Nout

Nout

MythologieSpiritualitéMilitaireAvant J.-C.Égypte ancienne, du Prédynastique (vers 3100 av. J.-C.) jusqu'à la période gréco-romaine

Déesse du ciel dans la mythologie égyptienne antique, Nout est représentée comme une femme arquée au-dessus de la terre, couvrant le monde de son corps étoilé. Fille de Shu et Tefnout, épouse de Geb, elle est la mère d'Osiris, Isis, Seth et Nephthys.

Faits marquants

  • Nout figure parmi les divinités de l'Ennéade d'Héliopolis, le plus ancien collège théologique égyptien (v. 2700 av. J.-C.)
  • Elle est mentionnée dès les Textes des Pyramides (v. 2350 av. J.-C.), parmi les plus anciens textes religieux connus
  • Représentée comme une femme courbée, son corps parsemé d'étoiles formant la voûte céleste au-dessus de Geb (la terre)
  • Chaque soir, elle avale le soleil-Rê et le régénère en le faisant naître à nouveau chaque matin
  • Ses bras et jambes symbolisent les quatre points cardinaux ; elle est une figure centrale des sarcophages pour protéger les défunts

Œuvres & réalisations

Textes des Pyramides (vers 2350 av. J.-C.)

Plus ancien corpus religieux de l'humanité, gravé dans les pyramides de la fin de l'Ancien Empire. Nout y est invoquée comme mère protectrice du pharaon défunt, l'accueillant parmi les étoiles impérissables.

Textes des Sarcophages (vers 2100-1650 av. J.-C.)

Héritage des Textes des Pyramides mais accessible aux élites non royales, ce corpus étend le rôle protecteur de Nout à toute l'aristocratie égyptienne et consolide son image de mère universelle des défunts.

Livre du Jour et de la Nuit (Livre de Nout) (vers 1550-1070 av. J.-C.)

Texte cosmologique illustré décrivant en détail le voyage du soleil à travers le corps de Nout pendant les douze heures de nuit. Il fournit la source iconographique principale des représentations monumentales de la déesse dans les tombes royales.

Décoration funéraire de la tombe de Ramsès VI (KV9) (vers 1137 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre de l'art funéraire du Nouvel Empire, ce plafond présente Nout en double représentation monumentale entourant l'intégralité des textes du Livre du Jour et de la Nuit. C'est la synthèse visuelle la plus achevée de la mythologie de la déesse.

Zodiaque de Dendérah (bas-relief du temple d'Hathor) (vers 54 av. J.-C.)

Représentation ptolémaïque monumentale mêlant astrologie grecque et mythologie égyptienne, avec Nout courbée autour du zodiaque. Transporté en France en 1821, il est conservé au Musée du Louvre et témoigne de la longévité exceptionnelle du culte de Nout.

Sarcophage doré de Toutânkhamon (vers 1323 av. J.-C.)

L'intérieur du sarcophage doré du jeune pharaon est orné de Nout aux ailes déployées, protégeant le défunt de son corps céleste. Cette pièce illustre parfaitement le rôle central de Nout dans l'eschatologie royale égyptienne.

Anecdotes

Chaque soir, Nout avalait le soleil Rê, qui traversait son corps pendant la nuit pour renaître à l'aube de sa bouche ou de son ventre. Ce voyage nocturne symbolisait la mort et la renaissance quotidienne, et les Égyptiens y voyaient la garantie du retour du jour — un cycle cosmique immuable sur lequel reposait l'ordre du monde.

Selon le mythe héliopolitain, Nout et Geb étaient enlacés dans une étreinte si serrée qu'aucun espace n'existait entre eux. C'est leur propre père, le dieu de l'air Shou, qui les sépara de force en soulevant Nout vers le haut, créant ainsi le ciel, la terre et l'espace vital nécessaire à l'apparition de la vie.

Rê était furieux que Nout ait avalé les étoiles et il lui interdit d'accoucher pendant les 360 jours de l'année. Thot, dieu de la sagesse, gagna alors cinq jours supplémentaires aux dés contre la Lune, permettant à Nout d'enfanter Osiris, Horus l'Ancien, Seth, Isis et Nephthys en dehors du calendrier — ce qui explique l'origine des cinq jours épagomènes du calendrier égyptien.

Les sarcophages égyptiens étaient systématiquement décorés à l'intérieur du couvercle avec l'image de Nout les bras ouverts, arquée au-dessus du défunt. Cette représentation transformait symboliquement le cercueil en ciel protecteur : le mort était enveloppé par la déesse comme la Terre l'est par le firmament, garantissant sa renaissance dans l'au-delà.

Dans le temple de Dendérah, un bas-relief astronomique monumental représente Nout courbée autour du zodiaque égyptien, avalant le soleil à l'ouest et le mettant au monde à l'est. Ce chef-d'œuvre de la période ptolémaïque illustre à quel point le culte de Nout, millénaire, demeura vivace jusqu'aux dernières heures de la religion égyptienne antique.

Sources primaires

Textes des Pyramides — Énoncé 250 (Pyramide d'Ounas) (vers 2350 av. J.-C.)
Ô Nout, étends-toi sur moi, que je puisse être placé parmi les étoiles impérissables qui sont en toi, et que je ne meure pas.
Textes des Sarcophages — Sort 76 (vers 2100-1650 av. J.-C.)
Nout, la Grande, mère des dieux, étendue au-dessus de la terre, reçoit le défunt dans ses bras protecteurs et lui accorde le souffle de vie éternelle.
Livre du Jour et de la Nuit (Livre de Nout) (vers 1550-1070 av. J.-C. (Nouvel Empire))
Le corps de Nout est le ciel. Elle avale le soleil le soir à l'ouest et le met au monde le matin à l'est. Les étoiles sont ses ornements et les dieux voyagent en elle.
Livre des Morts — Chapitre 17 (vers 1550 av. J.-C.)
Nout, la déesse du ciel, reçoit le défunt dans sa demeure céleste. Elle est la mère de tous les dieux, celle dont les bras s'étendent d'un horizon à l'autre.
Hymnes du temple de Dendérah (vers 54 av. J.-C. (période ptolémaïque))
Salut à toi, Nout la Grande, qui donnes naissance aux dieux, dont le corps est le firmament étoilé, qui reçois le soleil le soir et l'engendres de nouveau au matin.

Lieux clés

Héliopolis (Iounou)

Centre religieux majeur de l'Égypte antique où fut élaborée la cosmogonie de l'Ennéade, dont Nout est membre fondateur. C'est là que les prêtres-astronomes développèrent la théologie solaire qui attribue à Nout son rôle de mère du soleil.

Temple de Dendérah (Hathor)

Ce temple ptolémaïque abrite un bas-relief astronomique exceptionnel montrant Nout courbée autour du zodiaque égyptien. Le célèbre 'Zodiaque de Dendérah', partiellement transporté au Louvre en 1821, en est l'élément le plus spectaculaire.

Vallée des Rois — Tombe de Ramsès VI (KV9)

Les plafonds de cette tombe royale présentent deux représentations monumentales de Nout illustrant intégralement le Livre du Jour et de la Nuit. C'est l'une des iconographies les plus complètes et les mieux conservées de la déesse.

Saqqara — Pyramide d'Ounas

Les Textes des Pyramides gravés dans cette pyramide constituent les premières mentions écrites de Nout, datant de vers 2350 av. J.-C. Ce site représente l'origine textuelle du mythe de la déesse tel qu'il nous est parvenu.

Le Ciel (domaine cosmique de Nout)

Dans la cosmologie égyptienne, Nout EST le ciel — son corps arqué, soutenu par Shou, constitue le firmament visible. Ce lieu mythique situé entre deux horizons est son domaine naturel, demeure des étoiles, des âmes des justes et du soleil voyageur.

Voir aussi