Shafi Goldwasser
Shafi Goldwasser
8 min de lecture
Informaticienne théorique israélo-américaine, pionnière de la cryptographie moderne. Lauréate du prix Turing en 2012 avec Silvio Micali, elle a posé les fondements mathématiques de la cryptographie probabiliste et des preuves à divulgation nulle de connaissance.
Faits marquants
- Née en 1958 à New York, de parents immigrés israéliens
- Thèse de doctorat à Berkeley en 1983, sous la direction de Manuel Blum
- Co-invente avec Silvio Micali la notion de sécurité sémantique du chiffrement (1982)
- Prix Turing 2012, la plus haute récompense en informatique, avec Silvio Micali
- Professeure au MIT et à l'Institut Weizmann des Sciences en Israël
Œuvres & réalisations
Article fondateur publié dans le Journal of Computer and System Sciences, qui établit pour la première fois une définition mathématique rigoureuse de la sécurité d'un système de chiffrement. Ce travail transforme la cryptographie d'un art empirique en science exacte.
Article présenté à STOC 1985 introduisant le concept de preuve à divulgation nulle de connaissance, qui permet de prouver la connaissance d'un secret sans révéler aucune information sur ce secret. Considéré comme l'un des articles les plus influents de toute l'histoire de l'informatique.
Démontre l'équivalence entre deux modèles de systèmes de preuves interactifs, approfondissant la théorie de la complexité interactive et posant des bases pour le théorème PCP.
Cours de cryptographie devenu une référence mondiale, diffusé librement sur Internet depuis le MIT. Ces notes pédagogiques ont formé des générations d'ingénieurs et de chercheurs en sécurité informatique.
Ensemble de recherches sur les techniques permettant d'effectuer des calculs sur des données chiffrées sans les déchiffrer, ouvrant la voie à un traitement confidentiel des données dans le cloud.
Anecdotes
En 1982, à l'Université de Californie à Berkeley, Shafi Goldwasser et Silvio Micali se posent une question qui paraît presque absurde : est-il possible de prouver que l'on connaît un secret sans jamais le révéler ? Cette interrogation en apparence paradoxale donnera naissance aux « preuves à divulgation nulle de connaissance », un concept aussi déroutant qu'une tour de magie rendue rigoureuse par les mathématiques.
Lors de la conférence STOC en 1985, Goldwasser présente avec Micali et Rackoff l'article fondateur sur les preuves à connaissance nulle. Les auditeurs, pourtant habitués aux abstractions mathématiques, restent stupéfaits : il est désormais prouvé que l'on peut convaincre quelqu'un d'une vérité sans lui donner la moindre information sur la façon dont on la sait. Ce résultat, jugé trop abstrait par certains, deviendra trente ans plus tard un pilier de la sécurité des blockchains.
En 2012, l'Association for Computing Machinery lui décerne le prix Turing avec Silvio Micali — l'équivalent du Nobel en informatique. Goldwasser est l'une des très rares femmes à avoir reçu cette distinction depuis sa création en 1966, une consécration pour des travaux théoriques longtemps considérés trop abstraits pour être utiles... avant de devenir le fondement mathématique de la sécurité d'Internet.
Goldwasser a longtemps mené une double vie académique, enseignant simultanément au MIT à Cambridge (Massachusetts) et à l'Institut Weizmann en Israël, traversant l'Atlantique plusieurs fois par an. Née à New York, élevée en Israël, formée à Carnegie Mellon puis Berkeley, elle incarne cette génération de chercheurs dont la biographie est aussi internationale que leurs réseaux de collaboration.
Sources primaires
We propose a novel framework for the study of computational difficulty of decrypting encrypted messages. Our framework allows for the first time a rigorous proof that a cryptosystem is secure.
In this paper we study the information complexity of interactive proof systems. We introduce a new measure, called knowledge complexity, which measures the amount of knowledge communicated from the prover to the verifier during an interactive proof.
We study the difference in power between interactive proof systems where the verifier's random choices are public and those where they are private, and show that these two types of systems have the same power.
Cryptography is now a mathematical science. We can prove theorems about the security of cryptographic protocols. The field has been transformed from an art practiced by a few to a rigorous science accessible to all.
Lieux clés
Goldwasser y obtient son bachelor en mathématiques en 1979. C'est là qu'elle découvre l'informatique théorique et décide de s'y consacrer dans le cadre de son doctorat.
Elle y réalise son doctorat en informatique sous la direction de Manuel Blum, obtenu en 1984. C'est durant ces années que naissent ses travaux fondateurs sur le chiffrement probabiliste avec Silvio Micali.
Le Computer Science and Artificial Intelligence Laboratory du MIT est son principal lieu de travail depuis 1983. Elle y dirige le groupe de cryptographie et d'informatique théorique et y forme des générations de chercheurs.
Elle y occupe une chaire professorale en parallèle de son poste au MIT, maintenant un lien fort avec la communauté scientifique israélienne. Cette double appartenance illustre la dimension internationale de sa carrière.
Ville où Goldwasser grandit après la migration de sa famille depuis New York. Son éducation israélienne influence sa vision du monde et son parcours vers les mathématiques.