Marcel Sembat(1862 — 1922)
Marcel Sembat
France
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Député socialiste de la Seine et proche de Jean Jaurès, Marcel Sembat est ministre des Travaux publics dans le gouvernement d'Union sacrée (1914-1916). Pacifiste convaincu, il laisse une œuvre politique marquée par la défense du socialisme et son essai polémique de 1913.
Citations célèbres
« Faites un roi, sinon faites la paix. »
Faits marquants
- Né en 1862 à Bonnières-sur-Seine, mort en 1922 à Chamonix.
- Élu député socialiste de la Seine à partir de 1893, proche collaborateur de Jean Jaurès.
- Auteur de l'essai polémique Faites un roi, sinon faites la paix (1913), plaidoyer pacifiste et républicain.
- Ministre des Travaux publics dans le gouvernement d'Union sacrée de Viviani puis de Briand (1914-1916).
- Une station de la ligne 9 du métro parisien porte son nom à Boulogne-Billancourt.
Œuvres & réalisations
Pamphlet politique provocateur dans lequel Sembat analyse les contradictions de la République française face à la montée des tensions militaires européennes. L'ouvrage au titre délibérément choquant fait grand bruit et reste son texte le plus lu.
Pendant près de trente ans, Sembat défend à la tribune les droits des travailleurs, la laïcité et le pacifisme. Ses interventions constituent un témoignage précieux sur le socialisme parlementaire de la Belle Époque et de la Grande Guerre.
En tant que ministre des Travaux publics, Sembat organise la mobilisation du réseau ferroviaire et routier pour les armées, tout en maintenant les services essentiels pour les civils. Une œuvre administrative considérable accomplie malgré ses convictions pacifistes.
Sembat collabore régulièrement à la presse socialiste pour diffuser ses idées et commenter l'actualité parlementaire et internationale. Ces écrits témoignent de son engagement intellectuel au service du mouvement ouvrier.
Anecdotes
En 1913, Marcel Sembat publie un pamphlet au titre délibérément provocateur : 'Faites un Roi, sinon faites la Paix !'. Il y soutient que la République française, déchirée entre ses idéaux pacifistes et la montée des périls militaires, doit choisir : se doter d'un pouvoir exécutif fort comme une monarchie, ou négocier la paix. L'ouvrage fait scandale et nourrit un vif débat dans les milieux politiques et intellectuels.
Pacifiste convaincu et intime de Jean Jaurès, Sembat se retrouve profondément déchiré lorsque la guerre éclate en août 1914. Quelques jours à peine après l'assassinat de Jaurès, il accepte d'entrer dans le gouvernement d'Union sacrée comme ministre des Travaux publics, estimant qu'il vaut mieux peser sur les décisions de l'intérieur que de protester inutilement depuis l'opposition.
Marcel Sembat et sa femme, la peintre Georgette Agutte, étaient de grands amis et collectionneurs d'Henri Matisse. Ils accueillirent le peintre dans leur appartement parisien et à Chamonix, et leur collection comptait parmi les plus belles de l'époque. Matisse, en signe d'amitié profonde, leur dédia plusieurs toiles et entretint avec eux une correspondance suivie.
Le 5 septembre 1922, à Chamonix, Georgette Agutte mourut subitement d'une crise cardiaque. Marcel Sembat, effondré par la perte de sa compagne de toujours, décéda à son tour dans la même journée, quelques heures plus tard. Leur double disparition émut profondément le monde politique et artistique français.
Député de Montmartre depuis 1893, Sembat était profondément ancré dans ce quartier populaire et bohème de Paris. Il défendait à l'Assemblée les ouvriers, les petits artisans et les artistes du quartier, et ses réélections répétées témoignaient de l'attachement sincère de la population à cet homme de conviction.
Sources primaires
La République n'est pas outillée pour la guerre. Si vous ne voulez pas la faire, n'en parlez plus. Si vous voulez la faire, préparez-la vraiment — ou bien cherchez un autre régime.
Nous sommes socialistes, nous sommes internationalistes, nous sommes partisans de la paix. Mais devant l'agression, devant la patrie en danger, nous répondons présents au nom de nos électeurs et de nos convictions républicaines.
La mobilisation du réseau ferroviaire national constitue une nécessité absolue pour le ravitaillement des armées et le maintien du service public indispensable à la vie de la nation.
Le socialisme n'est pas une doctrine de haine ni de désordre, mais une doctrine de justice et d'organisation. Nous voulons que chaque travailleur puisse vivre dignement du fruit de son labeur, dans une République véritablement sociale.
Lieux clés
Petite ville de Seine-et-Oise où Marcel Sembat est né le 13 août 1862. Cette commune au bord de la Seine a été le cadre de ses premières années avant qu'il rejoigne Paris pour ses études et sa carrière politique.
Fief électoral de Sembat depuis 1893, ce quartier populaire et bohème de Paris était le cœur de son action politique. Il en défendait les ouvriers et les artistes à la Chambre, et y fut réélu plusieurs fois.
Siège de la Chambre des députés où Sembat siégea pendant près de trente ans. C'est depuis cette enceinte qu'il défendit le socialisme, la laïcité et les droits des travailleurs face aux gouvernements successifs.
Lieu d'exercice du pouvoir de Sembat entre août 1914 et décembre 1916. Il y organisait la mobilisation du réseau ferroviaire et des infrastructures au service de l'effort de guerre, tout en maintenant les services publics civils.
Station alpine où Marcel Sembat et sa femme Georgette Agutte séjournaient régulièrement. C'est là que tous deux moururent le 5 septembre 1922, à quelques heures d'intervalle, bouleversant la France politique et artistique.
