Chantal Akerman(1950 — 2015)
Chantal Akerman
Belgique, France
9 min de lecture
Réalisatrice et scénariste belge (1950-2015), figure majeure du cinéma d'auteur féministe et expérimental. Son œuvre magistrale *Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles* (1975) a été élue premier film de tous les temps par le magazine Sight & Sound en 2022.
Citations célèbres
« Je voulais montrer une femme qui fait des gestes ordinaires et qui, par ces gestes, dit quelque chose d'extraordinaire. »
« Je ne fais pas des films sur les femmes. Je fais des films avec des femmes. »
Faits marquants
- Née le 6 juin 1950 à Bruxelles dans une famille juive ashkénaze, survivante de l'Holocauste côté maternel
- Tourne son premier court métrage *Saute ma ville* en 1968, à 18 ans, marquant déjà son style subversif
- Réalise *Jeanne Dielman* en 1975 à 25 ans — 3h21 de film centré sur les gestes répétitifs d'une femme au foyer
- *Jeanne Dielman* classé n°1 des meilleurs films de tous les temps par Sight & Sound en 2022 (premier film réalisé par une femme à atteindre ce rang)
- Décède le 5 octobre 2015 à Paris à l'âge de 65 ans, laissant une filmographie de plus de 40 œuvres
Œuvres & réalisations
Premier court-métrage réalisé à 18 ans, dans lequel Akerman joue elle-même une jeune femme qui détruit méthodiquement son appartement. Déjà présents : l'humour grinçant, l'espace domestique comme cage et la violence silencieuse contre la condition féminine.
Film expérimental tourné à New York dans un hôtel miteux, composé de plans fixes silencieux sur les couloirs et les habitants. Manifeste précoce de son esthétique de l'attente, de la durée et de l'espace architectural.
Premier long-métrage dans lequel Akerman est aussi actrice, récit fragmenté en trois parties explorant solitude, désir et sexualité féminine avec une franchise inédite pour l'époque.
Chef-d'œuvre de 3h21 montrant en temps réel la vie d'une veuve belge sur trois jours. Élu meilleur film de tous les temps par Sight & Sound en 2022, il est une œuvre fondatrice du cinéma féministe et du minimalisme cinématographique.
Road movie poétique et mélancolique suivant une cinéaste belge qui traverse l'Europe en train entre rencontres et solitude. Film semi-autobiographique sur l'exil, l'identité et la difficulté d'habiter un lieu ou une relation.
Documentaire filmé en Europe centrale après la chute du mur de Berlin, composé de longs plans contemplatifs sur des gens qui attendent dans le froid. Tournant vers les installations vidéo muséales et la question de la mémoire collective.
Dernier film, portrait de sa mère Natalia filmé dans son appartement bruxellois avec une petite caméra numérique. Testament émouvant sur la transmission, la Shoah et le lien mère-fille, sorti quelques mois avant la mort d'Akerman.
Anecdotes
À 15 ans, Chantal Akerman découvre Pierrot le fou de Jean-Luc Godard dans un cinéma de Bruxelles. Ce choc esthétique est une révélation : elle décide sur-le-champ de devenir cinéaste. Elle emprunte la caméra de son père et tourne son premier court-métrage, Saute ma ville, à l'âge de 18 ans seulement.
Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), film de trois heures vingt et une minutes, fut tourné avec une équipe exclusivement féminine alors qu'Akerman n'avait que 24 ans. Le film montre en temps réel les gestes domestiques d'une femme sur trois jours — éplucher des pommes de terre, faire la vaisselle, préparer le dîner — sans jamais couper les plans pour aller plus vite.
Lors de son séjour à New York au début des années 1970, Akerman fréquente l'Anthology Film Archives fondée par Jonas Mekas et découvre le cinéma expérimental américain (Michael Snow, Stan Brakhage). Cette rencontre avec l'avant-garde new-yorkaise est décisive : elle adopte le plan fixe long comme principe esthétique fondamental, refusant toute ellipse là où la durée réelle dit plus que le montage.
En 2022, sept ans après sa mort, le magazine britannique Sight & Sound réalise son sondage décennal auprès de plus de 1 600 critiques et professionnels du cinéma du monde entier. Jeanne Dielman arrive en première position — devant Sueurs froides d'Hitchcock et Citizen Kane d'Orson Welles. C'est la toute première fois, depuis la création de ce classement en 1952, qu'un film réalisé par une femme est élu meilleur film de tous les temps.
La mère d'Akerman, Natalia, survivante d'Auschwitz, est une figure centrale dans toute son œuvre. La réalisatrice lui consacre son dernier film, No Home Movie (2015), filmé avec une petite caméra numérique dans l'appartement maternel de Bruxelles. Le film sort quelques mois après la mort de Natalia, et quelques semaines avant le décès d'Akerman elle-même : il se lit comme un double adieu.
Sources primaires
Je ne voulais pas faire un film féministe au sens militant. Je voulais montrer le travail domestique dans sa durée exacte, sans l'accélérer ni le dramatiser, pour que le spectateur le ressente dans sa réalité véritable.
Ma mère et moi, on ne se disait pas grand-chose, mais on était là, ensemble. Et c'est peut-être ça, être là ensemble, que j'ai passé ma vie à filmer.
Le plan long et fixe n'est pas une paresse de cinéaste. C'est un regard qui respecte le temps réel de la vie, qui ne triche pas avec la durée de ce qui est montré à l'écran.
Filmer, pour moi, c'est toujours une façon de chercher quelque chose que je ne sais pas encore nommer. Peut-être une façon d'être au monde, ou d'essayer de l'être.
Lieux clés
Ville natale d'Akerman et décor central de Jeanne Dielman, dont l'adresse exacte figure dans le titre. Bruxelles, avec ses appartements bourgeois et ses rues pluvieuses, est la toile de fond de plusieurs de ses œuvres majeures.
Akerman y séjourne au début des années 1970 et fréquente l'Anthology Film Archives. La rencontre avec le cinéma expérimental américain est décisive dans la formation de son esthétique radicale des plans longs et fixes.
Ville où Akerman a vécu et travaillé une grande partie de sa vie adulte, présenté ses films, enseigné et fréquenté les milieux artistiques. Elle y décède le 5 octobre 2015.
Le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou lui consacre une grande rétrospective en 2004, reconnaissant l'importance de son œuvre à la croisée du cinéma d'auteur et des arts visuels contemporains.
Akerman y étudie brièvement le cinéma avant de quitter l'école, estimant que l'apprentissage passait davantage par la pratique que par les études formelles. Elle part alors pour New York et tourne ses premiers films de façon totalement autodidacte.
