Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Professeur Choron

par Charactorium · Professeur Choron (1929 — 2005) · Spectacle · Société · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Fin des années 1970, quelque part dans un bistrot parisien enfumé, non loin de la rédaction. Georges Bernier — le Professeur Choron — commande un verre, le cigare déjà fiché au coin des lèvres, et accepte de parler à condition qu'on ne le prenne pas trop au sérieux. Voici ce qu'il en dit.

Commençons par le nom. D'où vient ce « Professeur Choron » ?

Ah, le mystère, mon vieux, il faut l'entretenir comme un bon cigare ! On raconte que je viendrais d'un Choron-sur-Mer, quelque part au bord de la Manche — foutaises. La vérité est bien plus prosaïque : le nom vient tout bêtement de la rue Choron, à Paris, où traînait la rédaction. Mais avouez qu'un professeur né dans une petite ville de bord de mer, ça a plus de gueule qu'un type qui a piqué le nom d'une plaque de rue ! Je suis né à Beaulieu, dans la Nièvre, en 1929, et croyez-moi, personne n'a jamais rien professé là-bas. Le personnage, ça se fabrique. Un bon pseudonyme, c'est déjà une provocation : ça oblige les gens à se demander qui vous êtes vraiment.

Le mystère, mon vieux, il faut l'entretenir comme un bon cigare.

En 1960, avec Cavanna, vous lancez Hara-Kiri. Quelle idée derrière ce journal ?

L'idée ? Foutre en l'air tout ce qui se prenait au sérieux. On a collé sur la couverture une devise qui résumait le programme : « Hara-Kiri, journal bête et méchant ». Les gens ont cru à une insulte ; c'était une déclaration d'amour au mauvais goût. Avec Cavanna, on voulait un canard qui rirait de tout, surtout de ce dont on ne rit pas. Le mensuel a démarré en 1960, et dès l'année suivante, les autorités nous interdisaient une première fois — la preuve qu'on tapait juste. Bête, parce qu'on refusait l'intelligence bien élevée. Méchant, parce que la gentillesse, c'est la mort de l'humour. On ne faisait pas dans la dentelle, on faisait dans le sang et le fou rire.

Bête, parce qu'on refusait l'intelligence bien élevée. Méchant, parce que la gentillesse, c'est la mort de l'humour.

Concrètement, comment se fabriquait un numéro à la rédaction ?

Le matin, j'arrivais tard — la nuit avait souvent été longue, ça vous étonne ? Alors on s'engueulait joyeusement sur les titres à venir, la fumée du cigare emplissant la pièce. L'après-midi, c'était le bouclage : la table de montage, les dessins qu'on choisissait, les textes qu'on tapait à la machine à écrire, et Cavanna qui râlait, et les dessinateurs qui hurlaient de rire. Un bon titre, ça se trouve à trois dans un nuage de tabac, en gueulant plus fort que le voisin. On ne calculait rien, on cherchait la baffe, la une qui ferait cracher son café au lecteur bourgeois. Le journalisme sérieux boucle dans l'angoisse ; nous, on bouclait dans le chahut. C'est ça, la fabrique du bête et méchant.

Un bon titre, ça se trouve à trois dans un nuage de tabac, en gueulant plus fort que le voisin.

Novembre 1970. Racontez-nous la fameuse une sur Colombey.

Ah, celle-là ! Le général de Gaulle venait de mourir, quelques jours après un incendie qui avait ravagé une discothèque et fait des dizaines de morts. Tout le pays pleurait le Grand Charles. Nous, à Hara-Kiri Hebdo, on a titré : « Bal tragique à Colombey — 1 mort ». Un seul, vous comprenez ? Le général. On mélangeait les deux deuils dans une seule phrase assassine. Le ministère de l'Intérieur nous a interdits dans la foulée, le 16 novembre 1970. Certains ont crié au sacrilège ; moi, j'ai trouvé qu'on n'avait jamais aussi bien travaillé. Une une qui tue son propre journal, c'est presque une œuvre d'art. On ne voulait pas manquer de respect au mort — on voulait rire de la France qui s'agenouille en rang d'oignons.

Une une qui tue son propre journal, c'est presque une œuvre d'art.
Vue large de la tombe du Professeur Choron
Vue large de la tombe du Professeur ChoronWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Nicolas Cornu

Comment contourne-t-on une interdiction ministérielle en quelques jours ?

On change de nom, pardi ! Interdire Hara-Kiri Hebdo, très bien : le lendemain, on ressort le même canard, la même équipe, la même méchanceté, sous une bannière neuve. On avait déjà lancé un mensuel de bandes dessinées baptisé d'après Charlie Brown, Charlie Mensuel, en 1969 — alors on a repris ce prénom, et voilà Charlie Hebdo, en 1970. La censure croit tuer une bête ; elle en fait naître une autre, plus vivace. Ce sont les autorités elles-mêmes qui ont accouché de Charlie, sans le vouloir, en essayant de nous étrangler. C'est la plus belle leçon que j'aie apprise : plus on veut faire taire un journal bête et méchant, plus on lui offre une seconde vie. On ne tue pas le rire avec un tampon administratif.

La censure croit tuer une bête ; elle en fait naître une autre, plus vivace.

Vous avez la réputation d'un provocateur sur les ondes. Qu'alliez-vous chercher dans le scandale ?

La tête des gens ! Rien ne me réjouit comme un bourgeois qui s'étrangle d'indignation. À la radio, à la télé, je débarquais mal rasé, débraillé, le cigare au bec, et je disais tout haut ce que la bienséance interdit. Le microphone, pour moi, c'était une arme : on tend un micro à un homme convenable, il ronronne ; on me le tend à moi, et ça explose. Certains m'adoraient pour ça, d'autres me haïssaient — les deux me convenaient. Fidèle à la devise « bête et méchant », je choquais volontairement, parce que le confort moral, ça m'a toujours donné de l'urticaire. Provoquer, ce n'est pas gratuit : c'est réveiller les endormis à coups de gueule.

On tend un micro à un homme convenable, il ronronne ; on me le tend à moi, et ça explose.
Professeur Choron en concert (1996)
Professeur Choron en concert (1996)Wikimedia Commons, CC0 — Didier Schaeffer (Aragondange)

Ce personnage débraillé, ce bon vivant des bistrots — c'est un masque ou c'est vous ?

Les deux, forcément, comme chez tous les cabotins ! Le soir, on me trouvait dans les cafés et bistrots de Paris, à refaire le monde entre deux verres, la voix qui monte, le rire qui gueule. J'aime la cuisine de bistrot, le vin, l'alcool — beaucoup d'alcool, disons-le — et le cigare pour couronner le repas. Le costume convenable, la cravate, les codes bourgeois, très peu pour moi : j'ai passé ma vie à les refuser. Est-ce un rôle ? Un peu. Mais un rôle qu'on tient jusqu'au bout finit par vous coller à la peau comme la fumée aux doigts. Le fêtard provocateur, ce n'était pas un déguisement du dimanche : c'était ma manière d'exister, à table comme en une.

Un rôle qu'on tient jusqu'au bout finit par vous coller à la peau comme la fumée aux doigts.

Les années passent, et l'équipe se déchire. Que s'est-il joué dans cette rupture ?

Ce qui se joue toujours entre gens qui ont trop ri ensemble : l'argent, l'orgueil, la fatigue. J'étais un homme d'affaires brouillon, je le reconnais — je savais foutre le feu à une couverture, pas tenir des comptes. Les dissensions avec Cavanna et les dessinateurs ont fini par tout emporter, et Charlie Hebdo s'est arrêté en 1981. Je me suis retrouvé seul à barrer un Hara-Kiri sur le déclin, comme un capitaine sur un rafiot qui prend l'eau. On fonde un journal à plusieurs, dans le fou rire ; on le perd chacun de son côté, dans l'aigreur. C'est peut-être la rançon du bête et méchant : à force de n'épargner personne, on finit par ne plus s'épargner entre soi.

On fonde un journal à plusieurs, dans le fou rire ; on le perd chacun de son côté, dans l'aigreur.

Si vous imaginez qu'on vous lira dans un demi-siècle, que restera-t-il du Professeur Choron ?

Pas grand-chose, probablement — et ça ne me déplaît pas. Je vois bien la pente : le journal m'échappe, les complices se relanceront un jour sans moi, et je finirai dans un coin, sans un sou, à peu près oublié. Le fondateur écarté de sa propre créature, c'est une vieille histoire. Mais si par hasard on me lit encore, qu'on retienne au moins ceci : à Paris, dans les années soixante, une bande de sales gosses a inventé une presse qui ne s'agenouillait devant rien, « bête et méchant », et ça a fait un boucan que les convenances n'ont pas fini d'entendre. Le reste — la gloire, l'argent, les statues —, je le laisse aux gens sérieux. Moi, j'aurai fait rire aux mauvais endroits.

Moi, j'aurai fait rire aux mauvais endroits.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Professeur Choron. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.