Marguerite de La Sablière
Marguerite Hessein de La Sablière
7 min de lecture
Salonnière et femme de lettres du XVIIe siècle, elle tint l'un des salons les plus réputés de Paris, réunissant poètes, philosophes et savants. Mécène de La Fontaine, elle l'accueillit chez elle pendant près de vingt ans. Passionnée de sciences, elle étudia l'astronomie et la philosophie naturelle auprès de savants comme Bernier.
Faits marquants
- Née en 1636, fille du financier Gilbert Hessein
- Épouse Antoine de Rambouillet de La Sablière en 1654 ; séparée plus tard
- Son salon rue Neuve-des-Petits-Champs (Paris) réunit La Fontaine, Bernier, Fontenelle et des savants étrangers
- Accueille La Fontaine à demeure pendant près de vingt ans (vers 1672–1693)
- Décède en 1693 après s'être consacrée aux malades de l'hôpital des Incurables
Œuvres & réalisations
Sa réalisation majeure : espace de rencontre unique entre lettres et sciences à Paris, il favorisa la création des Fables de La Fontaine et la diffusion des idées gassendistes en marge des académies officielles réservées aux hommes.
En hébergeant et en soutenant La Fontaine pendant vingt ans, Marguerite de La Sablière rendit possible la composition des livres VII à XI des Fables, chef-d'œuvre de la littérature française classique.
Textes spirituels composés lors de ses années de retraite pieuse, témoignant de sa conversion profonde et de sa vie intérieure ; ils constituent le rare témoignage direct de sa plume.
Ses lettres avec La Fontaine, Bernier et d'autres intellectuels constituent une source précieuse sur la vie des salons parisiens, ses préoccupations scientifiques et ses réflexions philosophiques.
Anecdotes
Marguerite de La Sablière accueillit le poète Jean de La Fontaine sous son toit pendant près de vingt ans, à partir de 1673. Lorsqu'elle se retira pour se consacrer aux malades de l'Hôpital des Incurables, La Fontaine, désorienté, alla frapper à la porte de Mme d'Hervart qui l'accueillit aussitôt. Interrogé sur ce choix, il aurait simplement répondu : « Madame d'Hervart m'a pris. »
Passionnée d'astronomie et de philosophie naturelle, Marguerite de La Sablière suivit l'enseignement du philosophe et voyageur François Bernier, disciple de Gassendi. Elle apprit à manier les instruments d'observation céleste et débattait des théories atomistes avec ses hôtes savants, au point que certains contemporains la considéraient comme l'une des femmes les plus instruites de son siècle.
La Fontaine lui dédia les livres VII à IX de ses Fables (1678-1679), et le livre IX s'ouvre sur un long poème philosophique — le « Discours à Madame de La Sablière » — où il débat de l'âme des animaux en s'appuyant sur les idées de Bernier et de Descartes, reflet fidèle des discussions savantes qui animaient son salon.
Après une profonde conversion religieuse dans les années 1680, Marguerite de La Sablière abandonna la brillante vie mondaine de son salon pour se mettre au service des malades. Elle se voua entièrement à l'Hôpital des Incurables de Paris, aux côtés des Filles de la Charité, jusqu'à sa mort le 6 janvier 1693. Ce revirement étonna ses contemporains autant qu'il les édifiait.
Le médecin et philosophe François Bernier, de retour de ses voyages en Inde et en Perse, fréquentait assidûment le salon de La Sablière et lui transmettait ses découvertes sur les civilisations orientales et les théories gassendistes sur les atomes. C'est dans ce cadre que furent débattues des idées scientifiques bien avant qu'elles ne soient répandues dans les académies officielles.
Sources primaires
Iris, je vous louerais, il n'est que trop aisé ; Mais vous avez cent fois notre encens refusé. En cela peu semblable au reste des mortels, Qui veulent tous ici-bas des autels.
À Madame de La Sablière. Je vous apporte mon ouvrage... Vous avez des bontés dont je ne suis pas digne ; et c'est assez pour moi que vous daigniez le lire.
J'ai tâché de rendre Gassendi intelligible à ceux qui n'ont pas le loisir de lire ses grands ouvrages... Ces entretiens ont eu pour témoins des esprits d'élite réunis dans les salons de la capitale.
Il y a des femmes qui ont un mérite réel, et une gloire solide, et qui ont de plus la délicatesse de ne pas vouloir qu'on le sache.
