Shéhérazade(1952 — ?)

Shéhérazade

Turquie

9 min de lecture

LettresCultureMoyen ÂgeÂge d'or de l'Islam, période de floraison culturelle, scientifique et littéraire en Orient (IXe-XIVe siècle)

Shéhérazade est la narratrice légendaire des Mille et Une Nuits, recueil de contes arabes compilé entre le IXe et le XIVe siècle. Condamnée à mort par le roi Chahryar, elle survit en lui racontant chaque nuit une histoire qu'elle laisse inachevée, sauvant sa vie par la seule puissance du récit.

Faits marquants

  • Personnage légendaire du cadre narratif des Mille et Une Nuits, compilées entre le IXe et le XIVe siècle
  • Fille du vizir, elle épouse le roi Chahryar qui exécute chaque épouse au matin pour prévenir l'infidélité
  • Elle raconte 1001 nuits de récits enchâssés, interrompant chaque histoire au moment le plus captivant
  • La première traduction française par Antoine Galland paraît entre 1704 et 1717, rencontrant un succès immense en Europe
  • Son nom persan signifie littéralement « celle qui libère les cités » ou « fille de la ville »

Œuvres & réalisations

Alf Layla wa-Layla (Les Mille et Une Nuits) (IXe-XIVe siècle)

Recueil de contes arabes dont Shéhérazade est la narratrice-cadre. Compilé progressivement sur plusieurs siècles à partir de sources persanes, indiennes et arabes, il constitue l'un des monuments de la littérature mondiale.

Le cycle de Sinbad le marin (Xe-XIe siècle)

Série de sept voyages fantastiques attribués à un marin de Bagdad, intégrés aux Mille et Une Nuits. Ces récits reflètent les grandes expéditions maritimes arabes dans l'océan Indien jusqu'aux côtes africaines et asiatiques.

Ali Baba et les quarante voleurs (XVIIIe siècle (version Galland))

L'un des contes les plus célèbres du recueil, absent des manuscrits arabes anciens connus. Galland l'aurait recueilli de son informateur syrien et intégré à sa traduction, créant un des personnages les plus populaires de la littérature mondiale.

Histoire de la lampe merveilleuse (Aladdin) (XVIIIe siècle (version Galland))

Récit d'un jeune homme pauvre qui découvre une lampe habitée par un djinn. Comme Ali Baba, il ne figure pas dans les manuscrits arabes anciens et est probablement une addition transmise à Galland par le conteur Hanna Dyâb.

Shéhérazade, suite symphonique (Rimski-Korsakov) (1888)

Œuvre orchestrale en quatre mouvements inspirée des Mille et Une Nuits. Elle illustre musicalement les récits de Shéhérazade et contribue à la célébrité mondiale du personnage au-delà du monde littéraire.

Anecdotes

Shéhérazade n'est pas une personne historique réelle, mais le personnage central d'un des plus grands recueils littéraires du monde : les Mille et Une Nuits. Ce recueil, lui, est bien attesté : le bibliographe arabe al-Nadim le mentionne dès 987 dans son catalogue, le Fihrist, sous le titre Alf Layla. La figure de Shéhérazade s'enracine donc dans une tradition littéraire pluriséculaire, portée par des générations de conteurs anonymes.

Les contes des Mille et Une Nuits ne sont pas d'origine purement arabe : ils mêlent des récits venus de Perse, d'Inde et du monde arabe. La trame persane initiale s'appelait le Hezâr Afsâna (« Mille Légendes ») et fut traduite en arabe dès le VIIIe siècle. Les compilateurs arabes y ajoutèrent ensuite des histoires propres à la culture abbasside de Bagdad, faisant de l'œuvre un véritable carrefour de civilisations.

C'est le Français Antoine Galland qui fit connaître Shéhérazade au monde occidental en traduisant les contes entre 1704 et 1717. Certaines histoires parmi les plus célèbres — Aladdin, Ali Baba et les quarante voleurs — n'apparaissent dans aucun manuscrit arabe connu de l'époque et furent peut-être ajoutées par Galland lui-même, ou tirées d'un conteur syrien rencontré à Paris nommé Hanna Dyâb. Ce mystère passionne encore les chercheurs aujourd'hui.

Le stratagème narratif de Shéhérazade — laisser chaque histoire inachevée pour survivre une nuit de plus — porte un nom en littérature moderne : le « cliffhanger » ou coup de théâtre suspendu. Cette technique, vieille de plus de mille ans dans les Mille et Une Nuits, est toujours utilisée dans les séries télévisées contemporaines pour retenir l'attention du spectateur d'un épisode à l'autre.

Au XIXe siècle, Shéhérazade inspira de nombreux artistes européens. Le compositeur russe Nikolaï Rimski-Korsakov lui consacra en 1888 une célèbre suite symphonique en quatre mouvements. Les peintres orientalistes la représentèrent dans des palais de rêve. Cette fascination, dite « orientaliste », a néanmoins été critiquée par des historiens modernes pour les stéréotypes qu'elle véhiculait sur le monde arabe.

Sources primaires

Fihrist d'al-Nadim (987)
Al-Nadim mentionne dans son catalogue bibliographique le recueil Alf Layla, décrivant son origine persane et son histoire-cadre d'une femme rusée qui conte des histoires à un roi pour sauver sa vie.
Manuscrit arabe du XIVe siècle utilisé par Galland (XIVe siècle)
Le plus ancien manuscrit des Mille et Une Nuits connu en Occident, conservé à Paris. Il contient le récit-cadre de Shéhérazade et plusieurs dizaines de contes, constituant la base de la première traduction européenne.
Mille et Une Nuits, traduction d'Antoine Galland (1704-1717)
Il était une fois un roi puissant… Sa femme le trahit et depuis lors il épousait chaque soir une vierge qu'il faisait étrangler le lendemain. Shéhérazade, fille du grand vizir, résolut de mettre fin à ce massacre en se proposant elle-même comme épouse.
Kitab Alf Layla wa-Layla (manuscrit du Caire) (XIVe-XVe siècle)
Version arabe étendue des Mille et Une Nuits compilée en Égypte, enrichie de récits égyptiens et syriens. Elle situe la plupart des contes à Bagdad, sous le règne du calife Haroun al-Rachid, et constitue la base des éditions modernes en arabe.

Lieux clés

Bagdad (Irak)

Capitale du califat abbasside et décor principal de nombreux contes des Mille et Une Nuits. Bagdad était au IXe siècle la plus grande ville du monde, avec plus d'un million d'habitants.

Samarcande (Ouzbékistan)

Ville légendaire d'Asie centrale mentionnée dans le récit-cadre des Mille et Une Nuits comme lieu d'origine du roi Shahryar. C'était un grand carrefour commercial sur la Route de la Soie.

Le Caire (Égypte)

Lieu de compilation du manuscrit le plus complet des Mille et Une Nuits (XIVe-XVe siècle). De nombreux contes égyptiens y furent intégrés, faisant du Caire un centre majeur de la tradition narrative arabe.

Ispahan (Iran)

Grande cité de Perse (Iran actuel), berceau du Hezâr Afsâna, recueil persan qui constitue l'origine des Mille et Une Nuits. La culture persane a profondément influencé les thèmes et personnages des contes de Shéhérazade.

Paris (France)

Ville où Antoine Galland publia sa traduction française des Mille et Une Nuits (1704-1717), faisant connaître Shéhérazade à toute l'Europe. C'est là qu'il rencontra également le conteur syrien Hanna Dyâb, qui lui transmit plusieurs récits inédits.

Voir aussi