Cyclope borgne fils de Poséidon et de la nymphe Thoôsa, Polyphème est l'un des géants monstrueux de la mythologie grecque. Célèbre pour avoir emprisonné Ulysse et ses compagnons dans sa caverne, il est finalement aveuglé par le héros qui, en se faisant appeler « Personne », déjoue sa vengeance.
Polyphème
Polyphème
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« « Personne me tue ! Personne me fait du mal par la ruse et non par la force ! » (Odyssée, chant IX — paroles attribuées par la tradition homérique)»
Faits marquants
- Fils de Poséidon et de la nymphe Thoôsa, l'un des Cyclopes vivant en Sicile
- Emprisonne Ulysse et ses compagnons dans sa caverne et en dévore plusieurs
- Aveuglé par Ulysse à l'aide d'un épieu de bois brûlant après avoir été enivré
- Trompé par le stratagème du nom « Personne » (Outis en grec), il ne peut obtenir l'aide des autres Cyclopes
- Son aveuglement déclenche la colère de Poséidon, qui s'acharne contre Ulysse tout au long de son voyage de retour
Œuvres & réalisations
Texte fondateur qui fixe le mythe de Polyphème : la grotte, le festin cannibale, la ruse d'Ulysse, l'aveuglement, l'évasion sous les moutons et la malédiction à Poséidon. C'est la source primaire de toute la tradition ultérieure.
Seul drame satyrique grec intégralement conservé, il transpose l'épisode homérique sur scène avec le chœur des Satyres. Euripide y ajoute une réflexion sur la barbarie, la liberté et l'ivresse.
Poème pastoral présentant un Polyphème amoureux de Galatée, se consolant de son chagrin par le chant et la poésie. Cette réinterprétation douce-amère et comique du monstre homérique est très influente.
Ovide reprend le motif de la jalousie de Polyphème envers Acis, que Galatée lui préfère : le Cyclope écrase le berger sous un rocher, qui est transformé en fleuve. Ce texte deviendra une source majeure pour la peinture et l'opéra baroque.
Virgile fait rencontrer Énée et l'Achéménidès abandonné en Sicile par Ulysse, permettant une brève réapparition de Polyphème aveugle sur le rivage. Le passage souligne la terreur que le Cyclope inspire encore.
Composition musicale baroque dans laquelle Polyphème est incarné en basse profonde, voix rugissante et jalouse. Une des mises en musique les plus célèbres du mythe, encore régulièrement jouée aujourd'hui.
Anecdotes
Lorsqu'Ulysse se retrouve prisonnier dans la caverne de Polyphème, il a l'astuce de se présenter sous le nom d'« Outis », qui signifie « Personne » en grec ancien. Après avoir aveuglé le Cyclope avec un pieu enflammé, Polyphème hurle de douleur et ses voisins, accourus pour savoir qui l'a blessé, l'entendent répondre « Personne ! ». Croyant à une hallucination, ils repartent sans l'aider — c'est l'un des ruses les plus célèbres de toute la littérature mondiale.
Pour s'échapper de la grotte condamnée par un rocher colossal, Ulysse et ses compagnons attachent les moutons du Cyclope en groupes de trois et se glissent sous le ventre de l'animal du milieu. Polyphème, aveugle, palpe le dos de chaque bête pour vérifier que personne ne sort, mais ne pense pas à tâter leur dessous — une ruse qui illustre comment l'intelligence peut triompher de la force brute.
Dans une tradition poétique distincte, celle des pastorales de Théocrite (IIIe siècle av. J.-C.), Polyphème apparaît sous un jour inattendu : il est amoureux de la nymphe marine Galatée et lui chante des sérénadesmaladroites au bord de la mer de Sicile. Ce Cyclope amoureux et malheureux, incapable de séduire celle qu'il aime, deviendra une figure comique reprise par Ovide dans les Métamorphoses.
Après avoir été aveuglé, Polyphème s'adresse directement à son père Poséidon pour le supplier de maudire Ulysse. Il formule avec précision sa prière : que le héros ne rentre jamais chez lui, ou s'il rentre, que ce soit tard, seul, sur un bateau étranger, et qu'il retrouve des malheurs à Ithaque. Poséidon exaucera cette prière, expliquant ainsi les dix années d'errance du héros.
Polyphème est le seul Cyclope de l'Odyssée à être nommé et à avoir une personnalité développée. Contrairement aux autres Cyclopes décrits comme des êtres sauvages vivant sans lois ni cités, lui est berger et fromager — il soigne ses troupeaux avec attention, trait ses brebis le matin et le soir, et range ses fromages dans des corbeilles. Ce détail réaliste renforce la monstruosité de ses actes : il n'est pas juste une bête, il a des habitudes — mais il mange les hommes crus.
Sources primaires
« Cyclope, tu m'as demandé mon glorieux nom, et je vais te le dire ; donne-moi en échange le présent d'hospitalité que tu m'as promis. Mon nom est Personne ; Personne, c'est ainsi que m'appellent ma mère, mon père et tous mes compagnons. »
La seule pièce satyrique complète conservée de l'Antiquité, qui met en scène Polyphème, Ulysse et le chœur des Satyres. Euripide y reprend l'épisode de l'Odyssée en ajoutant une tonalité burlesque et philosophique sur la barbarie et la civilisation.
« O Galatée blanche comme le lait caillé, tendre comme l'agneau, enjouée comme la génisse... pourquoi fuis-tu celui qui t'aime ? » Polyphème y chante sa passion non partagée pour la nymphe marine Galatée depuis les rochers de Sicile.
Polyphème, épris de Galatée, écrase sous un rocher le berger Acis que la nymphe lui préférait. Les dieux transforment le sang d'Acis en fleuve. Ovide développe la dimension tragique et jalouse du personnage.
Énée et ses compagnons rencontrent Achéménidès, un compagnon d'Ulysse laissé en Sicile, qui décrit Polyphème aveugle errant sur le rivage. Virgile prolonge le mythe homérique en l'intégrant dans l'épopée latine fondatrice.
Lieux clés
Vaste grotte en bord de mer, identifiée traditionnellement aux environs de l'Etna en Sicile. C'est là qu'Ulysse et ses hommes sont emprisonnés, qu'ils aveuglent le Cyclope et qu'ils s'échappent accrochés sous les moutons.
Dans l'Odyssée, les Cyclopes vivent sur une île fertile et sauvage, sans cités ni lois, se contentant de ce que la nature leur offre. Ce lieu est l'antithèse du monde civilisé grec et sert de repoussoir moral.
Volcan actif de Sicile associé à Polyphème dans de nombreuses traditions postérieures. Certains auteurs y situent sa grotte et y voient dans les éruptions la colère du Cyclope ou le feu de sa forge.
Eaux devant lesquelles Polyphème chante ses sérénades à Galatée dans la tradition de Théocrite et d'Ovide. Ce paysage marin sicilien devient le décor de la pastorale amoureuse du Cyclope malheureux.
Objets typiques

Taillé en pointe et durci au feu par Ulysse, ce pieu est l'arme avec laquelle le héros aveugle Polyphème pendant son sommeil. C'est l'objet central de l'épisode le plus célèbre de l'Odyssée.

Un bloc de roche colossal que Polyphème déplace seul pour fermer et ouvrir l'entrée de sa caverne. Vingt-deux chariots n'auraient pu le bouger, selon Homère — symbole de la démesure physique du Cyclope.

Ulysse offre à Polyphème un vin très puissant, cadeau de Maron, prêtre d'Apollon, qui devait être dilué d'eau mais est bu pur. L'ivresse qui s'ensuit est la condition indispensable à l'aveuglement.

La caverne de Polyphème est décrite comme un véritable atelier laitier : étagères de fromages, seaux de lait, caillebottes séparant le petit-lait. Ces détails montrent un Cyclope à la fois bestial et laborieux.

Bâton massif servant à guider et protéger son troupeau. Pour Polyphème, ce bâton dépasse en taille un mât de navire — la proportion hyperbolique signale sa nature de géant.

Aveuglé et furieux, Polyphème arrache le sommet d'une montagne et le projette vers la voix d'Ulysse qui s'éloigne en barque. Le rocher provoque un raz-de-marée qui manque de couler le navire — geste de rage impuissante devenu iconique.
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Polyphème se lève à l'aube et commence par traire ses brebis et ses chèvres, versant le lait dans de grands récipients. Il prépare ses fromages dans des corbeilles tressées selon le rite du berger, avant de laisser entrer ses troupeaux dans le couloir de la grotte. Il fait rouler l'énorme rocher pour ouvrir l'entrée à la lumière du jour.
Après-midi
Pendant la journée, Polyphème mène ses troupeaux sur les versants de l'île et surveille ses bêtes, armé de sa houlette gigantesque. Il ne pratique ni agriculture ni échange, vivant de ce que la nature et ses moutons lui offrent directement. La tradition le décrit solitaire, ne fréquentant jamais les autres Cyclopes qui vivent chacun dans leur grotte isolée.
Soir
Au retour des troupeaux, Polyphème referme la caverne avec son rocher et allume un feu — c'est à ce moment qu'il découvre les hommes d'Ulysse cachés. Il prépare son repas en saisissant deux compagnons qu'il mange crus, et s'endort lourdement après. La nuit de l'épisode homérique est celle où Ulysse lui fait boire le vin puissant avant de lui crever l'œil.
Alimentation
Polyphème se nourrit principalement de lait, de fromages frais et de viande — mais aussi, dans l'épisode homérique, de chair humaine qu'il consomme crue. Homère insiste sur cet aspect cannibale pour souligner l'inhumanité absolue du Cyclope, à l'opposé des lois de l'hospitalité (xénia) sacrées pour les Grecs. Le vin, qu'il ne connaît pas, le terrasse au premier contact tant il est concentré.
Vêtements
Les textes anciens ne décrivent pas précisément les vêtements de Polyphème. Par déduction de sa nature sauvage, les représentations antiques et modernes lui prêtent des peaux de bêtes brutes, non travaillées, confirmant son statut d'être vivant en dehors de toute civilisation artisanale. Il ne porte ni bijoux ni armure.
Habitat
La caverne de Polyphème est vaste et aménagée en bergerie-fromagerie : elle contient des étagères de fromages, des enclos pour agneaux et chevreaux séparés par espèce, des jarres de lait. Le rocher qui en ferme l'entrée est démesuré, image de la force brute substituée à toute architecture. Il n'y a ni foyer domestique, ni meuble — juste le sol de roche et le bétail.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Homère, Odyssée, Chant IX
VIIIe siècle av. J.-C.
Euripide, Le Cyclope
Vers 412 av. J.-C.
Théocrite, Idylle XI (« Le Cyclope »)
Vers 270 av. J.-C.
Virgile, Énéide, Livre III
Vers 19 av. J.-C.
Haendel, Acis and Galatea (oratorio-opéra)
1718






