Tzu-Hsi (Cixi)

Cixi (Tzu-Hsi), impératrice douairière de Chine

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PolitiqueXIXe siècleChine impériale finissante, XIXe–début XXe siècle, sous la dynastie Qing

Cixi fut la véritable dirigeante de la Chine impériale pendant près de cinquante ans, d'abord comme régente puis comme détentrice du pouvoir réel. Issue d'un rang modeste, elle s'imposa à la cour des Qing et influença profondément le destin de la Chine face à l'impérialisme occidental.

Citations célèbres

« Mieux vaut régner que servir. »
« Je n'ai jamais voulu que le pouvoir, et maintenant que je l'ai, je dois l'exercer seule. »

Faits marquants

  • 1835 : Naissance de Cixi dans une famille mandchoue de rang modeste
  • 1861 : Devient régente à la mort de l'empereur Xianfeng, aux côtés de l'impératrice Ci'an
  • 1898 : Met fin aux Cent Jours de réformes de l'empereur Guangxu et le fait arrêter
  • 1900 : Soutien ambigu à la rébellion des Boxers, puis fuite de Pékin lors de l'intervention des Huit Nations
  • 1908 : Meurt le lendemain de l'empereur Guangxu, après avoir régné de fait sur la Chine pendant près de 50 ans

Œuvres & réalisations

Reconstruction du Palais d'Été (Yiheyuan) (1888-1895)

Cixi fit reconstruire le Palais d'Été détruit par les troupes franco-britanniques en 1860, en partie avec des fonds destinés à la marine impériale. Ce complexe est aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et reste l'un des plus beaux jardins impériaux du monde.

Coup d'État du 21 septembre 1898 et répression des Cent Jours (Septembre 1898)

Cixi reprit le contrôle total du gouvernement en annulant les réformes de l'empereur Guangxu, faisant exécuter six réformateurs et assignant l'empereur à résidence. Cet acte illustre sa maîtrise politique absolue et son refus d'une modernisation qui l'aurait marginalisée.

Nouvelles Politiques (Xinzheng, 新政) (1901-1908)

Après l'humiliation des Boxers, Cixi lança paradoxalement les réformes les plus ambitieuses de sa vie : abolition des examens impériaux en 1905, création d'écoles modernes, réforme judiciaire, ébauche d'une constitution. Trop tardives pour sauver la dynastie, elles transformèrent néanmoins durablement la société chinoise.

Peintures à l'encre : pivoines, wistérias, bambous (circa 1890-1908)

Cixi pratiquait quotidiennement la peinture dans le style traditionnel chinois et signait ses œuvres de son propre sceau impérial. Plusieurs de ses toiles sont conservées dans des musées américains et européens, où elles furent envoyées comme cadeaux diplomatiques.

Protocole d'ouverture diplomatique — réceptions des épouses d'ambassadeurs (1902)

Pour restaurer l'image de la Chine après le désastre des Boxers, Cixi organisa des réceptions officielles avec les épouses des ambassadeurs étrangers à la Cité interdite, rompant avec des siècles d'isolement protocolaire de la cour impériale.

Anecdotes

Née dans une famille mandchoue modeste, Yehe Nara fut sélectionnée comme concubine de l'empereur Xianfeng vers l'âge de seize ans. Son ascension fut accélérée par la naissance, en 1856, du seul fils mâle de l'empereur : à la mort de Xianfeng en 1861, elle s'imposa comme régente, contournant habilement les huit dignitaires désignés pour gouverner à sa place.

Passionnée d'opéra de Pékin, Cixi fit construire un théâtre somptueux de trois étages au Palais d'Été et n'hésitait pas à corriger les acteurs en pleine représentation lorsqu'une note ou un geste lui déplaisait. Elle s'identifiait volontiers à Guanyin, la déesse bouddhiste de la compassion, et se fit photographier en ses habits de déesse — une mise en scène totalement inédite pour une souveraine chinoise.

En 1898, l'empereur Guangxu tenta de moderniser la Chine en cent jours de réformes radicales. Cixi réagit avec une rapidité implacable : elle fit arrêter les réformateurs, en fit exécuter six — les 'Six Martyrs de Wuxu' — et plaça l'empereur sous résidence surveillée sur une île du lac impérial, où il demeura prisonnier jusqu'à sa mort, dix ans plus tard.

Lors de la prise de Pékin par les Huit Nations en août 1900, Cixi s'enfuit de la Cité interdite déguisée en paysanne mandchoue ordinaire, abandonnant pour la première fois de sa vie le palais qu'elle n'avait presque jamais quitté. Elle rejoignit Xi'an, à plus de 1 000 kilomètres, dans des chariots bâchés, traversant des provinces dévastées, avant de négocier à distance le Protocole Boxeur qui condamna la Chine à payer 450 millions de taëls d'argent.

Cixi mourut le 15 novembre 1908, un jour après l'empereur Guangxu, dont la mort soudaine à 37 ans reste suspecte : des analyses modernes ont révélé en 2008 des taux d'arsenic massifs dans ses cheveux, confirmant l'hypothèse d'un empoisonnement ordonné pour éviter qu'il ne reprenne le pouvoir. Ses dernières paroles, rapportées par les chroniques de cour, auraient été : 'Ne laissez plus jamais une femme gouverner la Chine.'

Sources primaires

Édit impérial de Cixi reprenant la régence (21 septembre 1898)
L'Impératrice Douairière reprend la conduite des affaires de l'État. L'Empereur, dont la santé est gravement altérée, Nous a supplié de gouverner en son nom. Nous obéissons à cet appel dans un esprit de dévouement envers la dynastie et le peuple.
Two Years in the Forbidden City, mémoires de la princesse Der Ling (Yu Rongling) (1911 (souvenirs de 1903-1905))
L'Impératrice Douairière était vêtue de soie jaune impériale brodée de dragons d'or, et portait une coiffure ornée de fleurs fraîches et de bijoux de jade vert. Son regard était perçant et son autorité naturelle s'imposait à tous sans qu'elle eût besoin d'élever la voix.
Correspondances de Robert Hart, directeur général des Douanes impériales chinoises (circa 1895)
La cour de Pékin est entièrement dominée par la volonté de l'Impératrice Douairière. Aucune décision importante ne se prend sans son accord. Elle possède une intelligence politique hors du commun et une capacité à manœuvrer entre les factions qui force l'admiration de quiconque suit les affaires chinoises.
Protocole Boxeur — Convention finale entre les puissances et la Chine (7 septembre 1901)
La Chine s'engage à payer une indemnité de quatre cent cinquante millions de taëls d'argent, payables en trente-neuf ans avec intérêts. Des fortifications seront érigées à Pékin pour la protection permanente des légations étrangères.
Mémoires du grand eunuque Li Lianying, rapportés par sa nièce adoptive (publiés en 1916)
Sa Majesté prenait chaque matin son pinceau avant toute audience. Elle peignait ses pivoines avec une assurance qui n'appartenait qu'à elle, et offrait les meilleures toiles aux ambassadeurs étrangers en signe de faveur impériale.

Lieux clés

Cité interdite (Zijin Cheng), Pékin

Palais impérial où Cixi résida et gouverna pendant la majeure partie de sa vie, présidant les audiences dans la salle de la Pureté Céleste. Elle y mourut le 15 novembre 1908, après un demi-siècle de pouvoir.

Palais d'Été (Yiheyuan), Pékin

Résidence estivale reconstruite par Cixi entre 1888 et 1895, en partie avec des fonds détournés de la marine impériale. Elle y passait plusieurs mois par an ; ce complexe de jardins et de pavillons autour d'un lac artificiel est aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Rehe (Chengde), Hebei

Résidence d'été impériale où l'empereur Xianfeng mourut en 1861. C'est là que Cixi organisa son coup d'État contre les huit régents désignés par le défunt, posant la première pierre de son ascension au pouvoir.

Xi'an, Shaanxi

Ville où Cixi se réfugia lors de la prise de Pékin par les forces internationales en 1900, vivant plus d'un an en exil avant de négocier le Protocole Boxeur et de regagner triomphalement la capitale en 1902.

Mausolée impérial de l'Est (Dongling), Hebei

Nécropole de la dynastie Qing où Cixi fut inhumée dans un tombeau somptueux qu'elle avait fait construire et décorer de son vivant. Le tombeau fut pillé par des soldats en 1928, et le corps de Cixi profané.

Voir aussi