Shou

Shou

MythologieSpiritualitéMilitaireAvant J.-C.Égypte ancienne, de l'Ancien Empire au IVe siècle av. J.-C.

Shou est la divinité égyptienne personnifiant l'air et la lumière. Fils de Rê et époux de Tefnout, il soutient la voûte céleste en séparant Nout (le ciel) de Geb (la terre). Il incarne l'espace vital entre le cosmos et le monde terrestre.

Faits marquants

  • Shou est l'une des premières divinités créées par Atoum dans la cosmogonie héliopolitaine
  • Il est représenté soulevant le ciel (Nout) au-dessus de la terre (Geb) de ses deux bras
  • Shou et sa sœur-épouse Tefnout forment le premier couple divin de l'Ennéade d'Héliopolis
  • Son nom signifie « vide » ou « celui qui soulève » en égyptien ancien
  • Il est parfois assimilé au dieu lion Onuris dans certaines traditions régionales

Œuvres & réalisations

Textes des Pyramides — Utterances de Shou (Vers 2400 av. J.-C.)

Premières formules rituelles gravées dans les tombes royales de l'Ancien Empire, constituant les plus anciens textes religieux mentionnant Shou et fixant sa naissance par Atoum.

Textes des Sarcophages — Spells 75-80 (Vers 2100-1650 av. J.-C.)

Recueil de formules magiques destinées à protéger le défunt. Shou y incarne le souffle vital qui anime l'âme dans l'au-delà et guide sa transformation céleste.

Livre des Morts (chapitres 17 et 83) (Vers 1550-1350 av. J.-C.)

Le chapitre 17 décrit Shou comme image spirituelle de Rê ; le chapitre 83 permet au défunt de se transformer en héron benu en invoquant sa puissance lumineuse.

Livre de la Vache Céleste (Vers 1350 av. J.-C.)

Texte mythologique gravé dans la tombe de Séthi I, décrivant comment Rê ordonna à Shou de porter Nout au-dessus de la terre — scène fondatrice de la cosmologie égyptienne.

La Légende de la Déesse Lointaine (Période ptolémaïque, IIIe s. av. J.-C.)

Long récit mythologique où Shou et Thot partent en Nubie récupérer l'Œil de Rê (Tefnout) transformée en lionne, expliquant l'origine de plusieurs fêtes religieuses égyptiennes.

Anecdotes

Shou est né d'un acte solitaire du dieu créateur Atoum : selon les Textes des Pyramides, Atoum cracha ou se masturba, donnant naissance à Shou (l'air) et à sa sœur jumelle Tefnout (l'humidité). Ce mythe de la création héliopolitaine est l'un des plus anciens du monde, transmis dans les tombes royales dès 2400 av. J.-C.

Chaque jour, Shou accomplit un geste titanesque : il soutient de ses bras le corps de la déesse Nout (le ciel), l'empêchant de s'écraser sur Geb (la terre). Les représentations égyptiennes le montrent toujours dans cette posture — bras levés, portant la voûte étoilée — symbolisant l'espace vital qui rend la vie possible entre ciel et terre.

Un mythe célèbre raconte que Tefnout, furieuse contre son père Rê, se transforma en lionne féroce et s'enfuit en Nubie. Shou fut envoyé avec le dieu Thot pour la ramener. Ils durent la flatter avec des paroles douces et de la musique, une quête qui, selon la tradition, explique l'origine de certaines fêtes religieuses en l'honneur de la déesse-lionne.

Shou régna comme pharaon cosmique après que Rê se retira dans le ciel, épuisé par les complots des hommes. Mais son règne fut troublé : son propre fils Geb se révolta contre lui, cherchant à s'emparer du pouvoir. Ce conflit père-fils entre le dieu de l'air et le dieu de la terre illustre les tensions permanentes du cosmos égyptien.

Dans les Textes des Sarcophages, le défunt aspire à devenir Shou pour traverser librement le ciel. Le souffle de Shou — littéralement l'air — était considéré comme la force animatrice des vivants et des morts : sans lui, ni les dieux ni les hommes ne pouvaient respirer ni exister.

Sources primaires

Textes des Pyramides (Utterances 301-312) (Vers 2400-2300 av. J.-C.)
« Ô Atoum, qui as craché Shou et Tefnout, qui es seul... tu as mis tes bras autour d'eux comme les bras d'un ka, afin que ton ka soit en eux. »
Textes des Sarcophages (Spells 75-80) (Vers 2100-1650 av. J.-C.)
« Je suis Shou, que Atoum a fait naître de sa puissance créatrice. Il n'existait pas encore de ciel, il n'existait pas encore de terre... je suis intervenu entre eux. »
Livre des Morts (Chapitre 17) (Vers 1550-1350 av. J.-C.)
« Qui est-il ? C'est Shou, l'image spirituelle de Rê, le gardien de la lumière solaire, qui prit naissance le jour où Rê naquit lui-même. »
Livre de la Vache Céleste (Vers 1350 av. J.-C. (Tombeau de Séthi I))
« Alors Rê dit à Shou : Mon fils, prends Nout sur ta nuque et garde-la loin de Geb. Shou souleva Nout et la maintint au-dessus de la terre. »
La Légende de la Déesse Lointaine (Papyrus de Leyde) (Période ptolémaïque, vers IIIe siècle av. J.-C.)
« Shou et Thot partirent vers le pays de Nubie pour ramener Tefnout, l'Œil de Rê. Shou prit la forme d'un lion et marcha auprès d'elle jusqu'au retour. »

Lieux clés

Héliopolis (Iounou)

Grande cité solaire du nord de l'Égypte et centre principal du culte de la Grande Ennéade. C'est là que la théologie héliopolitaine, qui fait de Shou le fils d'Atoum, fut élaborée et codifiée dès l'Ancien Empire.

Léontopolis (Tell el-Muqdam)

Ville du Delta du Nil où Shou était vénéré sous forme de lion, aux côtés de Tefnout. Ce site fut un centre majeur de son culte durant la Troisième Période Intermédiaire et la Basse Époque.

Memphis

Capitale politique de l'Ancien Empire, proche d'Héliopolis. La théologie memphite intégra Shou dans ses récits cosmogoniques, le plaçant parmi les grandes forces créatrices du monde.

L'espace entre Geb et Nout (lieu mythique)

Le domaine propre de Shou est l'espace cosmique qu'il occupe éternellement de ses bras levés — séparant la terre (Geb) du ciel (Nout). Ce lieu symbolique est le fondement même de la cosmologie égyptienne.

Voir aussi