Biographie

René Clair (1898-1981) est l'un des pionniers du cinéma français parlant. Réalisateur, scénariste et écrivain, il signe des œuvres poétiques et satiriques comme « Sous les toits de Paris » ou « À nous la liberté ». Premier cinéaste élu à l'Académie française en 1960.

René Clair(1898 — 1981)

René Clair

France

9 min de lecture

SpectacleLettresRéalisateur/triceÉcrivain(e)XXe sièclePremière moitié du XXe siècle, âge d'or du cinéma muet puis parlant, entre-deux-guerres et après-guerre

Questions fréquentes

René Clair (1898-1981) est un réalisateur et scénariste français, pionnier du cinéma parlant. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il a su faire du son un outil poétique plutôt qu'un simple enregistrement de dialogues, comme le montre Sous les toits de Paris (1930). Premier cinéaste élu à l'Académie française en 1960, il a contribué à faire reconnaître le cinéma comme un art noble. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne la transition entre le muet et le parlant, tout en restant fidèle à une esthétique visuelle et rythmée héritée du muet.

Citations célèbres

« Le cinéma est un art qui a besoin d'une industrie, ce qui est sa grandeur et sa misère.»
« Je n'ai jamais voulu faire du cinéma réaliste. Le réalisme, c'est le propre de la photographie.»

Faits marquants

  • 1898 : naissance à Paris sous le nom de René-Lucien Chomette
  • 1924 : réalise Entr'acte, film d'avant-garde avec Francis Picabia et Erik Satie
  • 1930 : Sous les toits de Paris, l'un des premiers grands films parlants français
  • 1931 : À nous la liberté, satire de la société industrielle qui influencera Charlie Chaplin
  • 1960 : premier cinéaste élu à l'Académie française

Œuvres & réalisations

Entr'acte (1924)

Court-métrage surréaliste réalisé pour un ballet dadaïste sur une musique d'Erik Satie. Ce film d'avant-garde révèle les capacités expérimentales et poétiques de René Clair, et l'inscrit dans l'avant-garde artistique internationale.

Un chapeau de paille d'Italie (1927)

Adaptation de la comédie de Labiche, ce film muet témoigne du génie comique de René Clair et de sa maîtrise absolue du rythme cinématographique. Il est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre du cinéma muet français.

Sous les toits de Paris (1930)

Premier grand film parlant de René Clair, il démontre que le son peut être un élément poétique et non un simple enregistrement de dialogues. Son immense succès international consacre le cinéma français parlant.

Le Million (1931)

Comédie musicale légère et inventive autour d'un billet de loterie gagnant, ce film illustre la capacité de René Clair à transformer la réalité quotidienne en fantaisie poétique et légère.

À nous la liberté (1931)

Satire musicale sur le travail à la chaîne et la société industrielle, ce film anticipe les thèmes de «Les Temps modernes» de Chaplin et reste un manifeste de l'humanisme cinématographique du XXe siècle.

Les Grandes Manœuvres (1955)

Film en couleurs avec Gérard Philipe et Michèle Morgan, cette comédie mélancolique sur un officier séducteur est l'un des plus grands succès de la seconde partie de la carrière de René Clair.

Réflexion faite (1951)

Essai littéraire dans lequel René Clair réfléchit à l'histoire et à l'avenir du cinéma. Cet ouvrage contribuera à sa réputation d'intellectuel et préparera son élection à l'Académie française.

Anecdotes

En 1936, Charlie Chaplin sort «Les Temps modernes», film qui reprend plusieurs idées de «À nous la liberté» (1931) de René Clair : la satire de la chaîne de montage industrielle, la fuite hors du système et jusqu'à certaines séquences musicales. La société de production Tobis presse René Clair d'intenter un procès à Chaplin. Il refuse catégoriquement, déclarant publiquement que c'est un honneur d'avoir pu inspirer le plus grand cinéaste du monde, et que l'art n'a pas à se plaider en justice.

En 1924, René Clair réalise «Entr'acte», un court-métrage surréaliste commandé par le compositeur Erik Satie pour être projeté pendant l'entracte du ballet dadaïste «Relâche». Le film montre un cercueil s'emballant à toute allure dans les rues de Paris, des joueurs d'échecs sur un toit et une course-poursuite absurde. Ce film d'avant-garde, tourné avec l'élite artistique parisienne, révèle un jeune cinéaste capable de bousculer toutes les conventions visuelles.

En 1960, René Clair devient le premier cinéaste de l'histoire élu à l'Académie française. Cette institution fondée en 1635, gardienne de la langue et de la culture française, n'avait jusqu'alors accueilli que des écrivains, des philosophes ou des savants. Son élection parmi les «immortels» consacre officiellement le septième art comme art noble et légitime, et son discours de réception en 1962 reste un texte fondateur sur la légitimité du cinéma dans la culture française.

En 1940, face à l'invasion allemande, René Clair quitte la France. Il s'exile d'abord en Angleterre puis gagne Hollywood, où il tourne plusieurs films américains dont «Ma femme est une sorcière» (1942) avec Veronica Lake. Malgré son succès outre-Atlantique, il supporte mal l'éloignement et reste profondément parisien : il rentre dès 1945 à la Libération, impatient de retrouver les toits et les rues de la ville qui avait nourri toute son œuvre.

René Clair, de son vrai nom René-Lucien Chomette, est né le 11 novembre 1898 dans une famille de commerçants du quartier des Halles à Paris. Il débute comme acteur dans le cinéma muet avant de passer derrière la caméra. D'abord sceptique face au cinéma parlant — qu'il redoutait de voir envahi par les dialogues au détriment des images —, il en devient paradoxalement l'un des maîtres, prouvant avec «Sous les toits de Paris» que le son pouvait être un instrument de poésie et non un simple enregistreur de paroles.

Sources primaires

Réflexion faite — notes pour servir à l'histoire de l'art cinématographique de 1920 à 1950 (1951)
Le cinéma parlant ? Je me souviens de ma résistance initiale. Puis j'ai compris que le son pouvait être un instrument de poésie, à condition de ne jamais lui laisser étouffer l'image. Le danger n'est pas le son : c'est le bavardage.
Cinéma d'hier, cinéma d'aujourd'hui (1970)
Le cinéma muet nous avait appris que l'image pouvait tout dire. Le parlant nous a donné la tentation de tout expliquer. C'est là son plus grand danger, et peut-être sa plus grande chance, si l'on sait y résister.
Discours de réception à l'Académie française (1962)
Je suis le premier de ma profession à entrer sous cette Coupole. Il serait inconvenant de passer cette porte sans me retourner vers ceux qui m'ont précédé dans l'art cinématographique et sans reconnaître ce que nous leur devons tous.
Déclaration publique au sujet des «Temps modernes» de Charlie Chaplin (rapportée dans la presse française) (1936)
Je ne saurais me joindre à une action contre le génie de notre époque. Si mon travail a pu lui donner une idée, je ne puis qu'en être honoré. Le cinéma est un art qui se nourrit de lui-même.

Lieux clés

Paris, quartier des Halles

René Clair est né le 11 novembre 1898 dans ce quartier populaire du cœur de Paris. L'atmosphère de la ville, ses rues, ses toits et ses cafés imprègnent profondément toute son œuvre cinématographique.

Montmartre, Paris

Les toits et les ruelles de Montmartre servent de décor à «Sous les toits de Paris» (1930), l'un des chefs-d'œuvre de René Clair. Ce quartier bohème et populaire incarne la poésie urbaine qui caractérise son cinéma.

Hollywood, Los Angeles

Exilé pendant la Seconde Guerre mondiale, René Clair tourne plusieurs films à Hollywood de 1940 à 1945, dont «Ma femme est une sorcière». Malgré son succès américain, il reste profondément attaché à la France et rentre dès la Libération.

Académie française, Paris

En 1960, René Clair est élu à l'Académie française, qu'il rejoint officiellement en 1962. Ce lieu symbolise la reconnaissance du cinéma comme art majeur de la culture française, pour la première fois de l'histoire de l'institution.

Neuilly-sur-Seine

René Clair s'installe dans cette commune de la proche banlieue parisienne dans les dernières décennies de sa vie. C'est là qu'il s'éteint le 15 mars 1981, laissant une œuvre majeure du cinéma mondial.

Voir aussi