Vita Sackville-West(1892 — 1962)

Vita Sackville-West

Royaume-Uni

9 min de lecture

LettresCultureÉcrivain(e)Poète(sse)XXe siècleAngleterre du XXe siècle, entre les deux guerres mondiales, époque du groupe de Bloomsbury

Écrivaine et poétesse britannique du XXe siècle, Vita Sackville-West est connue pour ses romans, sa poésie et ses jardins. Elle fut l'amie intime de Virginia Woolf, qui s'inspira d'elle pour le roman Orlando.

Faits marquants

  • Née le 9 mars 1892 à Knole, Kent, dans une famille aristocratique anglaise
  • Publie le long poème The Land en 1926, qui lui vaut le prix Hawthornden
  • Amie intime et inspiratrice de Virginia Woolf, qui publie Orlando en 1928 en lui rendant hommage
  • Crée avec son mari Harold Nicolson le célèbre jardin de Sissinghurst Castle à partir de 1930
  • Décède le 2 juin 1962 à Sissinghurst, Kent

Œuvres & réalisations

The Land (La Terre) (1926)

Long poème lyrique célébrant les saisons et la vie agricole du Kent, écrit dans la tradition géorgique anglaise. Il remporte le prix Hawthornden en 1927 et assoit la réputation de Vita comme l'une des plus grandes poétesses britanniques de son temps.

Passenger to Teheran (1926)

Récit de voyage en Perse lors des missions diplomatiques de Harold Nicolson. Vita y décrit avec sensibilité et humour un Orient qu'elle découvre pour la première fois, conjuguant observation culturelle et introspection personnelle.

The Edwardians (Les Édouardiens) (1930)

Roman autobiographique dépeignant la vie de l'aristocratie anglaise au début du XXe siècle, à travers le regard d'un jeune héritier dans un manoir rappelant Knole. Succès de librairie immédiat, vendu à plus de 30 000 exemplaires en quelques semaines.

All Passion Spent (Toute passion abolie) (1931)

Son roman le plus célébré : une veuve de 88 ans décide enfin de vivre pour elle-même après une vie de sacrifices aux convenances sociales. Considéré comme un plaidoyer féministe avant l'heure, il reste son œuvre romanesque la plus lue.

Le jardin de Sissinghurst Castle (1930-1962)

Création horticole magistrale conçue avec Harold Nicolson, organisée en 'chambres' thématiques dont la célèbre White Garden entièrement plantée en blanc. Considéré comme l'un des jardins les plus influents du XXe siècle en Angleterre.

Chroniques de jardinage dans The Observer (1946-1961)

Pendant quinze ans, Vita tient une chronique hebdomadaire de jardinage dans ce grand journal londonien. Ces textes, réunis en anthologies, restent une référence pour les jardiniers britanniques et témoignent de son érudition botanique.

Anecdotes

Vita Sackville-West fut le grand amour de Virginia Woolf, qui lui dédia en 1928 le roman Orlando, une histoire fantaisiste où un aristocrate traverse les siècles en changeant de sexe. Ce roman est considéré comme l'une des déclarations d'amour les plus originales de la littérature anglaise. Woolf le décrivait elle-même comme une 'fantaisie biographique' rendue possible par la personnalité hors norme de Vita.

Vita était l'héritière désignée de Knole, l'immense manoir familial du Kent comptant 365 pièces. Mais la loi anglaise de l'époque interdisait à une femme d'hériter d'un tel bien ; à la mort de son père en 1928, le château passa à un cousin. Cette injustice la hanta toute sa vie et inspira plusieurs de ses œuvres, notamment ses mémoires intimes.

En 1930, Vita et son mari Harold Nicolson achetèrent les ruines délabrées du château de Sissinghurst dans le Kent pour la somme de 12 375 livres sterling. Ce qu'elle créa sur ces terres dévastées devint l'un des jardins les plus célèbres du monde, désormais géré par le National Trust et visité par plus de 200 000 personnes chaque année.

Vita écrivait chaque matin dans une tour médiévale isolée du reste du château de Sissinghurst, à laquelle elle accédait par un escalier en colimaçon. Elle y rédigeait ses romans, poèmes et articles tout en veillant à ne pas être dérangée. Cette tour est devenue le symbole vivant de la chambre 'à soi' que réclamait Virginia Woolf pour permettre aux femmes de créer librement.

Le mariage de Vita avec le diplomate Harold Nicolson était fondé sur un accord tacite de liberté mutuelle : chacun entretenait des relations avec des personnes du même sexe, tout en maintenant une profonde amitié et complicité intellectuelle. Leur fils Nigel Nicolson révéla cette vérité dans Portrait d'un mariage (1973), ouvrage composé à partir des propres mémoires de sa mère, provoquant un scandale et une admiration mêlés.

Sources primaires

Lettres de Virginia Woolf à Vita Sackville-West (1926-1935)
« Vous avez la qualité que je préfère à toutes les autres : vous êtes entière. Jamais divisée, jamais hésitante — vous êtes Vita, et cela suffit à tout expliquer. »
Portrait d'un mariage — mémoires de Vita Sackville-West (rédigé vers 1920, publié en 1973 par Nigel Nicolson)
« Je suis une créature de contradictions : j'aime la solitude et la compagnie, la campagne et la ville, les hommes et les femmes. C'est ce que je suis, et je ne cherche plus à m'en excuser. »
The Land (La Terre) — poème de Vita Sackville-West (1926)
« C'est une vieille relation, celle de l'homme avec la terre, qui remonte aux premiers labours, quand les dieux n'étaient pas encore oubliés et que les saisons commandaient entièrement la vie. »
Chroniques de jardinage dans The Observer (1946-1961)
« Le jardin est le seul endroit où le temps s'arrête vraiment : on plante pour dans dix ans, on arrose pour demain, on observe pour aujourd'hui. »
Correspondance Vita Sackville-West — Harold Nicolson (1913-1962)
« Notre mariage a résisté à tout, non pas parce qu'il était ordinaire, mais précisément parce qu'il ne l'était pas. Nous avons choisi la liberté et la vérité plutôt que les conventions. »

Lieux clés

Knole House, Sevenoaks, Kent

Immense manoir Tudor de 365 pièces où Vita est née et a grandi. Elle en fut exclue à la mort de son père en raison de son sexe, ce qui marqua profondément son œuvre et son rapport à l'identité et à l'injustice.

Sissinghurst Castle, Kent

Ruines médiévales rachetées en 1930 par Vita et Harold Nicolson, transformées en l'un des jardins les plus célèbres d'Angleterre. La tour médiévale servit de bureau d'écriture à Vita jusqu'à sa mort et reste son lieu de vie le plus emblématique.

Bloomsbury, Londres

Quartier londonien où se réunissait le Bloomsbury Group, le cercle intellectuel auquel appartenaient Virginia Woolf, John Maynard Keynes et E. M. Forster. Vita y fréquentait régulièrement ses amis écrivains et y noua sa relation avec Woolf.

Long Barn, Weald, Kent

Première résidence de Vita et Harold après leur mariage, où ils vécurent de 1915 à 1930 et créèrent leur premier jardin avant de s'installer à Sissinghurst. C'est là que débuta sa passion pour l'horticulture.

Téhéran, Perse (Iran actuel)

Vita suivit Harold lors de ses missions diplomatiques en Perse dans les années 1920, expérience qui inspira son récit Passenger to Teheran (1926) et lui ouvrit une vision du monde au-delà de l'aristocratie anglaise.

Voir aussi