roland y rédige l'essentiel de ses Mémoires et de sa correspondance. C'est depuis cette prison qu'elle prépare son témoignage destiné à la postérité.
Manon Roland est guillotinée le 8 novembre 1793 sur la place de la Révolution, devant une statue de la Liberté. C'est là qu'elle prononce sa célèbre phrase sur la liberté et les crimes commis en son nom.
