Sauce de gibier et poisson fumé des grandes assemblées
Une sauce épaisse et parfumée où mijotent un morceau de gibier de forêt et du poisson fumé, liés à la pâte de noix de palme et relevés de maniguette et de graines de Selim. C'est la sauce des jours d'honneur, celle qui appelle tout le village à s'asseoir ensemble.
Une sauce épaisse et parfumée où mijotent un morceau de gibier de forêt et du poisson fumé, liés à la pâte de noix de palme et relevés de maniguette et de graines de Selim. C'est la sauce des jours d'honneur, celle qui appelle tout le village à s'asseoir ensemble.
Quand vient le jour des grandes paroles, je fais tuer l'agouti de la forêt et l'on tire du fumoir le poisson pêché dans la Comoé — ce fleuve qui connaît mon plus grand chagrin. On écrase les noix de palme rouges pour en tirer le jus épais, on jette dedans la maniguette qui pique la langue et la graine de Selim qui parfume comme nulle autre. La marmite chante sur le feu une grande partie du jour. Et quand je pose le plat au milieu de la natte, nul ne mange seul : ma table est la preuve que le peuple baoulé n'a plus qu'un seul ventre.
- •Gibier de forêt (aulacode/agouti ou antilope) — un beau morceau (viande de prestige)
- •Poisson fumé de la Comoé — quelques morceaux (umami, profondeur)
- •Noix de palme rouges pilées (jus de palme) — un bol (liant gras et coloré)
- •Gombo frais — une poignée (épaississant)
- •Maniguette (graines de paradis) — quelques graines (piquant)
- •Graines de Selim (poivre de Selim, hwentia) — une gousse (parfum résineux)
- •Feuilles d'amarante (épinard africain) — une botte (légume-feuille)
- •Oignon de pays et sel de traite — selon goût (assaisonnement)
Sauce de gibier et poisson fumé des grandes assemblées
Une sauce épaisse et parfumée où mijotent un morceau de gibier de forêt et du poisson fumé, liés à la pâte de noix de palme et relevés de maniguette et de graines de Selim. C'est la sauce des jours d'honneur, celle qui appelle tout le village à s'asseoir ensemble.
Pourquoi ce plat ? Réunir le peuple autour d'un même plat est le geste politique de Pokou, reine fondatrice ; cette sauce mêlant le gibier de la forêt traversée et le poisson fumé de la Comoé — le fleuve du sacrifice — rassemble tout son territoire dans un seul bol.
Quand vient le jour des grandes paroles, je fais tuer l'agouti de la forêt et l'on tire du fumoir le poisson pêché dans la Comoé — ce fleuve qui connaît mon plus grand chagrin. On écrase les noix de palme rouges pour en tirer le jus épais, on jette dedans la maniguette qui pique la langue et la graine de Selim qui parfume comme nulle autre. La marmite chante sur le feu une grande partie du jour. Et quand je pose le plat au milieu de la natte, nul ne mange seul : ma table est la preuve que le peuple baoulé n'a plus qu'un seul ventre.
Ingrédients (version d’époque)
- Gibier de forêt (aulacode/agouti ou antilope) — un beau morceau (viande de prestige)
- Poisson fumé de la Comoé — quelques morceaux (umami, profondeur)
- Noix de palme rouges pilées (jus de palme) — un bol (liant gras et coloré)
- Gombo frais — une poignée (épaississant)
- Maniguette (graines de paradis) — quelques graines (piquant)
- Graines de Selim (poivre de Selim, hwentia) — une gousse (parfum résineux)
- Feuilles d'amarante (épinard africain) — une botte (légume-feuille)
- Oignon de pays et sel de traite — selon goût (assaisonnement)
Ingrédients
- Viande à mijoter (paleron de bœuf ou cuisse de pintade) — 600 g (substitut du gibier)
- Poisson fumé (maquereau ou capitaine fumé) — 150 g (umami)
- Crème de noix de palme (sauce graine, en boîte) — 400 g (liant)
- Gombos frais — 200 g (épaississant)
- Graines de paradis (maniguette) moulues — 1/2 c. à café (piquant)
- Poivre de Selim (graines de Selim) — 1 gousse (parfum)
- Épinards ou amarante — 200 g (légume-feuille)
- Oignon, sel — 1 oignon, sel (base)
Préparation
- Saisir la viande coupée en morceaux avec l'oignon émincé dans un peu d'huile, puis couvrir d'eau et laisser mijoter 40 min.
- Ajouter la crème de noix de palme et le poisson fumé effeuillé ; cuire 20 min à feu doux.
- Incorporer les gombos émincés (ils épaississent la sauce), la maniguette et la gousse de Selim légèrement écrasée.
- Dix minutes avant la fin, ajouter les feuilles d'amarante ou d'épinard ; rectifier le sel.
- Retirer la gousse de Selim, vérifier l'onctuosité et servir bien chaud, au centre de la table, avec le foutou.
Comment on faisait : Le gibier de forêt (aulacode, céphalophe) et le poisson fumé étaient les protéines de prestige. La maniguette et les graines de Selim — épices ouest-africaines indigènes — assuraient le piquant et le parfum bien avant l'arrivée du piment américain. La sauce graine, tirée des noix de palme pilées et tamisées, reste un classique de la cuisine baoulé.
Le twist contemporain : Dresser la sauce dans une demi-calebasse et planter une gousse de Selim comme un clou de parfum à libérer à table.
Abla Pokou II · Charactorium