Madhubala(1933 — 1969)

Madhubala

Inde, Raj britannique

8 min de lecture

SpectacleCultureXXe siècleÂge d'or du cinéma de Bollywood (années 1940-1960), période d'indépendance et de construction nationale indienne

Madhubala (1933-1969) est considérée comme l'une des plus grandes actrices du cinéma hindi classique. Surnommée la « Vénus de Bollywood », elle incarna la beauté et le talent dans des films devenus des classiques de l'âge d'or du cinéma indien.

Faits marquants

  • Née le 14 février 1933 à Delhi sous le nom de Mumtaz Jehan Begum Dehlavi
  • Débute sa carrière d'actrice à l'âge de 9 ans dans les années 1940
  • Joue dans plus de 70 films entre 1942 et 1960
  • Rôle emblématique dans Mughal-E-Azam (1960), l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma indien
  • Décède le 23 février 1969 à Mumbai d'une malformation cardiaque congénitale

Œuvres & réalisations

Mahal (1949)

Film fantastique de Kamal Amrohi dans lequel Madhubala incarne un spectre mystérieux. Son succès phénoménal la propulsa au rang de grande vedette nationale à tout juste seize ans.

Mr. & Mrs. '55 (1955)

Comédie satirique de Guru Dutt qui révèle le talent comique de Madhubala. Le film dénonce avec humour les inégalités entre hommes et femmes dans le mariage dans l'Inde post-indépendante.

Howrah Bridge (1958)

Thriller noir dans lequel Madhubala interprète une chanteuse de cabaret impliquée dans un meurtre. Sa performance démontre sa capacité à incarner des personnages ambigus et modernes, loin des héroïnes classiques.

Chalti Ka Naam Gaadi (1958)

Comédie musicale légère aux côtés de Kishore Kumar, devenue un classique du genre. L'alchimie entre Madhubala et Kishore Kumar à l'écran annonçait leur mariage deux ans plus tard.

Mughal-E-Azam (1960)

Épopée historique de K. Asif retraçant l'amour impossible entre le prince Salim et la danseuse Anarkali à la cour de l'empereur Akbar. Considéré comme le film le plus ambitieux de l'histoire du cinéma hindi, il reste l'œuvre majeure de Madhubala.

Barsaat Ki Raat (1960)

Film romantique et musical centré sur la poésie ourdoue et la musique ghazal. Madhubala y livre l'une de ses dernières grandes performances avant que la maladie ne l'éloigne définitivement des plateaux.

Anecdotes

Madhubala, de son vrai nom Mumtaz Jehan Begum Dehlavi, fut repérée dès l'âge de neuf ans par les studios Bombay Talkies. Son père, Ataullah Khan, quitta son emploi dans une compagnie de tabac pour gérer entièrement sa carrière. Cette décision engagea toute une famille nombreuse de neuf enfants, dont les revenus allaient reposer presque exclusivement sur les épaules de la jeune actrice.

En 1954, les médecins diagnostiquèrent chez Madhubala une malformation cardiaque congénitale — une communication interventriculaire — et lui donnèrent au plus deux ans à vivre. Elle continua pourtant à tourner pendant encore huit ans, dissimulant sa maladie au public et à ses partenaires de jeu, sans jamais laisser transparaître sa souffrance à l'écran.

Le tournage de Mughal-E-Azam, épopée retraçant l'amour interdit du prince Salim pour la danseuse Anarkali à la cour de l'empereur Akbar, s'étendit sur près de neuf ans (1951-1960). Madhubala y incarna Anarkali avec une intensité bouleversante : la scène finale, où le personnage est muré vivant dans une paroi de pierre par ordre de l'empereur, reste l'une des plus mémorables du cinéma hindi classique.

Sa relation amoureuse avec l'acteur Dilip Kumar dura près de neuf ans et passionna tout Bollywood, mais leur mariage fut impossible : le père de Madhubala refusa catégoriquement l'union. En 1957, lors d'un procès opposant son père au producteur B. R. Chopra, Dilip Kumar témoigna contre la famille — un affront impardonnable qui brisa définitivement leur histoire.

Madhubala épousa l'acteur et chanteur comique Kishore Kumar en 1960, espérant notamment pouvoir financer une opération cardiaque à Londres. Les médecins estimèrent finalement le risque opératoire trop élevé. Elle s'éteignit le 23 février 1969, neuf jours après son trente-sixième anniversaire, après plusieurs années passées alitée dans sa villa de Bandra à Bombay.

Sources primaires

Interview de Madhubala dans Filmfare (1958)
« Je sais que je suis malade. Mais tant que je peux jouer, tant que les caméras tournent, je suis vivante. Le plateau est le seul endroit où j'oublie la douleur. »
Déclaration d'Ataullah Khan (père de Madhubala) à la presse indienne (1957)
« Ma fille ne quittera pas Bombay pour tourner en extérieur sans ma permission. Sa santé et sa réputation passent avant tout contrat. »
Jugement de la Haute Cour de Bombay — Affaire B. R. Chopra contre Ataullah Khan (1957)
Le tribunal constata que l'actrice, sous tutelle paternelle, ne pouvait honorer les clauses de tournage en extérieur du film Naya Daur sans l'accord de son père, Ataullah Khan.
Nécrologie publiée dans le Times of India (24 février 1969)
« Madhubala, surnommée la Vénus de Bollywood, s'est éteinte après une longue maladie cardiaque. Elle laisse une œuvre de plus de soixante-dix films qui ont défini l'âge d'or du cinéma hindi. »

Lieux clés

Delhi, Inde

Ville de naissance de Madhubala en 1933, dans un quartier populaire. Sa famille, originaire de la région de Peshawar, s'y était installée avant de migrer vers Bombay pour lancer la carrière de la jeune actrice.

Bombay (Mumbai), Inde

Capitale du cinéma hindi, où Madhubala passa la majeure partie de sa vie professionnelle et personnelle. Elle y tourna la quasi-totalité de ses films dans les grands studios de l'époque (Filmistan, Mehboob Studios).

Studios Filmistan, Goregaon (Mumbai)

L'un des principaux studios de cinéma de l'Inde des années 1940-1960, où Madhubala tourna plusieurs de ses films majeurs. Ces studios possédaient des décors permanents, des plateaux d'enregistrement sonore et des salles de montage.

Fort d'Agra, Uttar Pradesh, Inde

Site historique de la cour moghole utilisé pour certaines scènes extérieures de Mughal-E-Azam. Le réalisateur K. Asif souhaitait ancrer son épopée dans les lieux authentiques du pouvoir moghol du XVIe siècle.

Villa de Madhubala, Bandra (Mumbai)

Résidence où Madhubala passa ses dernières années alitée, soignée par son mari Kishore Kumar. Elle y mourut le 23 février 1969 après une longue dégradation de son état cardiaque.

Voir aussi