Makeda
Makeda
Allemagne
Makeda est la figure centrale de la tradition éthiopienne (Kebra Nagast), vénérée comme reine légendaire du royaume de Saba. Issue de la tradition orale éthiopienne et érythréenne, elle est connue pour sa rencontre avec le roi Salomon de Jérusalem, dont naîtrait Ménélik Ier, ancêtre fondateur de la lignée impériale éthiopienne.
Citations célèbres
« « La sagesse est plus précieuse que l'or et les richesses. » (paroles attribuées à Makeda par la tradition éthiopienne du Kebra Nagast) »
« « Je suis venue de loin pour entendre ta sagesse, car sa renommée a traversé toutes les terres. » (tradition orale éthiopienne, Kebra Nagast) »
Faits marquants
- Mentionnée dans la Bible (1 Rois 10 et 2 Chroniques 9) comme « reine du Midi » visitant Salomon, sans nom propre donné dans le texte hébreu
- Le Kebra Nagast (« Gloire des Rois »), texte éthiopien rédigé vers le XIVe siècle mais fondé sur des traditions orales bien antérieures, lui donne le nom de Makeda et fait d'elle la mère de Ménélik Ier
- Ménélik Ier, son fils selon la tradition, aurait rapporté l'Arche d'Alliance à Axoum (Éthiopie), légitimant la prétention de la lignée impériale éthiopienne à une ascendance salomonide
- Présente dans trois grandes traditions religieuses : Bible (Ancien Testament), Coran (sourate An-Naml, nommée Bilqis), et christianisme éthiopien orthodoxe
- La datation reste incertaine — les traditions orales situent son règne vers le Xe siècle avant notre ère, mais aucune source archéologique directe ne confirme son existence historique
Œuvres & réalisations
En engendrant Ménélik Ier avec Salomon, Makeda est considérée comme la fondatrice de la plus longue dynastie royale de l'histoire : la lignée salomonide d'Éthiopie, qui régna jusqu'à la déposition d'Hailé Sélassié en 1974.
Selon le Kebra Nagast, Makeda abandonna le culte des idoles et du soleil après sa rencontre avec Salomon. Elle inaugura ainsi l'adhésion éthiopienne au monothéisme, qui précéderait la christianisation officielle du IVe siècle ap. J.-C.
Sous le règne supposé de Makeda, le royaume de Saba contrôlait les routes de l'encens et de la myrrhe entre la Corne de l'Afrique, l'Arabie et la Méditerranée. Ce réseau commercial fit de Saba l'une des entités économiques les plus puissantes de l'Antiquité.
Bien que rédigé des siècles après Makeda, le Kebra Nagast est le principal monument littéraire qui immortalise sa geste. Ce texte fondateur de la culture éthiopienne a servi de base à la légitimité de tous les empereurs éthiopiens jusqu'au XXe siècle.
Le récit biblique de la visite de la reine de Saba à Salomon est l'une des sources écrites les plus anciennes évoquant Makeda. En posant des énigmes à Salomon, elle incarne l'idéal de la sagesse féminine dans la littérature mondiale.
Anecdotes
Selon le Kebra Nagast, Makeda entreprit un voyage extraordinaire vers Jérusalem pour rencontrer le roi Salomon, dont la sagesse avait traversé les mers jusqu'à elle. Elle aurait voyagé avec une caravane de chameaux chargés d'or, d'épices et de pierres précieuses, parcourant des milliers de kilomètres à travers l'Arabie et le Sinaï.
La tradition éthiopienne raconte que Salomon, fasciné par l'intelligence de Makeda, lui fit jurer de ne rien prendre de chez lui sans permission. Lors d'un banquet, assoiffée par des mets très épicés, elle but de l'eau au milieu de la nuit — et Salomon considéra ce serment rompu, obtenant ainsi qu'elle partage sa couche. De cette nuit naîtrait Ménélik Ier.
Ménélik, fils de Makeda et Salomon, se rendit à Jérusalem pour connaître son père une fois adulte. Selon le Kebra Nagast, il en ramena en Éthiopie l'Arche d'Alliance — le coffre sacré contenant les Tables de la Loi. C'est pourquoi l'Église orthodoxe éthiopienne affirme encore aujourd'hui détenir l'Arche à Aksoum.
Dans la tradition islamique, Makeda est appelée Bilqis. Le Coran (sourate An-Naml) évoque sa sagesse et sa conversion au monothéisme après sa rencontre avec Salomon. Elle est ainsi vénérée à la fois dans le christianisme éthiopien, le judaïsme et l'islam, ce qui en fait l'un des rares personnages partagés par les trois grandes religions abrahamiques.
Le titre de 'Reine de Saba' désignait probablement la souveraine d'un royaume prospère contrôlant les routes commerciales de l'encens et de la myrrhe entre la Corne de l'Afrique et la péninsule arabique. Makeda symbolise ainsi la puissance économique et diplomatique de l'Afrique de l'Est antique, bien avant la colonisation européenne.
Sources primaires
Et la Reine du Sud entendit parler de la sagesse du roi Salomon, et son cœur fut ému d'aller vers lui. Elle rassembla de grandes richesses et vint à Jérusalem avec une suite nombreuse. Salomon lui enseigna la loi de Dieu, et elle abandonna le culte du soleil pour adorer le Dieu d'Israël.
La reine de Saba, ayant appris la renommée de Salomon, vint l'éprouver par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une suite très nombreuse, avec des chameaux chargés d'aromates, d'or en grande quantité et des pierres précieuses.
Il dit : 'Je reviens de chez Saba avec une nouvelle certaine. J'ai trouvé une femme qui les gouverne, à qui tout a été donné, et qui possède un trône magnifique.' [...] Elle dit : 'Seigneur, j'ai fait du tort à mon âme, et je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur des mondes.'
Les chanteurs traditionnels éthiopiens perpétuent la geste de Makeda sous forme de poèmes épiques chantés, transmis de génération en génération depuis les prêtres et scribes du royaume d'Aksoum. Ces récits décrivent sa beauté, sa curiosité intellectuelle et son règne bienveillant sur le royaume de Saba.
Les fouilles archéologiques à Marib (ancienne capitale du royaume de Saba, actuel Yémen) ont mis au jour des inscriptions mentionnant des souveraines dans la région, confirmant l'existence de reines puissantes dans cette zone géographique à l'époque présumée de Makeda.
Lieux clés
Capitale de l'ancien empire d'Aksoum, Aksoum est considérée comme le berceau de la lignée royale fondée par Ménélik Ier, fils de Makeda. L'Église Notre-Dame de Sion y conserverait, selon la tradition éthiopienne, l'Arche d'Alliance.
Ancienne capitale du royaume de Saba dans la péninsule arabique, Marib abrite les ruines du grand barrage antique et du temple de la lune (Mahram Bilqis). Ce site archéologique est associé à la figure de Bilqis/Makeda dans la tradition islamique.
Lieu de la rencontre légendaire entre Makeda et le roi Salomon, telle que relatée dans la Bible et le Kebra Nagast. Jérusalem représente dans la tradition éthiopienne le point de contact entre la sagesse africaine et le monothéisme abrahamique.
Source du Nil Bleu, le lac Tana est entouré de monastères insulaires qui conservent des manuscrits illustrés du Kebra Nagast. Ces enluminures éthiopiennes constituent l'une des sources iconographiques les plus riches sur la figure de Makeda.
Région historique d'Éthiopie considérée comme l'un des berceaux possibles du royaume légendaire de Makeda selon certaines traditions locales. Les récits oraux tigrignas perpétuent une version propre à cette région de la geste de la reine.
Galerie
Abner's Messenger before David (?); The Queen of Sheba Bringing Gifts to Solomon; The Annunciation
Wikimedia Commons, CC0 — Master of the Legend of Saint Barbara
Abner's Messenger before David (?); The Queen of Sheba Bringing Gifts to Solomon; The Annunciation
Wikimedia Commons, CC0 — Master of the Legend of Saint Barbara
Gertrud Bock-Schnirlin Solomon and the Queen of Sheba 1930
Wikimedia Commons, Public domain — Gertrud Bock-Schnirlin (German, 1878-1942)
Agnolo Gaddi. Legend of the True Cross. Adoration of the Queen of Sheba. Santa Croce
Wikimedia Commons, Public domain — Agnolo Gaddi
Dessin de la statue-colonne de la Reine de Saba de l'abbatiale de Saint-Denis
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Zythème
