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Sammu-ramat (Sémiramis)

Sammu-ramat, dite Sémiramis

8 min de lecture

PolitiqueMilitaireMythologieAvant J.-C.Empire néo-assyrien, IXe siècle av. J.-C.

Régente de l'Empire assyrien vers 811-808 av. J.-C., Sammu-ramat exerça le pouvoir au nom de son fils Adad-nirari III. Personnage historique, elle devint rapidement une figure légendaire dans le monde grec, symbole d'une reine guerrière et bâtisseuse de l'Orient antique.

Faits marquants

  • Vers 811 av. J.-C. : décès de son époux Shamshi-Adad V, elle assume la régence de l'Empire assyrien
  • 808 av. J.-C. environ : fin de la régence à la majorité de son fils Adad-nirari III
  • Son nom figure sur une stèle royale à Assur, preuve de son autorité officielle
  • Les auteurs grecs (Diodore de Sicile, Ctésias) l'immortalisent sous le nom de Sémiramis
  • La légende lui attribue la fondation de Babylone et des jardins suspendus

Œuvres & réalisations

Régence de l'Empire assyrien (811–808 av. J.-C.)

Réalisation historique attestée : Sammu-ramat gouverna l'un des plus puissants empires du monde antique pendant plusieurs années, menant des campagnes militaires et administrant un vaste territoire, fait sans précédent pour une femme en Assyrie.

Stèle de Sammu-ramat à Assur (Vers 808 av. J.-C.)

Document épigraphique cunéiforme qui constitue la preuve archéologique la plus directe de l'existence et du statut de Sammu-ramat. Elle y est qualifiée d'épouse et de mère de rois, ce qui signale son rang exceptionnel.

Construction légendaire des remparts de Babylone (Selon la tradition, IXe siècle av. J.-C.)

La légende grecque attribue à Sémiramis la construction des murailles colossales de Babylone, comptées parmi les Sept Merveilles du monde antique. Ce récit, bien qu'inventé, reflète la fascination pour une reine bâtisseuse surhumaine.

Campagnes militaires légendaires (Égypte, Inde, Éthiopie) (Selon Ctésias, IXe siècle av. J.-C.)

La tradition grecque prête à Sémiramis des conquêtes allant de l'Égypte à l'Inde. Ces récits épiques, amplifications de campagnes assyriennes réelles, firent d'elle l'archétype de la reine guerrière invincible dans l'imaginaire antique.

Semiramide (opéra de Rossini) (1823)

Chef-d'œuvre du bel canto créé à Venise, cet opéra raconte le destin tragique de Sémiramis, hantée par le meurtre de son mari. Il contribua durablement à faire vivre le mythe dans la culture européenne moderne.

Divine Comédie — L'Enfer, chant V (Dante Alighieri) (1314)

Dante place Sémiramis parmi les âmes damnées pour luxure dans son Enfer, reflétant la réputation ambivalente de la reine légendaire — à la fois admirable et transgressive — dans la culture médiévale européenne.

Anecdotes

Une stèle découverte à Assur porte l'inscription de Sammu-ramat, l'appelant « épouse du roi Shamshi-Adad, mère du roi Adad-nirari ». C'est l'une des rares preuves archéologiques attestant qu'une femme exerça une autorité réelle sur l'Empire assyrien, une chose extraordinaire dans une civilisation où le pouvoir masculin était absolu.

Lorsque son mari Shamshi-Adad V mourut vers 811 av. J.-C., son fils Adad-nirari III n'était encore qu'un enfant. Sammu-ramat prit alors les rênes du plus grand empire du monde : elle dirigea l'armée, rendit la justice et mena des campagnes militaires pendant au moins trois ans, au nom d'un souverain qui n'était pas encore en âge de régner.

Les Grecs transformèrent cette reine historique en figure légendaire. L'écrivain Ctésias de Cnide, médecin à la cour perse au IVe siècle av. J.-C., raconta que Sémiramis était née d'une déesse et d'un mortel, abandonnée à la naissance et nourrie par des colombes dans le désert, avant de devenir la reine la plus puissante d'Orient.

Selon la tradition grecque, Sémiramis aurait conquis l'Égypte, l'Éthiopie et même tenté d'envahir l'Inde. Elle est aussi créditée de la construction des fameux remparts de Babylone et, dans certaines versions, des légendaires Jardins suspendus. Ces récits, bien qu'inventés, montrent l'immense fascination que le monde méditerranéen éprouvait pour cette figure de reine orientale toute-puissante.

Dans de nombreuses versions de la légende, Sémiramis se métamorphosa à sa mort en colombe et s'envola vers les cieux — un écho à la déesse Ishtar, patronne de l'amour et de la guerre, dont elle partageait la puissance et l'ambiguïté. Ce détail symbolique fit d'elle, au fil des siècles, une figure à mi-chemin entre l'histoire et le mythe.

Sources primaires

Bibliothèque historique — Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.)
Sémiramis, surpassant toutes les femmes en beauté, en courage et en intelligence, bâtit Babylone et ses remparts, creusa des canaux et mena des armées jusqu'aux confins de l'Inde.
Persica — Ctésias de Cnide (fragments conservés par Photios) (IVe siècle av. J.-C.)
On dit que Sémiramis était fille de la déesse Dercéto et d'un mortel, qu'elle fut abandonnée et nourrie par des colombes, puis découverte par des bergers qui l'élevèrent.
Stèle de Sammu-ramat (inscription cunéiforme, Assur) (Vers 808 av. J.-C.)
Sammu-ramat, épouse du roi Shamshi-Adad, roi du monde, roi d'Assyrie, mère d'Adad-nirari, roi puissant, roi du monde, roi d'Assyrie, belle-fille de Shalmaneser, roi des quatre régions.
Histoires — Hérodote (Ve siècle av. J.-C.)
Les remparts de Babylone furent élevés par une reine nommée Sémiramis, cinq générations avant la plus récente, Nitocris, dont on voit encore les traces dans la plaine.
De Mulieribus Claris — Boccace (1374)
Sémiramis, reine des Assyriens, gouverna son peuple avec tant de valeur et d'autorité qu'elle surpassa en gloire tous les rois ses prédécesseurs et fut comptée parmi les plus illustres femmes de l'Antiquité.

Lieux clés

Nimrud (Kalhu), Assyrie

Capitale de l'Empire assyrien sous Shamshi-Adad V et Adad-nirari III. C'est ici que Sammu-ramat exerça sa régence, au cœur d'un palais colossal orné de reliefs sculptés et d'ivoires précieux.

Assur, Assyrie

Ville sainte et première capitale de l'Assyrie, où fut érigée la stèle portant le nom de Sammu-ramat — l'une des rares preuves archéologiques de son existence historique.

Babylone (Babil), Mésopotamie

Grande métropole de Mésopotamie que la tradition grecque attribue à la construction de Sémiramis. Ses remparts gigantesques et ses canaux d'irrigation alimentèrent le mythe d'une reine bâtisseuse hors du commun.

Ninive (Kuyunjik), Assyrie

Grande cité assyrienne sur le Tigre, parfois associée dans la tradition légendaire aux bâtissements de Sémiramis. Elle deviendra plus tard la capitale d'Assarhaddon et d'Assurbanipal.

Samosate (Samsat), Commagène

Certaines versions de la légende grecque situent dans cette région la naissance ou le premier palais de Sémiramis, au bord de l'Euphrate, à la frontière entre Orient et monde hellénistique.

Voir aussi