Portrait de Clarice Lispector

Clarice Lispector

Clarice Lispector

1920 — 1977

Brésil, république socialiste soviétique d'Ukraine

LettresÉcrivain(e)XXe siècle

Émotions disponibles (6)

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Faits marquants

    Œuvres & réalisations

    Perto do Coração Selvagem (1943)

    Premier roman de Clarice, écrit à 23 ans. Révolutionnaire dans la littérature brésilienne par son usage du flux de conscience et son introspection radicale, il reçut le Prix Graça Aranha et imposa d'emblée une voix sans équivalent.

    A Maçã no Escuro (1961)

    Roman de la maturité écrit pendant les années diplomatiques. Il explore la fuite et la reconstruction identitaire d'un homme, et s'impose comme une œuvre clé du modernisme brésilien.

    A Paixão Segundo G.H. (1964)

    Chef-d'œuvre de Clarice, souvent comparé aux grands textes mystiques. Une femme seule face à une cafard déclenche une méditation vertigineuse sur l'existence, Dieu et le dégoût. Traduit dans le monde entier, c'est l'un des sommets de la littérature du XXe siècle.

    Laços de Família (1960)

    Recueil de nouvelles considéré comme l'un des plus importants de la littérature brésilienne. Des femmes ordinaires y vivent des épiphanies intérieures silencieuses qui bouleversent leur rapport à la réalité.

    Água Viva (1973)

    Texte expérimental entre roman et prose poétique, qui pousse au maximum la fragmentation narrative. Clarice y explore l'instant pur et la peinture comme acte d'écriture.

    A Hora da Estrela (1977)

    Dernier roman publié quelques semaines avant sa mort. Il raconte Macabéa, une jeune migrante nordestine à Rio, sans avenir ni beauté. Clarice y interroge la responsabilité de l'écrivain face à l'invisibilité sociale, dans un récit à la fois drôle et déchirant.

    Chroniques du Jornal do Brasil (1967–1973)

    Pendant six ans, Clarice publie chaque semaine une chronique dans ce grand quotidien brésilien. Ces textes brefs, intimes et fulgurants lui permettent de toucher un large public tout en expérimentant librement la forme courte.

    Anecdotes

    Clarice Lispector est née le 10 décembre 1920 en Ukraine, dans une famille juive fuyant les pogroms. Ses parents embarquèrent pour le Brésil alors qu'elle n'avait que deux mois. Elle grandit à Recife, dans le nord-est brésilien, apprenant le portugais comme langue maternelle adoptive, ce qui façonna son rapport unique et presque étranger à la langue.

    À seulement 23 ans, elle publie son premier roman 'Perto do Coração Selvagem' en 1943, le même jour qu'elle épouse le diplomate Maury Gurgel Valente. La critique brésilienne est stupéfaite : ce flux de conscience intérieur, jugé révolutionnaire, vaut à la jeune inconnue le Prix Graça Aranha et une comparaison immédiate avec Virginia Woolf et James Joyce.

    En décembre 1966, Clarice s'endort dans son appartement de Rio de Janeiro avec une cigarette allumée. L'incendie qui s'ensuit lui brûle grièvement la main droite — sa main d'écrivaine. Elle passe des semaines à l'hôpital, frôle l'amputation et souffrira de séquelles toute sa vie, mais continue à écrire malgré la douleur.

    Clarice Lispector mourut le 9 décembre 1977, un seul jour avant son 57e anniversaire, des suites d'un cancer des ovaires. Son ultime roman, 'A Hora da Estrela', avait paru quelques semaines plus tôt. Comme si elle avait attendu de livrer son testament littéraire avant de partir, cette coïncidence entre sa vie et son œuvre frappa profondément ses lecteurs et renforça la légende de cette écrivaine hors du commun.

    Sources primaires

    Perto do Coração Selvagem — incipit (1943)
    O pai estava sentado à mesa, lendo. Era um homem tranquilo que às vezes suspirava e levantava os olhos do livro. Joana brincava no chão, entre cadeiras.
    Lettre à ses sœurs Tânia et Elisa (Années 1950)
    Écrire c'est une façon d'avoir du courage. Il faut toujours avoir peur d'écrire, mais il faut le faire quand même.
    A Paixão Segundo G.H. — extrait (1964)
    Perdi algo que me era essencial e que já não me é mais. Não me é necessário. Eu me tornei desnecessária para mim mesma.
    A Hora da Estrela — incipit (1977)
    Tudo no mundo começou com um sim. Uma molécula disse sim a outra molécula e nasceu a vida.
    Interview à la revue Manchete (1976)
    Je n'écris pas pour être lue. J'écris parce que je ne peux pas m'en empêcher. C'est comme respirer.

    Lieux clés

    Recife, Brésil

    Ville du Nordeste brésilien où Clarice grandit de 1922 à 1934. La chaleur, la lumière intense et la culture populaire nordestine imprègnent son imaginaire littéraire, notamment dans 'A Hora da Estrela' dont l'héroïne vient du Nordeste.

    Rio de Janeiro, Brésil

    Capitale culturelle où Clarice vécut la majeure partie de sa vie adulte, écrivit ses œuvres majeures et mourut. Son appartement de Leme, dans le quartier de Copacabana, fut le théâtre de l'incendie de 1966.

    Tchetchelnik, Ukraine

    Village d'Ukraine où Clarice naquit le 10 décembre 1920, dans une famille juive ashkénaze. Elle n'en garde aucun souvenir conscient mais cette origine européenne marque son identité et son rapport à l'exil.

    Washington D.C., États-Unis

    Ville où Clarice vécut entre 1952 et 1959 en suivant son mari diplomate. Cet exil doré mais solitaire l'inspira pour écrire 'A Maçã no Escuro' et approfondir son style introspectif, loin du Brésil.

    Berne, Suisse

    Première destination diplomatique du couple Lispector (1946-1949). Clarice y découvrit l'Europe, fut proche des milieux littéraires et continua d'écrire malgré l'isolement linguistique et culturel.

    Objets typiques

    Machine à écrire Olivetti

    Clarice utilisait sa machine à écrire portable pour composer ses romans et ses chroniques journalistiques, souvent la nuit. L'objet symbolise sa discipline d'écriture malgré les séquelles de la brûlure à sa main droite.

    Cigarette

    Grande fumeuse, la cigarette est indissociable de l'image de Clarice au travail. C'est précisément une cigarette oubliée allumée qui provoqua l'incendie de 1966 qui faillit lui coûter la main.

    Carnet de notes

    Clarice notait ses observations sur la vie quotidienne, ses rêves et ses intuitions dans des carnets. Ces fragments alimentaient ensuite ses romans et ses chroniques au journal Jornal do Brasil.

    Tableau ou peinture

    Passionnée de peinture, Clarice se mit à peindre à l'huile après l'incendie de 1966. La pratique picturale devint pour elle une thérapie et un prolongement de l'écriture, un autre langage pour explorer l'invisible.

    Robe noire d'intellectuelle

    Les photographies de Clarice la montrent souvent vêtue de façon sobre et élégante, reflet d'une femme qui soignait son apparence sans ostentation. Ses tenues reflétaient la tension entre sa discrétion et sa présence magnétique.

    Livre de Virginia Woolf

    Clarice fut rapprochée très tôt de l'écrivaine britannique pour son usage du flux de conscience. Elle lut et s'inspira de Woolf, reconnaissant dans cette littérature introspective quelque chose de fondamentalement proche de sa propre démarche.

    Programmes scolaires

    LycéeFrançais

    Vocabulaire & tags

    Vocabulaire clé

    Tags

    Clarice LispectorlettresecrivainÉcrivainfeminismeFéminisme, droits des femmes

    Vie quotidienne

    Matin

    Clarice se levait tard, souvent après avoir écrit une partie de la nuit. Le matin était consacré à la lecture des journaux, au café fort brésilien et à la correspondance avec ses sœurs et ses éditeurs. Elle ne démarrait jamais la journée sans une cigarette.

    Après-midi

    L'après-midi, elle recevait parfois des amis écrivains ou des journalistes. Pendant ses années de collaboration au Jornal do Brasil (1967-1973), elle travaillait à ses chroniques hebdomadaires. Elle peignait aussi à l'huile après l'incendie de 1966, comme thérapie et prolongement de l'écriture.

    Soir

    Le soir était son moment d'écriture principale. Dans son appartement de Leme (Copacabana), face à la mer, elle s'installait à sa machine à écrire tard dans la nuit, souvent jusqu'à l'aube. Elle fumait beaucoup et travaillait dans une solitude quasi totale.

    Alimentation

    Clarice mangeait simplement, à la brésilienne : riz, haricots noirs, viande grillée. Elle accordait peu d'importance à la gastronomie mais appréciait les repas partagés avec sa famille proche. Le café noir fort était une constante absolue de ses journées.

    Vêtements

    Les photographies la montrent habituellement vêtue sobrement : robes simples, souvent sombres ou neutres, parfois un chemisier blanc. Elle soignait son apparence avec élégance sans extravagance, reflétant une femme de lettres sérieuse mais consciente de son image publique.

    Habitat

    Elle vécut dans des appartements bourgeois de Rio de Janeiro, d'abord dans divers quartiers puis définitivement à Leme, près de Copacabana. Ces intérieurs garnis de livres, de plantes et d'objets personnels forment le décor de son œuvre tardive. L'appartement était à la fois refuge et prison dorée.

    Frise contextuelle

    1920Naissance à Tchetchelnik (Ukraine) dans une famille juive fuyant les pogroms antisémites de l'après-guerre civile russe.
    1922La famille Lispector arrive au Brésil et s'installe à Recife, dans le Nordeste. Clarice a deux mois.
    1929Krach boursier de Wall Street et début de la Grande Dépression mondiale, qui frappe durement la famille ouvrière des Lispector.
    1930Vargas prend le pouvoir au Brésil par un coup d'État : début de quinze ans de régime autoritaire qui marquent la société brésilienne.
    1935Décès de la mère de Clarice, Mania Lispector. La famille s'installe à Rio de Janeiro pour que le père et les enfants trouvent du travail.
    1939Début de la Seconde Guerre mondiale en Europe ; la communauté juive brésilienne suit avec angoisse le sort des Juifs d'Europe.
    1943Publication de 'Perto do Coração Selvagem', premier roman de Clarice à 23 ans. Mariage avec le diplomate Maury Gurgel Valente.
    1945Fin de la Seconde Guerre mondiale et révélation de la Shoah, qui affecte profondément la diaspora juive brésilienne dont est issue Clarice.
    1946Début de la vie diplomatique itinérante : Naples, Berne, Torquay, Washington. Clarice écrit dans l'isolement et la solitude de l'expatriation.
    1959Séparation d'avec son mari ; retour définitif au Brésil à Rio de Janeiro. Clarice se consacre entièrement à l'écriture et au journalisme.
    1964Coup d'État militaire au Brésil. Début d'une dictature qui durera jusqu'en 1985 et crée un climat de censure dans lequel Clarice continue d'écrire.
    1966Incendie accidentel dans son appartement de Rio : Clarice est grièvement brûlée à la main droite et hospitalisée plusieurs semaines.
    1977Publication de 'A Hora da Estrela' en octobre. Décès de Clarice Lispector le 9 décembre 1977, la veille de son 57e anniversaire.

    Vocabulaire d'époque

    Flux de conscience (stream of consciousness)Technique narrative qui reproduit le défilé continu des pensées d'un personnage, sans ordre logique apparent. Clarice en fit l'outil central de son écriture.
    ÉpiphanieMoment de révélation soudaine et intime qui transforme la perception d'un personnage. Dans les récits de Clarice, les personnages ordinaires vivent ces instants de vérité souvent banals en apparence.
    Modernisme brésilienMouvement littéraire et artistique brésilien du XXe siècle cherchant une expression nationale authentique. Clarice en est l'une des figures les plus radicales par son refus du réalisme social dominant.
    Chronique (littéraire brésilienne)Genre journalistique et littéraire très populaire au Brésil : court texte publié dans un journal, mêlant réflexion personnelle, poésie et observation du quotidien. Clarice en publia des centaines au Jornal do Brasil.
    Exil intérieurSentiment d'étrangeté à soi-même et au monde ambiant, même dans sa propre langue ou son propre pays. Thème central chez Clarice, née en Ukraine, immigrée au Brésil, longtemps expatriée.
    Dictature militaire brésilienne (1964-1985)Régime autoritaire instauré par un coup d'État en 1964, caractérisé par la censure, la répression politique et la surveillance des intellectuels. Clarice y vécut ses années les plus productives.
    Mystique laïqueDimension spirituelle intense d'une œuvre qui ne s'appuie pas sur une religion formelle. L'écriture de Clarice, notamment dans 'A Paixão Segundo G.H.', est souvent qualifiée ainsi pour son exploration de l'absolu et du sacré dans le quotidien.
    Nordeste brésilienRégion du nord-est du Brésil, marquée par la sécheresse, la pauvreté et une forte identité culturelle. Clarice y grandit et y situe certains de ses personnages, notamment Macabéa dans 'A Hora da Estrela'.
    PogromsViolences collectives organisées contre les communautés juives dans l'Empire russe et en Ukraine au tournant du XXe siècle. Ce sont ces persécutions qui poussèrent la famille Lispector à fuir vers le Brésil.
    Bossa NovaGenre musical brésilien né à Rio de Janeiro à la fin des années 1950, mêlant samba et jazz dans un style intimiste et sophistiqué. C'est la bande-son de la ville et de l'époque dans lesquelles Clarice écrivit ses chefs-d'œuvre.

    Galerie

    Clarice Lispector statue

    Clarice Lispector statue

    
Clarice Lispector, 1972

    Clarice Lispector, 1972

    Clarice Lispector (cropped)

    Clarice Lispector (cropped)

    "1972" Clarice Lispector

    "1972" Clarice Lispector

    (1920-1977) Clarice Lispector 6zxkp please credit(palette.fm) (cropped)

    (1920-1977) Clarice Lispector 6zxkp please credit(palette.fm) (cropped)

    De cafelandia ate sao jose dos campos uma viagem de 64 anos, História no Museu da Pessoa (40124)

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    Felinto a meio maldita na 17 flip, História no Museu da Pessoa (155606)

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    Historia de vida, História no Museu da Pessoa (48486)

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    O passado que fica, História no Museu da Pessoa (145476)

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    Os livros nos escolhem sim, História no Museu da Pessoa (49435)

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    Style visuel

    Modernisme brésilien des années 1950-70 : lumière chaude de Rio, intérieurs intimes et contrastes expressionnistes évoquant le monde intérieur de Clarice.

    #C8A96E
    #F5F0E8
    #3B3530
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    #8C7B6B
    Prompt IA
    Visual style inspired by mid-20th century Brazilian modernism and the inner world of Clarice Lispector: warm golden Rio de Janeiro light filtering through shuttered windows, high contrast black and white photography aesthetic, intimate domestic spaces with worn wooden floors, books and ashtrays, a typewriter on a cluttered desk. Expressionist close-ups of eyes and hands. Deep shadows, lush tropical plants glimpsed through open windows. Color palette of ochre, ivory, shadow grey, tropical green and dark tobacco brown. Reminiscent of Neo-Realist film stills and Brazilian 'Cinema Novo'. A sense of suspended interiority.

    Ambiance sonore

    Appartement tropical de Rio des années 1960-70 : mer lointaine, typewriter, radio bossa nova et chaleur humide.

    Prompt IA
    Ambient sounds of a Rio de Janeiro apartment in the 1960s-70s: the distant hum of Copacabana beach waves, occasional street noise of buses and vendors in Portuguese, the rhythmic clacking of a manual Olivetti typewriter, the scratch of a match and soft crackle of a cigarette, faint bossa nova or samba from a neighbor's radio, the rustle of manuscript pages turned in a quiet room at night, a ceiling fan turning slowly in tropical heat, occasional seagulls, the soft ticking of a clock.

    Source du portrait

    Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — Ishiai — 2023