Danseuse étoile italienne du XIXe siècle, Marie Taglioni révolutionne le ballet romantique en popularisant la danse sur pointes. Son interprétation de La Sylphide (1832) définit l'esthétique aérienne et éthérée du ballet romantique pour les générations suivantes.
Marie Taglioni(1804 — 1884)
Marie Taglioni
royaume d'Italie
9 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1804 : Naissance à Stockholm de parents italiens ; son père Filippo Taglioni est chorégraphe
- 1832 : Création de La Sylphide à l'Opéra de Paris, chorégraphiée par son père, œuvre fondatrice du ballet romantique
- Elle popularise la danse sur pointes comme technique expressive, symbolisant légèreté et surnaturel
- Adulée dans toute l'Europe, elle devient le modèle absolu de la danseuse romantique
- 1884 : Décès à Marseille, laissant une influence durable sur l'esthétique du ballet classique
Œuvres & réalisations
Ballet romantique en deux actes chorégraphié par Filippo Taglioni pour sa fille, sur un livret d'Adolphe Nourrit inspiré d'un conte de Charles Nodier, avec une musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer. Considéré comme le premier grand ballet romantique, il définit pour des générations l'esthétique du genre : légèreté, surnaturel et féminité éthérée.
Ballet romantique en deux actes chorégraphié par Filippo Taglioni, mettant en scène des ondines et des créatures aquatiques. Il confirma le triomphe du style aérien et poétique propre à Taglioni et fut joué avec succès à Paris et à Saint-Pétersbourg.
Ballet créé à Saint-Pétersbourg pour Marie Taglioni, lui permettant d'explorer un registre plus terrestre et dramatique que ses habituels rôles de sylphide. Il révéla l'étendue de son talent d'interprète au-delà du seul registre fantastique.
Ballet en trois actes créé à Saint-Pétersbourg, dans lequel Marie Taglioni incarnait le fantôme d'une jeune femme morte. L'œuvre illustra encore une fois sa capacité unique à donner corps à l'immatériel et à émouvoir le public par la seule grâce de ses mouvements.
Unique ballet chorégraphié par Taglioni elle-même à l'Opéra de Paris, créé pour la jeune Emma Livry qu'elle avait prise sous sa protection. Seul témoignage de sa carrière de chorégraphe, il illustre sa volonté de transmettre l'art du ballet romantique à la génération suivante.
Anecdotes
À Saint-Pétersbourg, l'enthousiasme pour Taglioni atteignit des sommets inimaginables : des admirateurs fortunés achetèrent ses chaussons usagés après une représentation, les firent cuisiner avec une sauce et les dégustèrent lors d'un banquet, affirmant vouloir s'approprier un peu de son génie. Cette anecdote, rapportée par les chroniqueurs de l'époque, témoigne de la ferveur quasi religieuse que suscitait la ballerine en Russie impériale.
Son père, le chorégraphe Filippo Taglioni, lui imposa dès l'enfance un entraînement d'une rigueur extrême, conscient que sa fille ne possédait pas les proportions jugées idéales pour le ballet. Il corrigea sa silhouette par des années d'exercices acharnés, transformant ses prétendus défauts en qualités uniques. Ce travail acharné paya : Marie Taglioni devint la danseuse la plus admirée de son temps.
Le 12 mars 1832, lors de la création de La Sylphide à l'Opéra de Paris, le public resta stupéfait devant la légèreté aérienne de Taglioni. Elle semblait réellement voler, portée par sa danse sur les pointes et des machineries de théâtre qui la faisaient paraître suspendue dans les airs. Le rôle fut créé spécialement pour elle par son père, sur un livret inspiré d'un conte fantastique de Charles Nodier.
À Saint-Pétersbourg, des admirateurs zélés dételèrent les chevaux de sa calèche pour la tirer eux-mêmes à travers les rues, sous les acclamations de la foule. Ce geste, habituellement réservé aux souverains et aux héros de guerre, témoigne du statut exceptionnel que la danseuse avait acquis en Russie, où elle se produisit régulièrement entre 1837 et 1842.
Après sa retraite de la scène en 1847, Marie Taglioni connut des difficultés financières dues notamment à un mariage malheureux avec le comte de Voisins. Elle devint professeur de maintien et de danse pour les jeunes aristocrates londoniens, transmettant à la haute société anglaise les secrets d'une élégance qu'elle avait mis des décennies à perfectionner.
Sources primaires
Il y a dans cette danse quelque chose d'aérien et de fantastique qui tient de la vision. Mademoiselle Taglioni ne touche pas la terre, ou si elle la touche, c'est comme un oiseau qui effleure de l'aile la surface des eaux avant de se perdre dans les nuages.
Taglioni est la vierge des glaciers du Nord, l'habitante des montagnes de nuage, la fée des sources et des cascades. Elle est blanche et transparente comme le cristal, et ses bras s'agitent autour d'elle comme deux ailes prêtes à l'essor.
Taglioni danse avec l'âme autant qu'avec les pieds ; ses mouvements sont comme une prière silencieuse, et quand elle s'élève dans les airs on croirait voir monter une aspiration vers le ciel.
Une sylphide, créature aérienne et insaisissable, visite en rêve le jeune James et lui inspire un amour irrépressible qui le détourne de sa fiancée terrestre Effie ; épris de cet être de l'air, il court à sa perte en voulant la retenir sur la terre.
Cette jeune danseuse a apporté à l'Opéra une poésie nouvelle, une façon de planer plutôt que de marcher, qui laisse dans la salle une impression de rêve éveillé long après que le rideau est tombé.
Lieux clés
Ville natale de Marie Taglioni, née le 23 avril 1804 d'un père chorégraphe italien et d'une mère suédoise. Elle quitta Stockholm très jeune pour suivre la carrière itinérante de son père à travers les grandes capitales européennes.
Principal théâtre lyrique de Paris, situé rue Le Peletier, où Taglioni fit ses débuts en 1827 et triompha le 12 mars 1832 avec La Sylphide. C'est le lieu de naissance du ballet romantique, avant que la salle ne soit détruite par un incendie en 1873.
Capitale impériale russe où Taglioni se produisit régulièrement entre 1837 et 1842 devant la cour de Nicolas Ier, devenant l'idole absolue des balletomanes russes. Ses triomphes y prirent une dimension quasi mythologique.
Ville où Taglioni entama sa carrière professionnelle en 1822 sous l'égide de son père, alors que Vienne était l'une des grandes capitales de la musique et de la danse en Europe.
Ville où Taglioni se produisit à plusieurs reprises au Théâtre de Sa Majesté, et où elle s'installa après sa retraite pour enseigner la danse et le maintien aux jeunes aristocrates anglais.
Ville où Marie Taglioni s'éteignit le 22 avril 1884, à la veille de ses quatre-vingts ans, après s'être retirée dans le sud de la France lors des dernières années de sa vie.
Objets typiques

Chaussures de danse à bout renforcé permettant à la danseuse de se tenir sur l'extrémité de ses orteils. Taglioni perfectionna et popularisa cette technique qui conférait à sa danse une légèreté surnaturelle et fit de la pointe le symbole du ballet classique.

Longue jupe mi-mollet en voile de gaze transparent qui donnait aux danseuses une apparence éthérée et fantomatique. Associé au rôle de La Sylphide, ce costume blanc est devenu l'image emblématique du ballet romantique.

Légères ailes de gaze fixées dans le dos du costume pour incarner les créatures surnaturelles du ballet romantique. Sur scène, des fils invisibles et des machineries de théâtre aidaient Taglioni à sembler voler au-dessus du sol.

Barre horizontale fixée au mur de la salle d'entraînement, indispensable pour les exercices quotidiens d'échauffement et de renforcement musculaire. Taglioni s'entraînait plusieurs heures chaque matin à la barre sous la direction exigeante de son père.

Coiffe florale portée sur scène pour le rôle de La Sylphide, symbolisant la pureté et le monde enchanté des esprits de l'air. Elle accentuait l'aspect virginal et évanescent du personnage.

Livret imprimé distribué au public lors de chaque représentation, décrivant l'argument du ballet et listant les noms des danseurs. Les programmes portant le nom de Taglioni devinrent des objets de collection prisés dès son vivant, tant son nom attirait les foules.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Chaque matin, Taglioni se levait à l'aube pour commencer ses exercices à la barre, souvent sous la surveillance de son père. Ces séances d'entraînement pouvaient durer plusieurs heures, enchaînant pliés, battements et travail des pointes pour maintenir la souplesse et la force musculaire extraordinaires que réclamait son art.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux répétitions collectives à l'Opéra, où elle travaillait avec les autres danseurs du corps de ballet et peaufinait ses rôles avec son père chorégraphe. Des séances de costumes et d'ajustements techniques précédaient les représentations du soir, auxquelles s'ajoutaient parfois des répétitions générales avec l'orchestre.
Soir
Les soirs de représentation, Taglioni se produisait devant des salles combles dans une atmosphère électrique. Après le spectacle, elle recevait les compliments des abonnés privilégiés — ces riches mécènes ayant accès aux coulisses — et participait parfois à des soupers mondains dans les grands salons parisiens ou les ambassades.
Alimentation
Taglioni suivait un régime alimentaire léger et contrôlé pour préserver la légèreté que réclamait sa technique. Elle privilégiait les bouillons, les viandes maigres et les fruits, évitant les plats lourds avant les représentations, conformément aux habitudes des danseuses de l'Opéra qui devaient maintenir une silhouette irréprochable.
Vêtements
Sur scène, Taglioni portait le tutu romantique : une longue jupe en gaze blanche translucide descendant jusqu'au mollet, un corsage ajusté, des chaussons à pointes et, selon les rôles, des ailes de gaze ou une couronne de fleurs. Dans la vie quotidienne, elle s'habillait à la mode romantique bourgeoise de son époque : robes à manches bouffantes, taille marquée, châles et chapeaux à rubans.
Habitat
Durant sa carrière parisienne, Taglioni vivait dans des appartements confortables du quartier de l'Opéra avec sa famille, son père gérant sa carrière et ses engagements. La famille se déplaçait régulièrement selon les contrats dans les capitales européennes — Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Vienne — logeant dans de bons hôtels ou des appartements loués pour la saison.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
La Sylphide
12 mars 1832
La Fille du Danube
1836
La Gitana
1838






