Alexandre Falguière(1831 — 1900)

Alexandre Falguière

France

9 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleSecond Empire et Troisième République

Sculpteur et peintre français (1831-1900), grand prix de Rome en 1859. Figure majeure de la sculpture académique sous le Second Empire et la Troisième République, il réalise des œuvres emblématiques mêlant réalisme et idéal classique.

Faits marquants

  • Naissance à Toulouse en 1831
  • Obtient le grand prix de Rome en 1859 avec 'Tarcisius, martyr chrétien'
  • Expose 'Le Vainqueur au combat de coqs' au Salon de 1864, œuvre fondatrice de sa renommée
  • Nommé professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris en 1882, où il forme de nombreux artistes
  • Décès à Paris en 1900 ; une station du métro parisien (ligne 12) porte son nom

Œuvres & réalisations

Vainqueur au combat de coqs (1864)

Groupe en marbre représentant un jeune garçon victorieux brandissant son coq ; envoi de pensionnaire depuis Rome, il remporte la médaille d'honneur au Salon de 1864 et est acquis par Napoléon III, révélant Falguière au grand public.

Tarcisius, martyr chrétien (1868)

Statue en marbre du jeune martyr romain portant les saintes espèces ; œuvre à la fois réaliste et pathétique qui confirme la maîtrise de Falguière dans le rendu de la chair juvénile et de l'émotion intérieure.

Monument funéraire au Père-Lachaise (Le Lion) (1875)

Lion veillant sur la tombe d'un soldat, commémorant la résistance française lors de la guerre franco-prussienne de 1870 ; l'une des premières grandes commandes patriotiques de la IIIe République confiées à Falguière.

Buste d'Auguste Rodin (1882)

Portrait en marbre de son ami et contemporain Rodin, témoignage d'une amitié artistique forte ; Rodin lui rendit la pareille en sculptant à son tour le visage de Falguière peu avant la mort de ce dernier.

Monument à Gambetta (1884)

Vaste ensemble sculptural érigé place du Carrousel à Paris à la mémoire de l'orateur républicain Léon Gambetta ; commande d'État emblématique de la IIIe République, il place Falguière au sommet de la sculpture monumentale officielle.

Diane chasseresse (1887)

Statue en marbre représentant la déesse de la chasse en mouvement ; œuvre caractéristique de l'académisme élégant de Falguière, alliant la référence mythologique au dynamisme naturel du corps féminin.

Statue équestre de Lafayette, Washington D.C. (1891)

Monument offert par la France aux États-Unis et inauguré devant la Maison-Blanche, célébrant le marquis de Lafayette et l'amitié franco-américaine ; l'une des rares œuvres de Falguière à traverser l'Atlantique.

Anecdotes

Lors de son séjour à la Villa Médicis de Rome (1860-1865), Falguière sculpta un groupe en marbre représentant un jeune garçon victorieux brandissant son coq de combat. Envoyé à Paris comme « envoi de pensionnaire », l'œuvre triompha au Salon de 1864, remportant la médaille d'honneur et fut achetée par Napoléon III en personne — une consécration fulgurante pour un artiste encore en formation à l'étranger.

Falguière était aussi un peintre régulièrement présent au Salon, ce qui était rare parmi les grands sculpteurs de son temps. Il exposait des toiles aux sujets mythologiques et des nus avec autant d'aisance que ses marbres, déconcertant les critiques qui ne savaient plus s'il fallait le classer sculpteur ou peintre.

Ami proche d'Auguste Rodin, Falguière réalisa un célèbre buste de son confrère et rival bienveillant ; Rodin lui rendit la pareille peu avant la mort de Falguière en 1900. Ces deux géants de la sculpture française de la fin du XIXe siècle se rendaient ainsi un hommage réciproque, témoignage d'une amitié artistique rare dans un milieu souvent marqué par la jalousie.

Le monument à Gambetta, inauguré en 1884 sur la place du Carrousel à Paris, déchaîna les passions politiques. Certains républicains jugeaient la représentation du tribun trop allégorique et peu ressemblante ; Falguière dut naviguer entre les exigences contradictoires des commanditaires et sa propre vision, exercice périlleux que tous les sculpteurs officiels de la IIIe République connaissaient bien.

Nommé professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris en 1882, Falguière forma des générations de sculpteurs dans un atelier réputé pour son exigence et sa chaleur. Il transmettait à ses élèves le goût du dessin rigoureux tout en les encourageant à observer la nature directement, refusant de les laisser se contenter de copier l'Antique sans comprendre la vie des formes.

Sources primaires

Catalogue officiel du Salon des Beaux-Arts, Paris (1864)
N° 2814 — Falguière (Jean-Alexandre-Joseph), élève de M. Jouffroy, né à Toulouse. — Vainqueur au combat de coqs, groupe en marbre.
Rapport de l'Académie des Beaux-Arts sur les envois de Rome (1864)
Le groupe de M. Falguière se distingue par la vérité du mouvement, la finesse du modelé et le naturel de l'expression ; il honore l'enseignement de l'École française à Rome.
Gazette des Beaux-Arts, compte rendu du Salon (1864)
M. Falguière révèle dans ce groupe un sens du réel et une grâce naturelle qui rappellent les maîtres de la Renaissance italienne tout en restant profondément français par le sentiment.
Discours de réception à l'Académie des Beaux-Arts (1882)
Falguière unit dans une même personne le sculpteur de génie et le peintre délicat, le professeur patient et l'artiste toujours attentif à la beauté vivante plutôt qu'à la froide imitation de l'Antique.
Archives de la Villa Médicis, Rome — correspondance des pensionnaires (circa 1861)
Les pensionnaires de la promotion 1860 rapportent que Falguière travaillait chaque matin dès l'aube, dessinant d'abord sur le motif dans les jardins avant de rejoindre son atelier de sculpture.

Lieux clés

Toulouse

Ville natale de Falguière, où il naît le 7 septembre 1831 et effectue ses premières études artistiques à l'École des Beaux-Arts locale avant de monter à Paris.

École des Beaux-Arts de Paris

Établissement où Falguière se forme sous la direction du sculpteur Jouffroy, remporte le Prix de Rome en 1859, puis enseigne comme professeur de sculpture à partir de 1882 jusqu'à sa mort.

Villa Médicis, Rome

Siège de l'Académie de France à Rome, où Falguière réside de 1860 à 1865 grâce au Prix de Rome ; c'est là qu'il conçoit le « Vainqueur au combat de coqs » qui le rend célèbre.

Salon du Palais de l'Industrie, Paris (puis Grand Palais)

Lieu annuel d'exposition où Falguière présente ses œuvres majeures et reçoit ses distinctions officielles, du triomphe de 1864 jusqu'à ses dernières participations avant 1900.

Place du Carrousel, Paris

Emplacement où fut érigé le monument à Gambetta inauguré en 1884, commande républicaine emblématique de Falguière ; le monument fut démoli en 1954 mais des éléments sont conservés.

Voir aussi