Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Roger Blachon

par Charactorium · Roger Blachon (1941 — 2008) · Arts visuels · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Nous avons poussé la porte d'un atelier baigné de lumière, quelque part entre la vallée du Rhône et une table à dessin encombrée de godets d'aquarelle. Roger Blachon, crayon derrière l'oreille et sourire en coin, s'apprête à parler de ces foules de papier où se cache toujours un petit bonhomme qui fait rire. Rencontre imaginaire avec un virtuose du dessin d'humour.

Vous êtes né à Romans-sur-Isère en pleine guerre. Que reste-t-il de cette Drôme dans votre travail ?

Je suis un enfant de Romans, la ville de la chaussure, née dans la Drôme en 1941, quand le pays comptait ses cartes de rationnement. On croit qu'un dessinateur d'humour vient forcément du bitume parisien ; moi je viens d'une région où l'on prend le temps de regarder les gens, de moquer gentiment le voisin sans jamais lui vouloir de mal. C'est de là que vient mon rire, je crois : un rire du terroir, un rire de table partagée, qui se moque des petites faiblesses ordinaires plutôt que d'enfoncer qui que ce soit. Je suis resté attaché à cette vallée du Rhône, à ses paysages presque provençaux, comme on reste fidèle à un accent. Quand je croque un bonhomme rond au nez trop grand, il y a toujours un peu de mes concitoyens dedans.

Mon rire vient de la table partagée : il se moque des petites faiblesses, jamais il n'enfonce.

Vos scènes de foule regorgent de centaines de personnages. Comment naît un tel fourmillement ?

Tout commence au crayon à papier, avec la gomme jamais loin. Je pose d'abord la grande architecture de la scène, puis je descends dans la foule, un bonhomme après l'autre, comme un chef de gare qui appellerait chaque voyageur par son prénom. Chacun doit avoir son affaire à lui : celui-ci a raté son train, celui-là perd son chapeau, ce troisième pique le sandwich de son voisin sans qu'il s'en aperçoive. Je peux en loger des centaines dans un seul dessin, et c'est précisément ce que j'aime : que le lecteur s'arrête, plisse les yeux, et parte à la chasse au détail caché dans un coin. Une bonne scène de foule, ce n'est pas une masse, c'est cent petites histoires qui se bousculent sur la même feuille.

Une scène de foule, ce n'est pas une masse, c'est cent petites histoires qui se bousculent.

Pourquoi cette obsession du détail minuscule que presque personne ne remarquera ?

Parce que c'est là que se cache le plaisir, et le plaisir est un pacte secret avec le lecteur. Je passe des heures sur ma planche à dessin à glisser, dans un angle perdu, un tout petit bonhomme qui fait une bêtise que rien n'oblige à voir. La plupart passeront à côté ; mais celui qui le déniche a l'impression d'avoir trouvé un trésor, et ce sourire-là, c'est ma récompense. J'ai toujours pensé qu'un dessin d'humour devait pouvoir se lire vite et se relire longtemps. Les enfants adorent ça, ils explorent mes fourmilières humaines comme on cherche un objet dans une chambre en désordre. Le rire immédiat est facile ; le rire qui se mérite au fond d'un coin, voilà ce que je cherche.

Le rire immédiat est facile ; le rire qui se mérite au fond d'un coin, voilà ce que je cherche.

Le rugby tient une place immense dans votre œuvre. D'où vient cet amour du ballon ovale ?

Le ballon de rugby, c'est mon vrai modèle. J'ai toujours été passionné par ce sport, et surtout par ce qu'il montre de l'homme : la mêlée où des géants s'écrasent dans la boue, le vestiaire qui sent la pommade, le troisième-ligne bedonnant qui souffle comme un phoque. Je ne dessine pas les héros musculeux des affiches, je dessine les autres : l'essoufflé, le maladroit, celui qui court après un ballon qu'il ne rattrapera jamais. C'est une tendresse moqueuse, jamais une méchanceté. Mes Scènes de rugby et de sport ont fini par se retrouver aussi bien dans la presse spécialisée que dans les manuels, et j'en suis fier comme d'un essai transformé à la dernière minute. Le sport, au fond, c'est de la comédie humaine en short.

Je ne dessine pas les héros des affiches, je dessine l'essoufflé qui court après un ballon qu'il ne rattrapera jamais.

Que cherchez-vous à saisir chez ces sportifs que vous croquez avec tant de malice ?

L'instant où l'effort trahit l'homme. Sur un stade, tout le monde regarde le champion ; moi je guette celui qui, derrière, a le maillot de travers et le regard perdu. Le sport promet la gloire, mais il livre surtout de la sueur, des grimaces, des chutes ridicules — et c'est infiniment plus drôle et plus humain. J'ai croqué des mêlées et des vestiaires pendant des décennies pour la presse illustrée, avec mon aquarelle posée sur un trait rapide, parce qu'il fallait que le mouvement reste vivant, que le bonhomme donne l'impression d'aller basculer hors de la feuille. Je ne me moque pas des sportifs, je les aime : je montre simplement qu'un demi de mêlée, dans le fond, c'est vous et moi un dimanche matin.

Le sport promet la gloire, mais il livre surtout de la sueur et des chutes ridicules — infiniment plus humain.

On parle d'un « univers Blachon » reconnaissable entre mille. Comment le décririez-vous ?

C'est un monde de bonshommes ronds, de nez proéminents, de silhouettes un peu bancales qui semblent toujours prêtes à basculer. La recette, si l'on peut appeler ça une recette, tient à deux gestes. D'abord le trait, tracé à la plume et à l'encre de Chine, nerveux, vif, jamais bien sage — c'est lui qui donne la vie, le mouvement, l'impression que mes personnages vont s'ébrouer. Ensuite l'aquarelle, avec ses pinceaux et ses godets de couleur transparente, qui vient poser la lumière par-dessus. Mes confrères ont fini par parler d'un « univers Blachon », et ça me touche : cela veut dire que quelqu'un peut reconnaître ma patte sans même lire ma signature. Un style, c'est comme une écriture manuscrite, on ne le fabrique pas, on le laisse pousser.

Un style, c'est comme une écriture manuscrite : on ne le fabrique pas, on le laisse pousser.

Pourquoi avoir choisi l'aquarelle plutôt qu'un trait plus net, plus graphique ?

Parce que l'aquarelle respire. C'est une peinture à l'eau, faite de couleurs transparentes qu'on ne rattrape pas : une fois posée, elle vit sa vie, elle bave un peu, elle attrape la lumière. Je travaille le matin de préférence, quand l'atelier est baigné de clarté, car sans la lumière l'aquarelle ne rend rien. Sur mon trait à la plume, elle vient déposer une fraîcheur, un éclat qui fait vibrer la scène. Un dessin trop propre, trop mécanique, ça ne rit pas ; il lui manque le tremblé, l'accident heureux. Mes bonshommes ont besoin de cette matière vivante pour paraître sur le point de bouger. La rigueur, je la garde pour la composition ; la couleur, elle, doit rester joyeuse et un brin désobéissante.

Un dessin trop propre ne rit pas ; il lui manque le tremblé, l'accident heureux.

En 1993, Angoulême vous décerne son Grand Prix. Qu'a représenté cette distinction pour vous ?

Une belle surprise, et je dois l'avouer, une petite ironie. En 1993, à Angoulême, on m'a remis le Grand Prix de la ville, la plus haute distinction du 9e art, celle qui couronne l'ensemble d'une carrière. Or, moi, je ne me suis jamais vraiment vu comme un homme de bande dessinée à cases et à bulles. Je suis un illustrateur, un dessinateur d'humour, un homme de presse qui pose un dessin par-ci par-là au fil des pages. Que ce monde-là m'ouvre ses portes et me place aux côtés des grands auteurs de planches, c'était toucher une reconnaissance que je n'attendais pas. Angoulême, cette capitale de la bande dessinée, m'a fait comprendre que le dessin d'humour appartenait, lui aussi, à cette grande famille du 9e art.

On m'a couronné dans la bande dessinée, moi qui me suis toujours vu comme un simple homme de presse.

Comment situez-vous le dessin d'humour par rapport à la bande dessinée et à la caricature ?

Ce sont trois cousins qui ne se ressemblent pas tout à fait. La bande dessinée raconte une histoire en cases et en bulles, elle prend son temps, page après planche. La caricature politique, elle, vise, elle mord, elle prend parti. Le dessin d'humour, mon domaine, c'est autre chose : une image, souvent unique, qui doit faire rire ou sourire d'un seul coup d'œil, sans forcément commenter l'actualité. Je n'ai jamais voulu blesser ni régler de comptes ; mon humour est bon enfant, il se moque des travers que nous partageons tous. J'ai grandi à l'époque où la presse illustrée faisait une place immense à l'image, où un magazine sans dessins semblait presque nu. C'est dans cet espace-là, entre deux articles, que j'ai posé mes bonshommes.

Le dessin d'humour, c'est une image qui doit faire sourire d'un seul coup d'œil, sans jamais blesser.

Vous revendiquez un humour « sans méchanceté ». Est-ce un choix, presque une morale ?

C'est une manière d'être avant d'être une morale. On peut faire rire en démolissant les gens ; ce n'est pas mon chemin. Je préfère me moquer des petites faiblesses ordinaires — la vanité du monsieur qui rentre le ventre, la maladresse du sportif du dimanche, l'air ahuri de celui qui a perdu son chemin dans une foule. Ce sont nos travers à tous, et en rire ensemble, c'est une forme de tendresse. Je viens d'une région, la Drôme, où l'on aime la convivialité, les repas partagés, les produits du terroir ; mon humour a le même goût, celui d'un rire qui rassemble plutôt qu'il ne divise. Faire rire sans blesser, c'est plus difficile qu'on ne croit : il faut viser juste tout en gardant la main légère.

Faire rire sans blesser, c'est plus difficile qu'on ne croit : viser juste en gardant la main légère.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Roger Blachon. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.