Thomas Sankara(1949 — 1987)

Thomas Sankara

Burkina Faso, République de Haute-Volta

6 min de lecture

PolitiqueMilitaireXXe siècleAfrique post-coloniale et guerre froide, dans le contexte des luttes anti-impérialistes des années 1980

Officier et révolutionnaire burkinabè, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Figure du panafricanisme et de l'anti-impérialisme, il rebaptise la Haute-Volta « Burkina Faso » (« pays des hommes intègres ») et mène des réformes radicales avant d'être assassiné lors d'un coup d'État.

Questions fréquentes

Thomas Sankara, né en 1949 à Yako (Haute-Volta) et mort assassiné en 1987 à Ouagadougou, est un officier et révolutionnaire burkinabè. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'en seulement quatre ans de pouvoir (1983-1987), il a transformé l'ancienne colonie française de Haute-Volta en Burkina Faso (« pays des hommes intègres ») et mené des réformes radicales : vaccination de millions d'enfants, reboisement, droits des femmes, alphabétisation. Sa vision panafricaniste et anti-impérialiste, notamment son refus de payer la dette du tiers-monde, en fait un symbole mondial de la lutte pour la dignité et l'indépendance des peuples.

Citations célèbres

« L'esclave qui n'est pas capable d'assumer sa révolte ne mérite pas que l'on s'apitoie sur son sort.»
« La dette ne peut pas être remboursée, parce que d'abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c'est nous qui allons mourir.»
« Osons inventer l'avenir.»

Faits marquants

  • 1983 : accède au pouvoir au Burkina Faso (Haute-Volta) à la suite d'un coup d'État.
  • 1984 : rebaptise la Haute-Volta en « Burkina Faso » (« pays des hommes intègres »).
  • 1985-1987 : campagnes de vaccination, d'alphabétisation, de reforestation et émancipation des femmes.
  • 1987 : assassiné le 15 octobre lors d'un coup d'État qui porte au pouvoir Blaise Compaoré.
  • Surnommé le « Che Guevara africain » pour son engagement révolutionnaire et anti-impérialiste.

Œuvres & réalisations

Renommage en « Burkina Faso » (1984)

Transformation de la Haute-Valta coloniale en « pays des hommes intègres », avec un nouveau drapeau et un nouvel hymne, pour affirmer l'identité et la dignité nationales.

Campagne de vaccination « commando » (1984)

Vaccination de plus de deux millions d'enfants contre la rougeole, la fièvre jaune et la méningite en quelques semaines, saluée par l'OMS.

Programmes de reboisement contre la désertification (1985)

Plantation de millions d'arbres pour freiner l'avancée du Sahara et protéger les sols du Sahel, exemple précoce d'écologie politique.

Réforme agraire et nationalisation des terres (1984)

Redistribution des terres aux paysans pour augmenter la production agricole et viser l'autosuffisance alimentaire du pays.

Programmes pour les droits des femmes (1983-1987)

Interdiction de l'excision et des mariages forcés, accès des femmes à l'éducation et à des postes de pouvoir, pionnier en Afrique.

Hymne national « Une seule nuit » (Ditanyè) (1984)

Hymne composé par Sankara lui-même, célébrant la révolution et l'unité du peuple burkinabè.

Campagne d'alphabétisation (1986)

Vaste programme pour apprendre à lire et écrire aux populations rurales dans plusieurs langues nationales.

Construction de logements, écoles et dispensaires (1985-1987)

Opération « cités » et chantiers communautaires pour loger, soigner et scolariser les habitants à moindre coût.

Anecdotes

En arrivant au pouvoir, Sankara vend la flotte de Mercedes des ministres et impose comme voiture officielle la Renault 5, la moins chère du pays à l'époque. Il veut montrer que les dirigeants doivent vivre simplement, comme le peuple.

Excellent guitariste, Sankara a composé lui-même le nouvel hymne national du Burkina Faso, « Une seule nuit » (le Ditanyè). Avant la politique, il jouait dans un groupe de musique et restait passionné de guitare et de moto.

En 1987, à la tribune de l'Organisation de l'unité africaine à Addis-Abeba, Sankara prononce un discours retentissant appelant les pays africains à former un front uni pour refuser de payer la dette : « Si nous ne payons pas, nos bailleurs ne mourront pas. Si nous payons, c'est nous qui allons mourir. »

Sankara lance de vastes campagnes de vaccination et fait planter des millions d'arbres pour lutter contre l'avancée du désert (le Sahel). En quelques semaines, plus de deux millions d'enfants sont vaccinés contre la rougeole, la fièvre jaune et la méningite.

Féministe convaincu, il instaure une « journée du marché des hommes » où les maris devaient faire les courses et la cuisine pour comprendre le travail quotidien des femmes. Il nomme aussi des femmes à des postes de responsabilité, ce qui est rare en Afrique à cette époque.

Sources primaires

Discours sur la dette, sommet de l'OUA, Addis-Abeba (29 juillet 1987)
La dette ne peut pas être remboursée, d'abord parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c'est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également.
Discours d'orientation politique (DOP) (2 octobre 1983)
Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s'inspire aussi de l'ensemble des expériences des hommes depuis le premier souffle de l'humanité.
Discours « La libération de la femme : une exigence du futur » (8 mars 1987)
La révolution et l'émancipation des femmes vont de pair. Nous ne faisons pas de l'émancipation des femmes un acte de charité ou un élan de compassion humaine.
Discours à l'Assemblée générale des Nations unies (4 octobre 1984)
Je ne viens pas ici développer une doctrine. Je m'exprime au nom du peuple burkinabè, au nom de ces hommes intègres dont mon pays compte des millions.

Lieux clés

Yako (Haute-Volta)

Ville où naît Thomas Sankara en 1949, dans le centre-nord de l'actuel Burkina Faso.

Ouagadougou

Capitale du Burkina Faso où Sankara dirige le pays et conduit ses réformes. C'est aussi le lieu de son assassinat en 1987.

Conseil de l'Entente (Ouagadougou)

Bâtiment où Sankara et ses compagnons sont abattus le 15 octobre 1987 lors du coup d'État. Devenu un lieu de mémoire.

Antsirabe (Madagascar)

Ville où Sankara suit une formation militaire et découvre les idées révolutionnaires lors des soulèvements de 1972.

Addis-Abeba (Éthiopie)

Siège de l'Organisation de l'unité africaine où Sankara prononce en 1987 son célèbre discours sur la dette.

Mémorial Thomas Sankara (Ouagadougou)

Mémorial érigé sur le lieu de son assassinat pour honorer sa mémoire et celle de ses compagnons.

Voir aussi