Marian Anderson(1897 — 1993)

Marian Anderson

États-Unis

10 min de lecture

MusiqueSociétéXXe siècleAmérique du XXe siècle, entre ségrégation raciale et mouvement des droits civiques

Contralto afro-américaine (1897-1993), Marian Anderson fut l'une des plus grandes voix lyriques de son époque. En 1939, refoulée de Constitution Hall en raison de sa couleur de peau, elle chanta devant 75 000 personnes au Lincoln Memorial. En 1955, elle devint la première Afro-Américaine à se produire au Metropolitan Opera de New York.

Citations célèbres

« A singer must have the soul of a great artist and the wisdom of a philosopher. »
« None of us is responsible for the complexion of his skin. This fact of nature offers no clue to the character or quality of the person underneath. »

Faits marquants

  • 1897 : naissance à Philadelphia dans une famille modeste afro-américaine
  • 1939 : concert historique au Lincoln Memorial devant 75 000 personnes après le refus de la DAR de l'accueillir à Constitution Hall
  • 1955 : première Afro-Américaine à chanter au Metropolitan Opera de New York
  • 1958 : déléguée des États-Unis aux Nations Unies
  • 1963 : reçoit la Presidential Medal of Freedom des mains de John F. Kennedy

Œuvres & réalisations

Concert au Lincoln Memorial, Washington D.C. (9 avril 1939)

Concert improvisé devant 75 000 personnes, en réponse au refus discriminatoire de Constitution Hall. Retransmis à la radio nationale, cet événement dépasse le cadre musical pour devenir un acte politique majeur, transformant Marian Anderson en figure emblématique de la lutte pour les droits civiques.

Débuts au Metropolitan Opera — Un ballo in maschera (Verdi) (7 janvier 1955)

En interprétant la voyante Ulrica, Anderson franchit une barrière historique en devenant la première Afro-Américaine à chanter dans cette institution. La salle lui réserve une ovation mémorable, saluant à la fois son art exceptionnel et la portée symbolique de cette première.

Enregistrements de spirituals afro-américains (RCA Victor) (années 1930-1950)

Anderson contribua décisivement à faire connaître le répertoire des spirituals à un public international. Ses interprétations de Deep River, Trampin' ou He's Got the Whole World in His Hands restent des références absolues, ayant imposé ce genre comme un pilier du patrimoine musical américain.

My Lord, What a Morning — autobiographie (1956)

Récit de vie dans lequel Anderson retrace son parcours de chanteuse afro-américaine dans une Amérique ségrégationniste. L'ouvrage constitue une source historique de premier plan sur la discrimination vécue par les artistes noirs et sur la dignité comme forme de résistance.

Performance à la Marche sur Washington (28 août 1963)

À 66 ans, Anderson chante lors du plus grand rassemblement des droits civiques de l'histoire américaine, aux côtés de Martin Luther King Jr. Sa présence incarne la continuité d'une lutte qui remonte au moins à son concert de 1939 au Lincoln Memorial.

Médaille présidentielle de la Liberté (1963)

Plus haute distinction civile des États-Unis, décernée par le président Lyndon B. Johnson. Cette récompense reconnaît officiellement le rôle de Marian Anderson non seulement comme artiste d'exception, mais comme figure morale ayant contribué à faire avancer la cause de l'égalité raciale.

Anecdotes

En 1939, la salle Constitution Hall de Washington refuse d'accueillir Marian Anderson à cause de sa couleur de peau. Eleanor Roosevelt, épouse du président américain, démissionne publiquement de l'association responsable de ce refus en signe de protestation. Le 9 avril 1939, Anderson chante au pied du mémorial Lincoln devant 75 000 personnes réunies sous le ciel ouvert, dans un concert retransmis en direct à la radio nationale — un événement qui marque durablement l'histoire américaine.

En 1935, lors d'un récital au Festival de Salzbourg, le légendaire chef d'orchestre Arturo Toscanini assiste à sa performance et lui déclare : « Une voix comme la vôtre, on n'en entend qu'une fois tous les cent ans. » Cette phrase, reprise par la presse internationale, fait de Marian Anderson une célébrité mondiale, alors même qu'elle reste soumise à la ségrégation raciale dans son propre pays.

En 1955, à l'âge de 57 ans, Marian Anderson devient la première Afro-Américaine à chanter sur la scène du Metropolitan Opera de New York. Elle interprète le rôle de la voyante Ulrica dans le Bal masqué de Verdi. La salle lui réserve une ovation debout mémorable, saluant à la fois sa voix et la portée symbolique de cette première historique.

Le 28 août 1963, lors de la grande Marche sur Washington pour les droits civiques, Marian Anderson chante devant des centaines de milliers de personnes réunies au Lincoln Memorial. C'est lors de ce même rassemblement que Martin Luther King Jr. prononce son discours « I Have a Dream ». Sa présence ce jour-là boucle une boucle symbolique : vingt-quatre ans plus tôt, c'est en ce même lieu qu'elle avait chanté après le refus de Constitution Hall.

Sources primaires

Déclaration d'Arturo Toscanini à Marian Anderson, Festival de Salzbourg (1935)
Une voix comme la vôtre, on n'en entend qu'une fois tous les cent ans.
Lettre de démission d'Eleanor Roosevelt adressée à la Daughters of the American Revolution (26 février 1939)
Je suis dans l'impossibilité de rester membre d'une organisation qui a fait preuve d'une telle intolérance. Refuser à Marian Anderson l'usage de Constitution Hall est contraire aux principes d'une démocratie qui reconnaît les droits de tous ses citoyens, quelles que soient leur race ou leur religion.
Discours d'introduction d'Harold Ickes, secrétaire de l'Intérieur des États-Unis, au Lincoln Memorial (9 avril 1939)
Dans cet immense auditorium à ciel ouvert, nous sommes tous libres et égaux... Le génie, comme la justice, est aveugle. Et le génie, du bout de son aile, a touché cette femme qui, sans le grand esprit de Jefferson et le grand cœur de Lincoln, ne pourrait se tenir parmi nous aujourd'hui en tant qu'individu libre dans un pays libre.
My Lord, What a Morning — autobiographie de Marian Anderson (1956)
Je n'avais pas cherché à devenir un symbole. Je voulais simplement chanter. Mais si mon concert au pied du Lincoln Memorial pouvait contribuer, si peu que ce soit, à faire progresser l'idée que tous les êtres humains méritent d'être traités avec dignité, alors ce moment avait un sens qui dépassait ma propre carrière.
Interview de Marian Anderson pour le magazine Time (1939)
Il y a beaucoup de personnes prêtes à faire ce qui est juste parce qu'au fond d'elles-mêmes elles savent que c'est juste. Mais elles hésitent, attendant que l'autre fasse le premier pas — et l'autre, à son tour, attend qu'elles bougent.

Lieux clés

Philadelphie, Pennsylvanie, États-Unis

Ville natale de Marian Anderson, où elle grandit dans le quartier de South Philadelphia et développa sa voix au sein de la chorale de son église baptiste. C'est là que sa communauté organisa des collectes pour financer ses premières leçons de chant, après que plusieurs écoles de musique lui eurent refusé l'accès en raison de sa couleur de peau.

Lincoln Memorial, Washington D.C., États-Unis

Lieu du concert historique du 9 avril 1939, organisé après qu'elle eut été refusée à Constitution Hall. Chanter devant 75 000 personnes au pied du monument à Abraham Lincoln fit de Marian Anderson un symbole national de la lutte contre la ségrégation raciale.

Metropolitan Opera, New York, États-Unis

Le 7 janvier 1955, Marian Anderson y devient la première Afro-Américaine à se produire sur sa scène. Sa performance dans le rôle d'Ulrica du Bal masqué de Verdi brise une barrière raciale symbolique dans l'une des plus grandes institutions musicales du monde occidental.

Marianna Farm, Danbury, Connecticut, États-Unis

Propriété acquise en 1940 par Marian Anderson et son mari, l'architecte Orpheus Fisher. Cette ferme du Connecticut fut son refuge et sa résidence principale tout au long de sa vie d'adulte, loin des hôtels ségrégationnistes qui lui refusaient souvent l'entrée lors de ses tournées dans le Sud.

Salzbourg, Autriche

Lors du Festival de Salzbourg en 1935, Marian Anderson impressionna Arturo Toscanini par la puissance de sa voix. Cette consécration européenne lui ouvrit les plus grandes salles du monde et lui valut une reconnaissance internationale que son propre pays lui refusait encore.

Voir aussi