Sarasvati

Sarasvatī

MythologieSpiritualitéMusiqueAvant J.-C.Époque védique et Antiquité indienne (à partir de v. 1500 av. J.-C.)

Déesse hindoue de la connaissance, de la musique, des arts et de la parole, vénérée depuis l'époque védique (v. 1500 av. J.-C.). Représentée tenant un vīṇā, un livre et un lotus, elle incarne la sagesse et la créativité. Elle fait partie de la Tridevi, la trinité des grandes déesses du panthéon hindou.

Faits marquants

  • Mentionnée dès le Rigveda (v. 1500–1200 av. J.-C.), l'un des plus anciens textes sacrés de l'humanité
  • Son nom signifie en sanskrit 'celle qui possède les eaux' ou 'la rivière de la connaissance'
  • Membre de la Tridevi aux côtés de Lakshmi (prospérité) et Parvati (force)
  • Célébrée lors de Vasant Panchami, fête du savoir marquant le début du printemps
  • Patronne des écoles, universités et artistes dans le monde hindou contemporain

Œuvres & réalisations

Rigveda — hymnes à Sarasvati (v. 1500-1200 av. J.-C.)

Le plus ancien texte religieux de l'humanité encore en usage contient plusieurs hymnes fondateurs adressés à Sarasvati, établissant son identité double de déesse-fleuve et de déesse de la parole sacrée.

Sarasvati Vandana (prière de salutation) (tradition fixée v. 1er millénaire av. J.-C.)

Prière récitée dans les temples, les écoles et les maisons hindoues avant toute activité intellectuelle ou artistique. Elle est encore apprise par cœur par des millions d'enfants en Inde.

Devi Mahatmya (Markandeya Purana) (v. IVe-VIe siècle ap. J.-C.)

Texte fondateur du Shaktisme qui consacre Sarasvati comme membre de la Tridevi et décrit ses attributs, ses pouvoirs cosmiques et son rôle dans l'ordre divin de l'univers.

Sarasvata Purana (v. VIIe-Xe siècle ap. J.-C.)

Purana consacré à Sarasvati et à sa communauté de dévots. Il décrit les mythes de la déesse, ses temples, ses rites et son rôle central dans la transmission du savoir divin aux humains.

Ashtadhyayi de Pāṇini (v. 500 av. J.-C.)

Bien que rédigée par un humain, cette grammaire du sanskrit est traditionnellement attribuée à l'inspiration directe de Sarasvati. Sa perfection formelle est vue comme la marque de la grâce de la déesse sur son auteur.

Abhijnanashakuntalam de Kālidāsa (v. IVe-Ve siècle ap. J.-C.)

Le chef-d'œuvre du plus grand poète sanskrit s'ouvre sur une invocation à Sarasvati. Kālidāsa, considéré comme son dévot privilégié, incarne l'idéal de l'artiste inspiré par la grâce de la déesse.

Anecdotes

Dans le Rigveda, le plus ancien texte sacré de l'Inde (v. 1500 av. J.-C.), Sarasvati est d'abord célébrée comme une déesse-fleuve toute-puissante. La rivière qui porte son nom était considérée comme la plus sacrée de l'Inde védique, et les hymnes la décrivent comme un torrent puissant descendant des montagnes. Les géologues ont identifié la rivière Ghaggar-Hakra, aujourd'hui disparue sous les déserts du Rajasthan, comme le probable correspondant géologique de ce fleuve mythique.

Chaque année en janvier ou février, des millions d'élèves et d'étudiants indiens célèbrent Vasant Panchami, la fête printanière de Sarasvati. Ce jour-là, ils déposent leurs livres, cahiers et instruments de musique devant l'image de la déesse pour recevoir sa bénédiction avant l'année scolaire. La couleur jaune safran est portée en abondance, symbolisant la lumière du savoir et la floraison du printemps.

Le vīṇā, instrument à cordes pincées que Sarasvati tient dans presque toutes ses représentations iconographiques, est l'ancêtre de nombreux instruments indiens classiques. La légende raconte que c'est Sarasvati elle-même qui inventa la musique et la transmit aux humains, faisant d'elle la patronne de tous les musiciens. Les grandes écoles de musique indienne (gharanas) honorent traditionnellement la déesse avant chaque concert ou récital.

Dans la mythologie hindoue, Sarasvati est souvent présentée en opposition à Lakshmi, déesse de la richesse. Une tradition populaire affirme que là où Sarasvati (le savoir) demeure, Lakshmi (la fortune matérielle) est souvent absente — et vice versa. Cette idée reflète la tension culturelle entre la quête désintéressée du savoir et la recherche du succès matériel, un débat qui traverse toute la philosophie indienne classique.

Le grammairien Pāṇini, auteur au Ve siècle av. J.-C. de l'Ashtadhyayi — la plus ancienne grammaire scientifique du monde —, est réputé avoir reçu son inspiration directement de Sarasvati. Selon la légende, la déesse lui apparut en rêve et lui enseigna les fondements du sanskrit. Son œuvre, qui codifie plus de quatre mille règles grammaticales en quelques milliers de courts aphorismes, est encore citée par les linguistes modernes comme un chef-d'œuvre de rigueur intellectuelle.

Sources primaires

Rigveda, Mandala VI, hymne 61 (v. 1500-1200 av. J.-C.)
« Sarasvati, toi qui illumines toutes les pensées et surpasses toutes les autres divinités par ton éclat, c'est toi qui nourris le poète de ta grâce divine et guides l'esprit vers la vérité. »
Rigveda, Mandala II, hymne 41 (v. 1500-1200 av. J.-C.)
« Parmi les fleuves, Sarasvati est la meilleure mère, la meilleure des rivières, la meilleure des déesses. Bien qu'elle soit plus vaste que toutes les autres, elle écoute nos prières. »
Atharvaveda, livre VI (v. 1200-900 av. J.-C.)
« Que Sarasvati, déesse de la parole sacrée, accorde la sagesse à celui qui la cherche et éclaire l'esprit de celui qui récite les Vedas avec foi et dévotion. »
Devi Mahatmya (Markandeya Purana, chapitres 81-93) (v. IVe-VIe siècle ap. J.-C.)
« Sarasvati, déesse de la connaissance, demeure sur la langue des poètes et dans l'esprit des sages. Rien de ce qui est dit avec sagesse ne peut l'être sans sa grâce bienveillante. »
Sarasvata Purana (v. VIIe-Xe siècle ap. J.-C.)
« C'est elle qui donna aux dieux et aux hommes le don de la parole, de la mémoire et de l'intelligence. Sans elle, l'univers serait plongé dans le silence et l'obscurité éternelle. »

Lieux clés

Sringeri (Karnataka, Inde)

Siège du monastère fondé par Adi Shankaracharya au VIIIe siècle, dédié à Sharadamba, forme locale de Sarasvati. L'un des quatre grands centres spirituels de l'hindouisme, lieu de pèlerinage et d'érudition toujours actif.

Temple de Gnana Sarasvati, Basara (Telangana, Inde)

Temple situé sur les rives de la rivière Godavari, l'un des plus importants lieux de pèlerinage dédiés à Sarasvati en Inde du Sud. Des milliers d'étudiants y viennent avant leurs examens pour recevoir la bénédiction de la déesse.

Vallée de la rivière Sarasvati (Haryana/Rajasthan, Inde)

Cours supposé de la rivière védique Sarasvati, aujourd'hui disparue sous les déserts du Rajasthan. Sa trace géologique a été identifiée par les archéologues, faisant de cette région le berceau de la civilisation védique ancienne.

Pushkar (Rajasthan, Inde)

Ville sainte associée à Brahma, dont Sarasvati est l'épouse selon plusieurs traditions mythologiques. Lieu de pèlerinage parmi les plus anciens de l'Inde, célèbre pour son lac sacré et sa grande foire annuelle.

Varanasi (Uttar Pradesh, Inde)

La plus ancienne ville vivante du monde et grand centre du savoir sanskrit et des arts classiques hindous. Sarasvati y est honorée comme protectrice des érudits, des musiciens et des poètes qui étudient dans cette cité-temple millénaire.

Voir aussi