Interview imaginaire avec Sim
par Charactorium · Sim (1926 — 2009) · Spectacle · 5 min de lecture
Fin d'après-midi dans une brasserie parisienne, non loin des studios de télévision. Sim arrive tard, l'œil malicieux, la voix rocailleuse, une écharpe négligemment nouée. Il commande un café, s'installe, et prévient d'emblée qu'il n'a jamais su parler de lui sans y glisser une bêtise.
—Avant les plateaux et les caméras, à quoi ressemblaient vos débuts ?
Long, monsieur, ce fut long. Sous mon vrai nom, Simon Berryer, j'ai enchaîné les petits métiers et les cabarets pendant des années, à faire rire quinze personnes dans une salle enfumée et à me demander si l'autre au fond dormait ou s'il était mort. Le cabaret, à l'époque, c'était l'école : on y apprenait à tenir un public qui pouvait vous jeter dehors entre deux verres. Beaucoup ont percé jeunes ; moi, j'ai trouvé mon public sur le tard, quand la télévision et ce café-théâtre naissant sont enfin venus me chercher. J'en tire une drôle de fierté : on peut commencer une carrière de comique quand les autres songent déjà à la retraite.
On peut commencer une carrière de comique quand les autres songent déjà à la retraite.
—Que vous a appris ce passage par les scènes de music-hall et de cabaret ?
Le music-hall m'a appris que le rire est un métier physique. On chauffe une salle comme on chauffe un moteur, avec le corps, la voix, le regard. Dans ces cabarets, pas de montage pour rattraper une chute ratée : si votre numéro tombait à plat, vous le sentiez dans votre ventre avant de le lire sur les visages. J'y ai forgé mon comique de répertoire, ces personnages que je reprenais de salle en salle en les tordant un peu plus chaque soir. C'est là que j'ai compris que je n'étais pas un homme à texte élégant, mais une bête de plateau, un type qui a besoin de sentir le souffle des gens pour exister.
—Comment est née la Baronne de la Tronche-en-Biais ?
Elle est née d'une perruque, avant même d'être un personnage. Une perruque improbable, démesurée, et je me suis regardé dans la glace avec ce fond de teint, ces faux cils, ce maquillage de music-hall qui vous transforme le visage en caricature. La Baronne de la Tronche-en-Biais était là, cette vieille aristocrate déjantée, la voix perchée, la robe extravagante et kitsch à souhait. Nous étions dans les années 1970, en pleine explosion des émissions de variétés, et ce travesti grotesque m'a rendu populaire dans toute la France. Les gens ne retenaient pas Simon Berryer ; ils retenaient cette baronne à moitié folle qui débitait des absurdités avec l'assurance d'une duchesse.
Les gens ne retenaient pas Simon Berryer ; ils retenaient cette baronne à moitié folle.
—Que représentait pour vous ce travestissement, ce costume outrancier ?
Le travesti, à la scène, c'est vieux comme le théâtre : un homme se déguise en femme pour l'effet, et tout le comique tient dans l'écart entre ce que je suis et ce que je prétends être. Enfiler la robe chargée, la perruque, le maquillage appuyé, c'était disparaître. Derrière ces fards, je pouvais tout me permettre, la vulgarité, la bêtise, l'aplomb d'une bourgeoise sénile. Le costume n'était pas un accessoire, c'était le ressort même du rire. Une fois grimé en Baronne, je n'avais plus peur de rien, et surtout pas du ridicule, parce que le ridicule, c'était précisément mon métier.
—Vous étiez un habitué des émissions du samedi soir. Qu'aimiez-vous dans le direct ?
Le direct, c'était l'oxygène. Ces émissions de variétés du samedi soir triomphaient, et sur ces plateaux, rien n'était monté, rien n'était rattrapé : on jouait la vie sans filet. J'adorais improviser, déstabiliser les animateurs par des reparties déjantées, les voir chercher leurs mots pendant que je repartais dans une absurdité. C'était l'âge d'or du comique de variétés, cette époque bénie où le direct laissait place à toutes les fantaisies. Un présentateur bien peigné qui perd le contrôle de son plateau à cause d'une baronne travestie, croyez-moi, il n'y a pas de plus beau spectacle. Je vivais pour ces instants de désordre organisé.

—Vous parlez de désordre. Aimiez-vous à ce point provoquer votre public ?
Provoquer, oui, mais sans méchanceté, dans le rire absurde et grinçant. J'avais le goût du grotesque, cette liberté de ton qui faisait grincer quelques dents chez les gens sérieux. Sur un plateau de variétés, quand tout est réglé au cordeau, le décor, les projecteurs, les caméras, il y a une joie enfantine à venir tout dérégler. Je ne cherchais pas le scandale pour le scandale ; je cherchais ce moment où le public bascule, où il ne sait plus s'il doit rire ou s'inquiéter. C'est là, dans cet équilibre instable, que le comique devient vraiment vivant. Le reste n'est que numéro appris par cœur.
Je cherchais ce moment où le public bascule, où il ne sait plus s'il doit rire ou s'inquiéter.
—Au cinéma, vous avez tenu quantité de seconds rôles. Comment viviez-vous cette place ?
Le second rôle, c'est un art à part entière, monsieur. Entre 1968 et 1985, on m'a recherché pour ma silhouette et mon jeu déjanté dans une foule de comédies populaires. Je n'étais pas la vedette en tête d'affiche, j'étais celui qui traverse la scène et la fait exploser en trente secondes. J'ai croisé des monstres comme Louis de Funès, dont l'énergie sur un plateau vous laissait pantelant. Un comédien de complément, comme on disait, apporte le grain de folie qui fait décoller une séquence. J'ai toujours préféré une apparition haute en couleur à un premier rôle terne ; on ne me demandait pas d'être crédible, on me demandait d'être irrésistible.
—Vous avez aussi travaillé avec Jean Yanne. Qu'est-ce qui vous rapprochait de son univers ?
L'irrévérence, tout simplement. Jean Yanne tournait des comédies satiriques et provocatrices, en plein dans l'air du temps de ces années 1970 où l'on riait de tout, du pouvoir, de la religion, des bien-pensants. Son humour irrévérencieux était le mien : grinçant, libre, un peu voyou. Chez lui, je pouvais donner ma pleine mesure de trublion, ajouter ma couche de grotesque à sa charge contre la bêtise ambiante. Nous partagions cette conviction que le rire n'a pas à demander la permission. Ces collaborations comptent parmi celles où je me suis le plus amusé, parce que rien n'y était tiède, ni les intentions, ni les répliques.
—Le café-théâtre a beaucoup compté à cette époque. Qu'y trouviez-vous ?
La proximité, la chaleur, le danger. Le café-théâtre parisien connaissait son essor, avec des lieux comme le Café de la Gare ou Le Splendid où toute une génération inventait un humour neuf. Ces petites salles du Quartier latin, ces estrades minuscules où le public buvait un verre à un mètre de vous, c'était le laboratoire d'un rire libre et de proximité. On y jouait sans grands moyens, à nu, à l'os. J'y ai côtoyé cette scène naissante, et j'aimais cette intimité où l'on sentait chaque respiration de la salle. Après les grands plateaux de télévision, ces cafés-théâtres me rendaient à l'essentiel : un homme, un public, et rien entre les deux.
—Comment se déroulait une de vos journées, entre ces scènes et les studios ?
En artiste de la nuit, je commençais tard, forcément. La matinée pour lire la presse, répondre au téléphone, préparer mes textes ou mes improvisations. L'après-midi, les répétitions, les tournages en studio, et surtout ces longues séances de maquillage et d'essayage pour composer mes créatures travesties. Mais le vrai cœur du métier, c'était le soir : représentations en café-théâtre, enregistrements de variétés, galas. C'est devant le public, en direct ou en scène, que je donnais tout. Je vivais à Paris, au plus près des studios et des théâtres, dans cette effervescence permanente. Mes repas suivaient ce rythme décalé, dîners tardifs en brasserie après le spectacle, avec le petit monde du music-hall.
—Avec le recul, comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de votre comique ?
Oh, je me fais peu d'illusions sur la postérité, elle a la mémoire courte. Si je devais imaginer qu'on me lise dans longtemps, je voudrais qu'on retienne un homme qui a débuté sur le tard et qui n'a jamais cessé de jouer le grotesque avec sérieux. La Baronne, ses perruques improbables, ses reparties absurdes en direct, tout cela appartient à un âge d'or des variétés qui s'en va déjà, avec la fin de la télévision d'État. Je n'ai pas cherché à être fin ou distingué ; j'ai cherché à être libre et à faire rire fort. Si un gamin, un jour, décide de faire l'idiot génialement parce qu'il m'a vu, alors j'aurai gagné.
Je n'ai pas cherché à être fin ou distingué ; j'ai cherché à être libre et à faire rire fort.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sim. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.