Tamar de Géorgie(1166 — 1213)

Tamar Ire

royaume de Géorgie

8 min de lecture

PolitiqueMilitaireCultureMonarqueMoyen ÂgeGéorgie médiévale aux XIIe-XIIIe siècles, à l'intersection des mondes byzantin, perso-islamique et chrétien oriental

Reine de Géorgie (1184-1213), première femme à régner seule sur ce royaume caucasien. Son règne marque l'âge d'or géorgien : expansion territoriale, essor culturel et religieux, et victoires militaires décisives contre les Seldjoukides.

Faits marquants

  • Vers 1160 : naissance, fille du roi Georges III de Géorgie
  • 1178 : associée au trône comme co-régente par son père
  • 1184 : accède seule au pouvoir après la mort de Georges III, première reine régnante de Géorgie
  • 1195 : victoire décisive de Basian contre le sultanat de Roum, consacrant la puissance géorgienne
  • 1204 : soutient la fondation de l'Empire de Trébizonde, étendant l'influence géorgienne en Anatolie

Œuvres & réalisations

Expansion territoriale du royaume de Géorgie (1184-1213)

Sous Tamar, la Géorgie triple quasiment son territoire, intégrant une grande partie du Caucase, de l'Arménie et de régions de l'actuelle Turquie et de l'Azerbaïdjan. Ce processus repose sur des victoires militaires mais aussi sur des alliances diplomatiques habiles.

Soutien à la fondation de l'Empire de Trébizonde (1204)

Tamar finança et appuya militairement les princes Alexis et David Comnène pour fonder un État chrétien sur la côte pontique après la chute de Constantinople. Cet empire Byzantine en miniature survécut jusqu'en 1461.

Aménagement et dotation du monastère rupestre de Vardzia (1185-1203)

Tamar fit achever et enrichir ce complexe monumental de plus de cinq cents pièces creusées dans la roche, comprenant une église, des cellules monastiques et des réservoirs d'eau. Une fresque la représentant est encore visible aujourd'hui.

Mécénat littéraire et culturel — patronage de Roustavéli (Vers 1200-1210)

La cour de Tamar attira les plus grands lettrés et poètes géorgiens. Son mécénat permit à Chota Roustavéli de composer 'Le Chevalier à la peau de panthère', qui reste l'œuvre maîtresse de la littérature géorgienne classique.

Réforme administrative et judiciaire du royaume (1184-1213)

Tamar développa un appareil d'État organisé autour du Darbazi (conseil royal), avec des ministres spécialisés. Elle renforça la justice royale et limita les abus de certains grands nobles, contribuant à l'unification et à la stabilité intérieure.

Anecdotes

À la mort de son père le roi Georges III en 1184, Tamar hérite du trône de Géorgie. Une partie de la noblesse (les aznauri) refuse d'obéir à une femme et tente de lui imposer un conseil de régence. Tamar déjoue ces manœuvres politiques avec habileté, s'impose comme souveraine à part entière et convoque un grand concile à Lorthkhis pour asseoir son autorité. Son règne durera près de trente ans.

En 1185, sous pression de ses nobles, Tamar accepte d'épouser le prince russe Iouri Bogolioubski. Rapidement, ce dernier se révèle cruel et ivrogne ; les chroniques géorgiennes attestent qu'il fut répudié par Tamar vers 1187 et exilé hors du royaume. Ce divorce, rarissime pour une reine médiévale, témoigne de l'autorité réelle qu'elle exerçait sur sa cour.

En 1195, l'armée géorgienne remporte la bataille de Chamkor face aux Eldiguzides d'Azerbaïdjan. Selon les chroniques, une grande quantité de butin est ramenée à Tbilissi et Tamar en distribue une large part aux monastères et aux pauvres, refusant d'en garder pour elle-même. Cette victoire ouvre à la Géorgie l'accès au sud du Caucase.

Le grand poète géorgien Chota Roustavéli dédie à Tamar son épopée 'Le Chevalier à la peau de panthère' (Vepkhistkaosani), chef-d'œuvre de la littérature géorgienne médiévale. Ce poème, qui célèbre la chevalerie, l'amour courtois et la générosité, est encore aujourd'hui considéré comme le texte fondateur de l'identité culturelle géorgienne.

Après la chute de Constantinople lors de la quatrième croisade en 1204, Tamar soutint militairement et financièrement Alexis et David Comnène, princes byzantins réfugiés à sa cour, pour fonder l'Empire de Trébizonde sur les rives de la mer Noire. Ce nouvel État chrétien d'Orient survivra deux siècles et demi, jusqu'en 1461.

Sources primaires

Kartlis Tskhovreba (La Vie de la Géorgie) (XIIe-XIIIe siècle (compilé et enrichi jusqu'au XVe siècle))
Et Tamar, reine des rois, protectrice des chrétiens, lumière et gloire des Kartvéliens, triompha de ses ennemis par la force de Dieu et gouverna son royaume dans la paix et la prospérité.
Tamariani (L'Éloge de Tamar), par Ioane Chavtéli (Vers 1210)
Que sa gloire s'étende comme le soleil du levant au couchant ; elle est reine sur les rois, et sa sagesse surpasse celle de Salomon.
Vepkhistkaosani (Le Chevalier à la peau de panthère), par Chota Roustavéli — dédicace (Fin XIIe – début XIIIe siècle)
À elle, semblable au soleil, dont le regard fait fondre le cœur comme cire, à Tamar la reine, ce chant est offert avec dévotion.
Chartes royales de Tamar (conservées aux Archives nationales de Géorgie) (1184-1213)
Moi, Tamar, par la grâce de Dieu reine d'Abkhazie, de Karthlie, de Ranie, des Kakhétiens et des Arméniens, Chaahinchah de l'Iran et des non-Iraniens, souveraine de l'Orient et de l'Occident…
Chronique arménienne de Mkhitar Goch (Vers 1200-1213)
La reine Tamar était d'une piété exemplaire et montrait une grande bienveillance envers le peuple arménien qui vivait dans ses terres ; elle fit rebâtir plusieurs monastères et protégea les chrétiens de toutes nations.

Lieux clés

Tbilissi

Capitale du royaume de Géorgie depuis David IV, Tbilissi était le centre politique et administratif du règne de Tamar. C'est depuis le palais royal que la reine recevait les ambassadeurs, rendait la justice et organisait ses campagnes militaires.

Vardzia

Immense monastère rupestre creusé dans la falaise volcanique de la vallée de Mtkvari (Kura), aménagé sous l'impulsion de Tamar à partir des travaux entrepris par son père. La reine s'y retira parfois pour prier, et une célèbre fresque contemporaine la représente dans ce lieu.

Mtskheta

Ancienne capitale et ville sainte de la Géorgie, siège du Catholicos (chef de l'Église orthodoxe géorgienne). Tamar y fut couronnée et les grandes décisions religieuses de son règne y furent annoncées.

Monastère de Gélati

Fondé par David IV le Bâtisseur, ce monastère-académie près de Koutaïssi était le principal foyer intellectuel du royaume. Tamar le dota richement et y envoya des élèves ; il est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Basiani (plaine de Basian)

Site de la grande victoire militaire de 1203 contre le sultan seldjoukide Rukn al-Din Suleiman Shah, dans l'actuelle Turquie orientale. Cette bataille marqua l'apogée de la puissance militaire géorgienne sous Tamar.

Chamkor (Shamkir)

Ville de l'actuel Azerbaïdjan, théâtre de la victoire de 1195 contre l'atabeg Abu Bakr. Les chroniques rapportent que les cloches de l'église sonnèrent à Tbilissi pendant trois jours pour célébrer cette victoire.

Voir aussi