Dramaturge américaine pionnière, Suzan-Lori Parks est la première femme noire à remporter le Prix Pulitzer de théâtre, pour « Topdog/Underdog » en 2002. Son œuvre explore l'identité afro-américaine, la mémoire collective et l'histoire à travers un langage expérimental et poétique.
Suzan-Lori Parks(1963 — ?)
Suzan-Lori Parks
États-Unis
9 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1963 : naissance à Fort Knox, Kentucky
- 1989 : premières pièces off-Broadway, dont 'Imperceptible Mutabilities in the Third Kingdom'
- 2002 : Prix Pulitzer de théâtre pour 'Topdog/Underdog' — première femme noire à recevoir cette distinction
- 2002–2003 : projet '365 Days/365 Plays', une pièce écrite chaque jour pendant un an
- 2014 : 'Father Comes Home from the Wars' finaliste du Pulitzer, consacrant son statut de grande voix du théâtre américain
Œuvres & réalisations
Sa première œuvre majeure, créée à Brooklyn, qui remporte l'Obie Award. Elle y développe déjà son langage théâtral expérimental pour interroger l'identité afro-américaine et les traces de l'esclavage dans le quotidien.
Pièce allégorique dans laquelle un fossoyeur noir se fait appeler « le Grand homme » et rejoue en boucle l'assassinat de Lincoln pour des touristes. Une méditation dense sur la race, l'histoire et l'invisibilité des Noirs dans le récit national américain.
Pièce consacrée à Saartjie Baartman, femme sud-africaine exhibée en Europe au XIXe siècle sous le surnom de « Vénus Hottentote ». Parks y dénonce l'exploitation coloniale du corps noir féminin avec une ironie glaçante.
Réécriture de La Lettre écarlate de Hawthorne transposée dans la pauvreté urbaine contemporaine, avec une héroïne noire et sans-abri. La pièce est finaliste du Pulitzer et prolonge son exploration de la marginalisation sociale.
Sa pièce la plus célèbre, qui lui vaut le Prix Pulitzer en 2002. Deux frères, Lincoln et Booth, rejouent les obsessions américaines — la compétition, la tromperie, la mort — dans un huis clos poignant et profondément politique.
Un défi artistique sans précédent : 365 pièces écrites en 365 jours consécutifs. Joué simultanément dans plus de 700 théâtres dans le monde en 2006, ce projet devient un événement communautaire mondial autant qu'une œuvre personnelle.
Trilogie épique sur Hero, un esclave afro-américain enrôlé dans l'armée confédérée en échange d'une promesse de liberté. Parks y interroge le sacrifice, la trahison et l'ambiguïté morale à travers une réécriture de l'Odyssée d'Homère.
Anecdotes
Lors de ses études au Mount Holyoke College dans les années 1980, Suzan-Lori Parks suit un cours de littérature avec James Baldwin, le grand romancier afro-américain. Baldwin, impressionné par ses nouvelles, lui dit qu'elle devrait écrire des pièces de théâtre plutôt que de la fiction. Ce conseil inattendu oriente radicalement sa carrière et fait d'elle l'une des voix les plus originales du théâtre américain contemporain.
Entre novembre 2002 et novembre 2003, Suzan-Lori Parks se lance un défi extraordinaire : écrire une pièce de théâtre chaque jour pendant un an. Le résultat, « 365 Days/365 Plays », est une œuvre de 365 pièces courtes. En 2006, ce projet est joué simultanément dans plus de 700 théâtres à travers le monde, dans une vaste célébration collective de la création dramatique.
En 2002, Suzan-Lori Parks devient la première femme noire à remporter le Prix Pulitzer de théâtre, pour sa pièce « Topdog/Underdog ». Cette distinction, l'une des plus prestigieuses des États-Unis, récompense une œuvre qui met en scène deux frères nommés Lincoln et Booth jouant aux cartes et reproduisant malgré eux l'histoire tragique de l'Amérique — un titre volontairement ambigu sur qui domine et qui subit.
Fille d'un colonel de l'armée américaine, Suzan-Lori Parks passe son enfance à se déplacer de base militaire en base militaire, notamment en Allemagne. Cette expérience de déracinement permanent nourrit profondément son écriture, obsédée par les questions d'identité, d'appartenance et de mémoire. Elle dira plus tard que grandir sans racines fixes lui a appris à porter son histoire en elle.
Parks a développé un langage théâtral entièrement original, notamment les « spells » — des moments de silence absolu notés dans ses textes comme des partitions musicales. Elle conçoit le théâtre comme de la musique : les répétitions et variations (qu'elle nomme « Rep & Rev ») ne sont jamais de simples répétitions, mais des retours sur le passé qui le transforment subtilement, comme une réécriture de l'histoire afro-américaine à travers les mots eux-mêmes.
Sources primaires
I'm not writing history plays. I'm writing Family Plays. […] The re-membering—and the un-membering—of history is central to my work. By 'Rep & Rev' I mean Repetition and Revision, a theatrical, musical and literary device which I use to create form and content in my plays.
Lincoln: Some days I go in there and the line is all the way out the door and down the street. Customers waiting. All of them wanting to take a shot at me. […] Booth: You enjoy it. Lincoln: Nope.
History is time that won't quit. And for Black Americans, history is not something you learned in a book; it's something that's in your blood, your body. My plays are about how we carry that history and what we do with it.
Every day I sat down and wrote a play. […] Some days it was the best thing in my life. Some days it was the hardest thing. […] The work made me feel connected to something larger than myself.
Lieux clés
Lieu de naissance de Suzan-Lori Parks, cette base militaire incarne dès l'enfance son rapport au déracinement et à l'Amérique institutionnelle. Elle y naît en 1963 dans une famille marquée par la discipline et le service.
C'est dans cette université féminine prestigieuse que Parks suit les cours de James Baldwin, qui l'oriente décisivement vers le théâtre. Ce lieu est le berceau de sa vocation de dramaturge.
Parks s'installe à New York après ses études et y développe sa carrière dans les scènes Off-Broadway et à Broadway. La ville est le centre de sa vie professionnelle et le lieu de création de la plupart de ses pièces.
Parks y crée « Venus » en 1996, dans l'une des institutions théâtrales les plus importantes des États-Unis. Yale est aussi un lieu où elle enseigne et où son œuvre est régulièrement présentée.
Parks passe une partie de son enfance en Allemagne, où son père est stationné. Cette expérience de l'étranger, hors du contexte racial américain, forge son regard décalé sur l'identité afro-américaine.
Objets typiques

Parks est connue pour sa discipline d'écriture quotidienne rigoureuse — illustrée par son défi des 365 pièces en 365 jours. Son outil d'écriture est l'instrument central de sa pratique artistique, présent à chaque aube de sa journée de travail.

Parks pense ses pièces comme des partitions : elle note les « spells » (silences) et les variations rythmiques avec la précision d'une compositrice. La notation musicale est une métaphore structurante de toute son œuvre dramatique.

Dans « Topdog/Underdog », le jeu de bonneteau (three-card monte) est l'objet central autour duquel se joue toute la tension entre les deux personnages. Les cartes symbolisent le destin, la tromperie et la compétition fraternelle.

Parks puise abondamment dans la tradition biblique et dans les œuvres de Nathaniel Hawthorne, Harriet Beecher Stowe ou Toni Morrison. Ces livres sont présents dans ses références constantes et dans les relectures critiques qui fondent son écriture.

Parks est également musicienne et chanteuse ; elle se produit avec son groupe sur scène. La musique n'est pas séparée de son théâtre : elle compose parfois des chansons qui s'intègrent directement dans ses pièces.

Fille d'un militaire de carrière ayant vécu en Allemagne et dans de nombreuses bases américaines, Parks a grandi dans une culture du déplacement. Le passeport symbolise cette identité nomade qui nourrit son questionnement sur l'appartenance et les racines.
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Vie quotidienne
Matin
Suzan-Lori Parks commence sa journée très tôt, souvent avant l'aube, pour écrire dans le silence. Cette discipline matinale, qu'elle a expliquée dans plusieurs interviews, est au cœur de sa pratique : elle s'installe à son bureau et écrit sans attendre l'inspiration, convainquant que la régularité est la mère de la création.
Après-midi
L'après-midi est souvent consacré aux répétitions, aux rencontres avec les metteurs en scène et aux allers-retours entre texte et plateau. Lorsqu'elle enseigne — notamment à la Tisch School of the Arts de NYU — elle donne ses cours l'après-midi et s'y implique personnellement dans la formation des jeunes dramaturges.
Soir
Parks participe fréquemment le soir aux lectures publiques, premières de spectacles ou performances musicales — elle est aussi musicienne et se produit avec son groupe. La vie nocturne new-yorkaise, faite de théâtre expérimental et de concerts, nourrit son univers artistique.
Alimentation
Vivant à New York dans un contexte urbain cosmopolite de la fin du XXe siècle, Parks a accès à une alimentation variée, influencée par les cuisines afro-américaines du Sud (soul food) et les habitudes new-yorkaises. Elle ne fait pas état de régimes particuliers dans ses interviews publiques.
Vêtements
Parks adopte un style personnel affirmé, souvent coloré et expressif, cohérent avec son identité artistique. Elle ne suit pas les codes vestimentaires académiques classiques et revendique une esthétique qui mêle influences afro-américaines contemporaines et liberté créatrice.
Habitat
Elle vit et travaille principalement à New York, dans des appartements ou maisons de ville typiques de la vie new-yorkaise d'une artiste établie. Son environnement de travail est décrit comme personnel et chargé de livres, de partitions et de matériaux de création.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Imperceptible Mutabilities in the Third Kingdom
1989
The America Play
1993
In the Blood
1999
Topdog/Underdog
2001
365 Days/365 Plays
2002-2003
Father Comes Home from the Wars (Parts 1, 2 & 3)
2014






