Reine de Saba
La Reine de Saba
Souveraine légendaire mentionnée dans la Bible, le Coran et la tradition éthiopienne. Elle aurait rendu visite au roi Salomon à Jérusalem, séduite par sa sagesse. Figure emblématique des échanges entre l'Arabie, l'Afrique et le Proche-Orient antique.
Faits marquants
- Mentionnée dans la Bible hébraïque (1 Rois 10) comme reine venue éprouver la sagesse de Salomon, vers 950 av. J.-C.
- Citée dans le Coran (sourate An-Naml) sous le nom de Bilqīs
- La tradition éthiopienne l'identifie à Makeda, ancêtre de la dynastie salomonide d'Éthiopie
- Son royaume est localisé soit au Yémen (royaume de Saba/Sheba), soit en Afrique de l'Est
- Symbole de la rencontre entre civilisations et de la quête du savoir dans trois grandes traditions monothéistes
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre hydraulique du royaume de Saba, ce barrage irriguait des milliers d'hectares dans la région de Marib (Yémen actuel). Sa rupture au VIe siècle apr. J.-C., mentionnée dans le Coran (sourate Sabaʾ), est présentée comme un châtiment divin et marque la fin de la prospérité du royaume.
Grand temple ovale dédié au dieu lunaire Almaqah, divinité tutélaire du royaume de Saba. Ses vestiges sont parmi les plus impressionnants de la civilisation sabéenne et ont valu au site son surnom populaire lié à la Reine de Saba.
Épopée nationale éthiopienne relatant l'histoire de Makeda, reine de Saba, et de son fils Ménélik Ier, ancêtre légendaire des empereurs éthiopiens. Ce texte sacré fonde la légitimité dynastique salomonique et reste un document spirituel central pour l'Église orthodoxe éthiopienne.
La Reine de Saba est l'une des rares femmes nommées (implicitement) dans le Coran sous le nom de Bilqis. Son récit de conversion et de soumission à Dieu est devenu un modèle dans la littérature islamique médiévale et a inspiré d'innombrables commentaires théologiques et œuvres poétiques.
Corpus d'inscriptions en écriture sudarabique antique, gravées sur des stèles et des monuments du Yémen actuel, attestant l'existence réelle du royaume de Saba, de ses rois (mukarribs) et de ses institutions. Ces sources archéologiques donnent un socle historique partiel à la légende.
Opéra en quatre actes créé à Vienne, mettant en scène la fascination amoureuse de la Reine de Saba pour un favori de Salomon. Cette œuvre illustre la puissance de la figure dans l'imaginaire européen du XIXe siècle et son intégration dans le grand répertoire lyrique romantique.
Anecdotes
Selon le Premier Livre des Rois (chapitre 10), la reine de Saba entreprit un voyage extraordinaire depuis son royaume lointain jusqu'à Jérusalem pour éprouver la sagesse du roi Salomon par des énigmes. Elle arriva avec une caravane chargée d'épices, d'or et de pierres précieuses, des richesses si fabuleuses que la Bible précise qu'on n'en avait jamais vu de telles en Israël. Impressionnée par les réponses de Salomon, elle reconnut publiquement la supériorité de sa sagesse.
Dans le Coran (sourate An-Naml, verset 44), Salomon fit construire un palais dont le sol était en verre transparent recouvrant un bassin d'eau. Lorsque la reine Bilqis — nom arabe de la Reine de Saba — traversa cette salle, elle retroussa sa robe croyant marcher sur de l'eau. Cette scène symbolise à la fois sa sagesse en construction et son ouverture à reconnaître ce qu'elle ne comprend pas encore, avant sa conversion au monothéisme.
L'épopée éthiopienne Kebra Nagast (XIVe siècle) raconte que la reine, appelée Makeda, aurait eu un fils de Salomon : Ménélik Ier. Devenu adulte, Ménélik serait retourné à Jérusalem rencontrer son père, puis aurait rapporté en Éthiopie l'Arche d'Alliance — le coffre sacré contenant les Tables de la Loi. Cette tradition fonde la légitimité dynastique des empereurs éthiopiens, qui se réclamèrent de la lignée salomonique jusqu'au XXe siècle.
Dans certaines traditions juives médiévales (Midrash Mishle et Alphabet de Ben Sira), la Reine de Saba est associée à Lilith, figure démoniaque aux pieds d'oiseau. Salomon aurait découvert sa nature surnaturelle grâce au plancher de verre, révélant ses membres non humains. Ce syncrétisme entre la souveraine biblique et les créatures du folklore témoigne de la fascination durable qu'exerce ce personnage à la frontière du mythe et de l'histoire.
La tradition islamique fait de Bilqis une reine qui adorait le soleil avant sa rencontre avec Salomon. Dans le Coran, c'est une huppe (oiseau messager de Salomon) qui rapporte au roi l'existence de ce royaume dirigé par une femme puissante. Bilqis finit par se soumettre à Dieu après avoir été confrontée à des prodiges, devenant ainsi un modèle de conversion éclairée dans la littérature islamique classique.
Sources primaires
La reine de Saba, ayant appris la renommée de Salomon, vint l'éprouver par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une très grande suite, avec des chameaux chargés d'aromates, d'or en grande quantité et de pierres précieuses.
Elle a un trône magnifique. Je l'ai trouvée, elle et son peuple, prosternés devant le soleil au lieu de se prosterner devant Allah. Elle dit : Seigneur, j'ai fait du tort à mon âme et je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur des mondes.
Et Makeda, reine d'Éthiopie, entendit parler de la sagesse et de la gloire de Salomon, roi d'Israël. Elle se mit en route avec une grande suite et s'en alla vers lui. Elle lui posa des questions et il lui répondit à toutes.
Une femme, reine d'Égypte et d'Éthiopie, avait une ardente passion pour la philosophie et la vertu. Elle vint rendre visite à Salomon, apportant des cadeaux d'or et d'aromates, pour éprouver par elle-même la réputation de sa sagesse.
La reine de Saba posa à Salomon sept énigmes. Elle lui dit : Si tu les résous, je te croirai sage ; sinon, tu es comme tout le monde. Et Salomon répondit à toutes ses questions ; il n'y en eut pas une à laquelle il ne pût répondre.
Lieux clés
Antique capitale du royaume de Saba, Marib abritait le célèbre Grand Barrage et le temple d'Awwam (dit « trône de Bilqis »). Ce site archéologique est le principal candidat à l'identification du royaume d'où serait partie la Reine de Saba.
C'est à Jérusalem, dans le palais et le Temple de Salomon, que la rencontre légendaire aurait eu lieu selon la Bible et le Coran. La ville est le cœur symbolique du récit, lieu de sagesse et de révélation pour la reine venue de loin.
Selon le Kebra Nagast, la Reine de Saba (Makeda) régnait depuis Aksoum, et c'est là que son fils Ménélik Ier aurait rapporté l'Arche d'Alliance. La cathédrale Sainte-Marie-de-Sion à Aksoum est censée abriter l'Arche selon la tradition éthiopienne.
Ce grand temple lunaire dédié à la divinité Almaqah, situé près de Marib, est traditionnellement appelé « trône de Bilqis » par les populations locales. Il constitue l'un des vestiges les plus importants de la civilisation sabéenne.
Dans les récits religieux, Saba désigne un royaume à la croisée du monde arabe, africain et méditerranéen, lieu de richesse, de sagesse et de mystère. Sa localisation exacte est disputée entre le Yémen et l'Éthiopie, reflétant la dimension mythique du personnage.
