Sergueï Korolev(1907 — 1966)

Sergueï Korolev

Union soviétique

8 min de lecture

TechnologieSciencesExplorationXXe siècleGuerre froide et conquête spatiale (années 1950-1960)

Ingénieur soviétique d'origine ukrainienne, Korolev est le père du programme spatial soviétique. Il a conçu Spoutnik, premier satellite artificiel, et la capsule Vostok qui permit à Gagarine de voler dans l'espace.

Faits marquants

  • 1957 : lance Spoutnik 1, premier satellite artificiel de l'histoire
  • 1961 : conçoit la capsule Vostok qui emporte Youri Gagarine dans l'espace
  • Arrêté pendant les purges staliniennes (1938), il survit au Goulag
  • 1959 : ses sondes Luna atteignent la Lune pour la première fois
  • Décède en 1966, avant d'avoir pu voir l'homme marcher sur la Lune

Œuvres & réalisations

Missile balistique R-7 Semiorka (1957)

Premier missile balistique intercontinental opérationnel au monde, capable d'emporter une ogive nucléaire à plus de 8 000 km. Sa version modifiée servit de lanceur pour Spoutnik et pour toutes les premières missions spatiales soviétiques.

Spoutnik 1 — premier satellite artificiel de la Terre (4 octobre 1957)

Première réalisation orbitale de l'humanité, conçue en urgence pour devancer les Américains. Son lancement déclencha la « course à l'espace » et marqua durablement la géopolitique de la Guerre froide.

Spoutnik 2 et le vol de Laïka (3 novembre 1957)

Premier être vivant envoyé en orbite, la chienne Laïka permit de valider que les conditions spatiales n'étaient pas immédiatement létales pour un organisme vivant, ouvrant la voie aux vols humains.

Capsule Vostok 1 — premier vol humain dans l'espace (12 avril 1961)

Conçue par Korolev, cette capsule sphérique emporta Youri Gagarine pour un tour complet de la Terre en 108 minutes. Ce vol reste l'un des événements les plus marquants de l'histoire des sciences et de l'exploration.

Programme Voskhod — sorties extravéhiculaires (1964–1965)

Évolution de la Vostok permettant d'emporter plusieurs cosmonautes et de réaliser des activités hors de la capsule. Alexeï Leonov y effectua la première « marche dans l'espace » en mars 1965.

Fusée Soyouz (R-7 modifié, version finale) (1966)

Version améliorée du lanceur R-7, développée sous la direction de Korolev juste avant sa mort. Le Soyouz est devenu le lanceur le plus fiable et le plus utilisé de l'histoire spatiale, encore en service aujourd'hui.

Anecdotes

Korolev survécut au Goulag stalinien : arrêté en 1938 accusé de sabotage, il fut condamné aux travaux forcés en Sibérie. Il perdit plusieurs dents à cause du scorbut et faillit mourir dans les mines de Kolyma. Sa survie tient en partie à l'intervention d'un pilote célèbre, Valentin Grizodubova, qui signa une pétition en sa faveur.

Pendant toute sa vie, Korolev fut désigné publiquement comme le simple « Concepteur en chef » (Glavny Konstruktor) : son identité réelle était un secret d'État absolu. Les Occidentaux ignoraient jusqu'à son nom. Ce n'est qu'après sa mort, en 1966, que les Soviétiques révélèrent qu'il était l'architecte de leurs triomphes spatiaux.

Le lancement de Spoutnik 1 le 4 octobre 1957 dura 98 minutes — le temps d'un premier tour orbital complet. Le signal radio du satellite, un simple « bip bip » régulier, fut capté par des radioamateurs du monde entier. Korolev, dans la salle de contrôle, pleura de joie en entendant ce son venu de l'espace.

Korolev mourut le 14 janvier 1966 sur la table d'opération, d'une hémorragie lors d'une ablation bénigne d'un polype. Le chirurgien découvrit un cancer du côlon non diagnostiqué. Ironie tragique : des séquelles de sa mâchoire brisée au Goulag empêchaient d'intuber correctement son patient — il ne put être sauvé. Il ne vit jamais les astronautes marcher sur la Lune.

Fasciné par l'espace dès l'enfance, Korolev avait rencontré le pionnier Konstantin Tsiolkovski en 1931. Ce vieux savant solitaire de Kalouga avait théorisé dès 1903 que des fusées à ergols liquides pourraient permettre de quitter la Terre. Pour Korolev, cette rencontre fut une révélation fondatrice qui orienta toute sa carrière.

Sources primaires

Lettre de Korolev à sa femme Xenia depuis le Goulag (1940)
Je travaille, je tiens bon. Mon seul espoir est de rentrer et de poursuivre mon travail. Je pense à nos rêves, ils ne sont pas morts.
Rapport technique sur le missile R-7 (7K-7, document interne OKB-1) (1956)
Le vecteur balistique intercontinental R-7 démontre la capacité de placer une charge utile en orbite terrestre basse. Les calculs de trajectoire confirment la faisabilité d'un satellite artificiel.
Mémorandum de Korolev au Comité central du PCUS proposant le lancement d'un satellite (Janvier 1957)
Je propose de profiter des capacités du R-7 pour placer en orbite un objet artificiel avant les Américains, ce qui représenterait un succès politique et scientifique sans précédent pour l'Union soviétique.
Discours de Korolev à l'Académie des sciences d'URSS après le vol de Gagarine (Avril 1961)
Aujourd'hui, un citoyen soviétique a voyagé dans l'espace. Ce que Tsiolkovski a rêvé, nous l'avons accompli. L'ère cosmique a commencé.
Notes personnelles de Korolev sur la conception de Vostok (archives russes, fonds Korolev) (1959)
La capsule doit assurer la survie du cosmonaute en toutes circonstances. Le système d'éjection est la garantie ultime. Nous ne pouvons pas nous permettre la moindre erreur humaine.

Lieux clés

Jitomir (Zhytomyr), Ukraine

Ville natale de Korolev, née alors dans l'Empire russe. Il y grandit quelques années avant de rejoindre Odessa puis Kiev pour ses études.

Moscou — OKB-1 (Bureau d'études de Korolev), Korolev (anciennement Kaliningrad)

Siège du bureau de conception de Korolev en banlieue de Moscou, où furent conçus Spoutnik, Vostok et toutes les grandes réussites spatiales soviétiques. Aujourd'hui renommée « ville de Korolev », elle abrite toujours des industries spatiales russes.

Cosmodrome de Baïkonour, Kazakhstan

Base de lancement construite dans le désert kazakh sous la direction de Korolev. C'est ici que furent lancés Spoutnik 1 et Vostok 1 avec Gagarine. Le site, loué à la Russie, est encore utilisé aujourd'hui pour les missions Soyouz.

Mines de Kolyma, Sibérie

Région des camps du Goulag stalinien où Korolev fut déporté de 1938 à 1940. Il y survécut dans des conditions extrêmes avant d'être rapatrié pour travailler dans une « charashka » (laboratoire de prisonniers).

Kalouga, Russie

Ville où vivait et travaillait Konstantin Tsiolkovski, le père théorique de l'astronautique. Korolev s'y rendit en 1931 pour rencontrer le vieux savant, une visite décisive qui ancra sa vocation spatiale.

Voir aussi