Xuanzang

Xuanzang

602 — 664

dynastie Sui, dynastie Tang

SpiritualitéExplorationLettresMoyen ÂgeChine de la dynastie Tang, époque d'ouverture sur le monde et de rayonnement culturel

Moine bouddhiste chinois du VIIe siècle, il entreprit un périple de dix-sept ans jusqu'en Inde pour collecter des textes sacrés. Il traduisit en chinois des centaines de soutras et contribua à l'essor du bouddhisme en Chine.

Faits marquants

  • Né vers 602 en Chine, il entre dans les ordres bouddhistes très jeune
  • En 629, il quitte la Chine sans autorisation impériale pour rejoindre l'Inde
  • Il séjourne dix-sept ans en Inde, notamment à l'université de Nalanda
  • Il rapporte en 645 plus de 650 textes bouddhistes en sanskrit
  • Il traduit 74 ouvrages en chinois, dont le célèbre Cœur du sutra

Œuvres & réalisations

Grande Relation sur les Contrées d'Occident de la Grande Tang (大唐西域記) (646)

Récit géographique, ethnographique et religieux en douze volumes couvrant 128 royaumes traversés, rédigé à la demande de l'Empereur Tang Taizong. Source primaire unique sur l'Asie centrale et l'Inde du VIIe siècle, encore utilisée par les archéologues pour localiser des sites bouddhistes disparus.

Traduction du Sūtra du Cœur (般若波羅蜜多心經) (649)

Version chinoise en 260 caractères du texte le plus bref et le plus récité du bouddhisme mahāyāna. La traduction de Xuanzang, d'une précision et d'une beauté inégalées, est encore aujourd'hui la version canonique récitée dans les temples de Chine, du Japon, de Corée et du Vietnam.

Traduction du Mahāvibhāṣā Śāstra (阿毘達磨大毘婆沙論) (656-659)

Encyclopédie philosophique bouddhiste monumentale en 200 fascicules, texte fondamental de l'école Sarvāstivāda. Cette traduction représenta plusieurs années de travail intense et fut décisive dans la transmission de la philosophie Abhidharma en Asie orientale.

Biographie du Maître des Trois Corbeilles (大唐大慈恩寺三藏法師傳) — rédigée par Huili et Yancong (688)

Hagiographie en dix volumes retraçant la vie de Xuanzang depuis son enfance jusqu'à sa mort. Premier récit mêlant événements historiques et éléments miraculeux, elle pose les fondations de la légende qui donnera naissance au Voyage en Occident.

Le Voyage en Occident (西遊記, Xīyóujì) — Wu Cheng'en (vers 1592)

Roman classique en cent chapitres dans lequel Xuanzang (Tang Sanzang) est le pèlerin protégé par Sun Wukong le Roi des Singes, Zhu Bajie et Sha Wujing. L'une des quatre grandes œuvres classiques de la littérature chinoise, inspiratrice de milliers d'adaptations jusqu'à nos jours.

Anecdotes

Dans la tradition du roman 'Le Voyage en Occident', Xuanzang n'est pas un simple moine mais la réincarnation d'un Criquet d'or, disciple du Bouddha dans une vie antérieure. Banni du Paradis de l'Ouest pour avoir manqué de respect lors d'un sermon, il devait se réincarner dix fois sur Terre avant de mériter d'y retourner — une destinée cosmique qui explique l'acharnement des démons à vouloir dévorer sa chair immortelle.

Selon la légende, la Bodhisattva Guanyin fut chargée de trouver des disciples protecteurs pour le moine. C'est ainsi que Sun Wukong le Roi des Singes, emprisonné sous une montagne depuis cinq cents ans, fut libéré pour escorter le saint pèlerin en échange de sa rédemption — un pacte scellé par la pose d'un diadème d'or sur la tête du singe, que le moine pouvait resserrer douloureusement par un sort en cas de désobéissance.

Historiquement, le vrai Xuanzang quitta Chang'an en 629 de manière clandestine, l'Empereur Tang Taizong ayant refusé de lui accorder l'autorisation de voyager. Il traversa seul le désert du Gobi, faillit mourir de soif, et n'avança que guidé par les étoiles et les ossements des voyageurs précédents. À son retour en 645, l'Empereur, impressionné, lui offrit une escorte triomphale et lui demanda d'écrire le récit de son voyage.

La légende des Montagnes Flamboyantes illustre les épreuves surnaturelles du périple : un brasier éternel, créé par la chute d'une braise du Fourneau du Vieux Sage Taoïste lors de la cuisson du singe rebelle, barrait la route vers l'Occident. Seul l'Éventail de Feuille de Bananier, détenu par la Princesse de Fer, pouvait éteindre les flammes. Cette épreuve symbolise dans la tradition bouddhiste les passions ardentes que le pratiquant doit maîtriser.

À son retour à Chang'an, Xuanzang rapporta 657 textes sacrés, 150 reliques et plusieurs statues. Il passa les dix-neuf dernières années de sa vie à la Pagode de l'Oie Sauvage à traduire ces textes avec une équipe de plusieurs dizaines de moines. Sa traduction du Sūtra du Cœur en à peine 260 caractères chinois est encore récitée quotidiennement dans les temples bouddhistes du monde entier.

Sources primaires

Grande Relation sur les Contrées d'Occident de la Grande Tang (大唐西域記, Dàtáng Xīyùjì) (646)
« Au nord des Sables Mouvants, la route serpente entre des montagnes couvertes de neige éternelle. Les voyageurs qui s'y aventurent trouvent la mort par le froid ou sont dévorés par des dragons. »
Biographie du Maître des Trois Corbeilles (大唐大慈恩寺三藏法師傳) — Huili et Yancong (688)
« Le Maître de la Loi, brûlant du désir d'aller chercher les textes authentiques en Inde, supporta la chaleur et le froid, franchit des montagnes et des rivières, et porta ses pas vers l'Occident pendant dix-sept ans. »
Le Voyage en Occident (西遊記, Xīyóujì) — Wu Cheng'en (vers 1592)
« Le Bouddha dit : 'J'ai trois corbeilles de sūtras que je veux envoyer vers la Terre de l'Est. Qui ira les porter ?' La Bodhisattva Guanyin s'inclina : 'Votre disciple se rendra en Terre de Tang pour trouver un pèlerin digne de cette mission.' »
Sūtra du Cœur (般若波羅蜜多心經) — traduction de Xuanzang (649)
« Le Bodhisattva Avalokiteśvara, pratiquant la profonde Prajñāpāramitā, perçut clairement que les cinq agrégats sont tous vides, et se libéra ainsi de toute souffrance et de tout mal. »
Chroniques des Tang (舊唐書, Jiù Táng Shū) — Liu Xu (945)
« Xuanzang revint au quatorzième mois de la dix-neuvième année de Zhenguan. Il avait parcouru cent-vingt-huit royaumes et rapporté avec lui six cent cinquante-sept volumes de sūtras. »

Lieux clés

Chang'an (Cháng'ān) — capitale Tang, aujourd'hui Xi'an

Métropole cosmopolite de deux millions d'habitants et carrefour de la Route de la Soie, où Xuanzang débuta et acheva son voyage. Il y passa ses dernières années à la Pagode de l'Oie Sauvage, traduisant les textes rapportés d'Inde.

Université de Nalanda — Bihar, Inde

Plus grand centre d'enseignement bouddhiste du monde antique, accueillant jusqu'à dix mille moines ; Xuanzang y séjourna plusieurs années et y débattit avec les plus grands maîtres de la philosophie indienne.

Les Montagnes Flamboyantes (Huǒyàn Shān 火焰山) — Turpan, Xinjiang

Dans la réalité, les collines rouge ocre de Turpan atteignent 70°C au sol en été. Dans le roman légendaire, elles constituent une barrière de feu surnaturelle, épreuve redoutable symbolisant les passions qu'il faut éteindre pour progresser.

Lingshan (Lǐngshān 靈山) — Montagne du Vautour, Rajgir, Inde

Colline sacrée du Bihar d'où le Bouddha Shakyamuni prêcha de nombreux sūtras, et destination ultime du pèlerinage. Dans le roman légendaire, c'est le Paradis de l'Ouest, royaume céleste où les pèlerins reçoivent les textes sacrés.

Désert de Taklamakan — Xinjiang, Chine

Immensité aride de 337 000 km² dont le nom signifie 'celui qui entre n'en ressort pas'. Xuanzang le traversa seul guidé par les étoiles et les ossements des caravanes précédentes ; dans la tradition légendaire, ce désert est peuplé de démons et de créatures surnaturelles.

Pagode de l'Oie Sauvage (Dàyàn Tǎ 大雁塔) — Xi'an

Tour bouddhiste de sept étages construite sur initiative de Xuanzang pour conserver les textes et reliques d'Inde. Monument toujours debout à Xi'an, classé au patrimoine mondial, symbole du rayonnement bouddhiste sous les Tang.

Voir aussi