Maya Plissetskaïa
Maya Mikhaïlovna Plissetskaïa
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Maya Plissetskaïa (1925-2015) est l'une des plus grandes ballerines du XXe siècle. Étoile du Bolchoï pendant plus de cinquante ans, elle incarna avec virtuosité les rôles de Carmen et du Lac des cygnes, marquant l'histoire de la danse classique mondiale.
Citations célèbres
« Je n'ai pas dansé pour le régime, j'ai dansé pour moi. »
« Le talent, c'est la capacité de travailler. »
Faits marquants
- 1925 : naissance à Moscou dans une famille d'artistes
- 1943 : intègre le corps de ballet du théâtre Bolchoï
- 1956 : révélation internationale lors de la tournée du Bolchoï à Londres
- 1967 : crée le ballet Carmen Suite sur une musique de Rodion Chtchedrine, son mari
- 2015 : décède à Munich à l'âge de 89 ans
Œuvres & réalisations
Ballet emblématique de Tchaïkovski qu'elle interprète pour la première fois à vingt-deux ans et répète pendant plus de quarante ans. Son interprétation du double rôle (la blanche Odette et la noire Odile) reste une référence absolue dans l'histoire de la danse classique.
Solo mythique créé à l'origine par Anna Pavlova et réinterprété par Plissetskaïa avec une expressivité unique de ses bras. Ce court ballet de quelques minutes, filmé de nombreuses fois, est devenu le symbole de son art de la métamorphose corporelle.
Ballet créé spécialement pour elle sur une musique de Chtchedrine inspirée de Bizet. Cette œuvre audacieuse, qui brise les codes du ballet soviétique traditionnel, provoque la controverse mais s'impose comme l'un des grands chefs-d'œuvre du XXe siècle chorégraphique.
Premier ballet dont elle signe elle-même la chorégraphie, d'après le roman de Tolstoï. Cette création lui permet de s'affirmer non seulement comme interprète mais aussi comme auteure artistique à part entière.
Ballet qu'elle crée sur une musique de Chtchedrine, poursuivant sa collaboration artistique et conjugale. L'œuvre lui permet d'explorer des thèmes russes classiques avec une liberté chorégraphique que les années Brejnev commencent à tolérer.
Ballet en hommage à la danseuse américaine Isadora Duncan, pionnière de la danse libre. Plissetskaïa y incarne cette figure rebelle avec une identification évidente, toutes deux étant des femmes qui ont lutté pour imposer leur liberté artistique.
Anecdotes
En 1937, le père de Maya, Mikhail Plissetski, est arrêté lors des grandes purges staliniennes et fusillé. Sa mère est déportée dans un camp du Goulag avec son jeune frère. Maya, alors âgée de douze ans, est recueillie par sa tante Sulamith Messerer, elle-même danseuse au Bolchoï. Cette tragédie familiale marque profondément la jeune fille, qui trouvera dans la danse un refuge et une raison de vivre.
Pendant des années, le KGB surveille étroitement Maya Plissetskaïa et lui interdit de se rendre à l'étranger, craignant qu'elle ne fasse défection comme d'autres artistes soviétiques. Ce n'est qu'en 1959, après de longues négociations, qu'elle obtient l'autorisation de se produire aux États-Unis. Sa première tournée américaine provoque une véritable sensation : le public new-yorkais lui fait une ovation de vingt minutes debout.
Pour créer le ballet Carmen Suite en 1967, son mari le compositeur Rodion Chtchedrine réorchestre la musique de Bizet spécialement pour elle. La ministre de la Culture soviétique Ekaterina Fourtséva tente d'annuler la première, jugeant le spectacle trop 'occidental' et scandaleux. C'est grâce à l'intervention de Dmitri Chostakovitch et d'autres artistes influents que la représentation peut finalement avoir lieu — et remporte un triomphe.
Maya Plissetskaïa est célèbre dans le monde entier pour ses bras extraordinairement expressifs, qu'elle pouvait plier en arrière bien au-delà des limites anatomiques habituelles. Elle consacrait chaque matin de longues heures à des exercices spécifiques pour entretenir cette souplesse exceptionnelle. Rudolf Noureïev, lui-même danseur hors norme, disait d'elle : 'Ses bras ne sont pas des bras, ce sont des ailes.'
Contrairement à de nombreuses étoiles qui raccrochent leurs chaussons à quarante ans, Maya Plissetskaïa continue de se produire sur scène jusque dans les années 1990. Elle danse le rôle-titre d'Isadora à soixante-cinq ans et ne cesse de travailler qu'à la fin de sa vie. En 2015, quelques jours avant sa mort à Munich à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, elle assistait encore à des répétitions de ballet.
Sources primaires
Mon père a été fusillé. Ma mère emmenée dans un camp avec mon petit frère. On m'a laissée seule avec ma tante. La danse était tout ce qui me restait, tout ce que je savais faire sans qu'on puisse me l'enlever.
Je n'appartiens pas à un régime, j'appartiens à la danse. Quand je suis sur scène, je ne suis ni soviétique ni russe. Je suis simplement Maya, avec mon corps et ma musique.
La danse est l'art le plus fragile qui soit : elle naît et meurt à chaque représentation. C'est précisément pour cette raison qu'elle est immortelle dans la mémoire de ceux qui l'ont vue.
Carmen n'est pas une séductrice vulgaire. C'est une femme libre. Absolument libre. Et la liberté, en Union soviétique, ça dérange.
Lieux clés
Scène principale de toute sa carrière, le Bolchoï est le temple de la danse classique soviétique. Plissetskaïa y entre comme stagiaire en 1934 et y danse comme étoile pendant plus de cinquante ans.
Appartement où Maya grandit après avoir été recueillie par sa tante, dans l'univers artistique et surveillé de la Moscou stalinienne. C'est dans ces modestes pièces qu'elle se prépare à devenir ballerine.
Lieu de sa première tournée américaine triomphale en 1959, en pleine Guerre froide. L'accueil chaleureux du public américain dément le discours officiel soviétique sur 'l'ennemi capitaliste'.
Scène parisienne où Plissetskaïa se produit à plusieurs reprises et est accueillie avec enthousiasme par le public et la critique français. Paris devient l'une de ses villes de prédilection en Europe occidentale.
C'est dans cette ville allemande que Maya Plissetskaïa s'éteint le 2 mai 2015, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, entourée de ses proches. Elle y vivait une partie de l'année depuis la fin de l'URSS.