Assia Djebar
Assia Djebar
1936 — 2015
France, Algérie
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Faits marquants
Œuvres & réalisations
Premier roman publié à 21 ans, sous pseudonyme, alors qu'elle étudiait à Paris. Récit d'une jeune Algérienne bourgeoise en quête d'identité, il lance une carrière littéraire exceptionnelle.
Roman qui donne voix à des femmes algériennes engagées dans la guerre d'indépendance. C'est l'une des premières fictions à mettre en scène le rôle des femmes dans la résistance anticoloniale.
Recueil de nouvelles inspiré des témoignages oraux de femmes algériennes et du tableau de Delacroix. Ce livre marque son retour à la littérature après dix ans de silence et pose les bases de son féminisme.
Premier volet du Quatuor algérien, chef-d'œuvre qui entrelace la conquête d'Alger en 1830 et l'autobiographie de l'auteure. Ce roman impose Djebar comme l'une des grandes voix de la littérature mondiale.
Deuxième volet du Quatuor, variation sur le mythe de Shéhérazade transposé dans l'Algérie contemporaine. Il interroge la sororité entre femmes et la transmission de la parole féminine.
Film documentaire récompensé à la Biennale de Venise, donnant la parole à des femmes berbères rurales. Cette œuvre cinématographique prolonge son projet littéraire de restitution des voix effacées.
Roman autobiographique et testament littéraire, récit de son enfance et de son rapport à la langue française héritée du colonisateur. Djebar y explore avec une lucidité poignante la question de l'identité fracturée.
Anecdotes
Assia Djebar est la première femme algérienne à intégrer l'École normale supérieure de Sèvres en 1955, une prouesse exceptionnelle pour une jeune femme originaire de Cherchell. Elle y étudie l'histoire, mais une grève estudiantine nationaliste l'oblige à interrompre ses études — elle en profite pour écrire son premier roman, 'La Soif', publié en 1957.
Pour écrire 'Les Femmes d'Alger dans leur appartement' (1980), Assia Djebar a passé de nombreuses heures à enregistrer des femmes algériennes racontant leur quotidien, leurs souffrances et leurs espoirs dans les dialestes arabes et berbères. Elle transformait ainsi une pratique orale vivante en littérature écrite française, créant un pont entre deux mondes culturels.
Assia Djebar a réalisé deux films documentaires sur l'Algérie, dont 'La Nouba des femmes du Mont Chenoua' (1978), qui a remporté le Prix de la critique internationale à la Biennale de Venise. C'est la première fois qu'une réalisatrice algérienne obtenait une telle reconnaissance internationale.
Élue à l'Académie française en 2005, Assia Djebar devient la première femme maghrébine et la première écrivaine de langue française non européenne à siéger sous la Coupole. Lors de son discours de réception, elle rend hommage aux femmes algériennes dont elle s'est fait la porte-voix tout au long de sa vie.
Assia Djebar a longtemps vécu entre plusieurs langues : elle écrivait en français, pensait parfois en arabe algérien et en berbère, et lisait en anglais. Elle décrivait cette situation comme une 'langue marâtre' — le français hérité de la colonisation — qu'elle transformait en instrument de résistance et de libération pour les femmes de son pays.
Sources primaires
J'avais vingt ans, j'avais soif, soif de moi, soif de l'autre, soif du monde. Et j'écrivais parce que l'écriture était la seule façon de m'appartenir.
Une petite fille arabe se rend, chaque matin, en compagnie de son père, à l'école française du village. Un cartable au dos, elle s'avance dans la lumière neuve, cependant que se retournent sur elle quelques fellahs accroupis.
Je suis fille de deux langues et de deux mémoires. Je ne choisis pas entre elles : elles me constituent toutes deux, dans leur conflit même, dans leur amour même.
Écrire en langue française, c'est, pour moi, toujours m'exposer à une lumière étrangère, avec le risque de voir ma propre ombre s'allonger, déformée, sur le sol de l'autre.
Je suis de la tribu des sans-voix, et c'est pourtant ma voix qui résonne dans cette langue que je me suis appropriée, que j'ai retournée comme un gant.
Lieux clés
Ville natale d'Assia Djebar, ancienne cité romaine sur la côte algérienne. Ce lieu chargé d'histoire, à la croisure de civilisations, nourrit profondément son imaginaire de l'entre-deux cultures.
Établissement d'élite parisien où Djebar fut la première femme algérienne admise en 1955. Ce lieu symbolise à la fois l'excellence académique et la contradiction d'une Algérienne formée par la culture de son colonisateur.
Ville où elle enseigna l'histoire à l'université après l'indépendance (1962). La Casbah d'Alger, avec ses femmes recluses et ses ruelles labyrinthiques, est au cœur de son œuvre littéraire et cinématographique.
Massif montagneux kabyle qui donne son nom à son film documentaire de 1978. Ce lieu berbère ancré dans la résistance historique symbolise la mémoire des femmes algériennes rurales qu'elle voulait faire entendre.
Université où Djebar enseigna la littérature francophone de 2001 à sa mort. Son exil américain lui permit d'échapper à la violence de la décennie noire algérienne tout en continuant à écrire et transmettre.
Institution où elle fut élue en 2005 au fauteuil n°5. Siéger sous la Coupole représentait une reconnaissance symbolique majeure pour une écrivaine algérienne postcoloniale écrivant en français.
Objets typiques
Assia Djebar utilisait un magnétophone pour recueillir les témoignages oraux de femmes algériennes. Ces enregistrements nourrissaient son écriture et lui permettaient de restituer la langue vivante des femmes du peuple.
Avant l'ère numérique, Djebar tapait ses manuscrits à la machine. Elle réécrivait inlassablement ses textes, considérant chaque phrase comme une architecture précise entre deux langues.
Ce grand voile blanc traditionnel algérien apparaît souvent dans ses œuvres comme symbole ambivalent — à la fois protection des femmes et assignation à l'invisibilité. Il est central dans 'Les Femmes d'Alger dans leur appartement'.
Lors de ses films documentaires des années 1970, Djebar maniait la caméra pour donner un visage et une voix aux femmes algériennes rurales, prolongeant son travail littéraire par l'image.
Remise lors de la réception à l'Académie française en 2006, cette épée gravée symbolise son entrée dans l'institution littéraire la plus prestigieuse de France, consécration d'une vie de combat par les mots.
Historienne de formation, Djebar s'appuyait sur les archives coloniales françaises pour écrire ses romans. Elle retournait ces textes officiels contre eux-mêmes, en faisant entendre les voix algériennes qu'ils avaient effacées.
Programmes scolaires
Vie quotidienne
Matin
Assia Djebar se levait tôt et consacrait les premières heures de la matinée à l'écriture, moment de concentration absolue avant les obligations universitaires. Elle relisait systématiquement ses pages de la veille, les retravaillant mot à mot dans ce qu'elle appelait sa 'lutte avec la langue française'.
Après-midi
Ses après-midis étaient souvent occupés par l'enseignement à l'université — à Alger dans les années 1960, puis à New York dès les années 2000. Elle recevait aussi des étudiants et des collègues, ou se rendait aux archives pour ses recherches historiques qui alimentaient ses romans.
Soir
Les soirées étaient consacrées aux lectures, à l'écoute de musique andalouse algérienne et aux échanges intellectuels. Lors de ses séjours à Alger, elle participait à des réunions de femmes où elle enregistrait des témoignages oraux pour ses futures œuvres.
Alimentation
Son alimentation reflétait son ancrage méditerranéen : couscous, tajines, légumes du soleil, huile d'olive, thé à la menthe. En France et aux États-Unis, elle adaptait ses habitudes tout en conservant une nostalgie des saveurs algériennes liées à l'enfance et à la famille.
VĂŞtements
Assia Djebar adoptait une tenue sobre et élégante, à mi-chemin entre la modernité occidentale et certains éléments de la tradition algérienne. Elle portait souvent des robes ou tailleurs aux couleurs chaudes — ocre, bordeaux, bleu marine —, sans voile, affirmant par ses vêtements sa liberté de femme laïque et émancipée.
Habitat
Elle a vécu dans des appartements urbains successifs : à Paris dans le Quartier latin, à Alger dans les quartiers intellectuels, puis à New York près de l'université. Ses espaces de vie étaient invariablement envahis de livres, de manuscrits et d'un magnétophone pour ses travaux de collecte orale.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Galerie

Assia Djebar
Journée hommage Assia Djebar Montréal

Assia-Djebar

Assia-Djebar (cropped)

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Style visuel
Un style visuel qui oscille entre la chaleur ocre de l'Algérie méditerranéenne et la rigueur froide des institutions françaises, traversé par les motifs orientalistes revisités et la lumière tamisée des intérieurs féminins.
Prompt IA
Visual style evoking postcolonial Algeria and mid-twentieth century France: warm terracotta and ochre tones of Algerian architecture, white-washed walls blazing under Mediterranean sun, geometric Moorish tile patterns and wrought-iron balconies. Contrast with the cool greys and beiges of Parisian intellectual spaces — book-lined offices, marble institutional halls. The central visual motif draws from Delacroix's 'Women of Algiers' painting: rich jewel-toned fabrics, intricate embroidery, the interplay of concealment and revelation. Documentary film grain aesthetic, black-and-white archive photography of Algerian women. Calligraphic Arabic script intertwined with French handwriting. Soft natural light filtering through moucharaby lattice screens.
Ambiance sonore
Un univers sonore mêlant la Méditerranée algérienne, les voix féminines enregistrées et le silence studieux des bibliothèques parisiennes, reflet de la double vie culturelle d'Assia Djebar.
Prompt IA
Sounds of a sun-drenched Algerian coastal city in the mid-twentieth century: the distant murmur of Mediterranean waves against limestone cliffs, the rhythmic clicking of a typewriter in a quiet study, the muffled voices of women speaking in Algerian Arabic and Berber behind closed courtyard doors. Street sounds of Algiers: vendors calling, children playing, the call to prayer echoing across whitewashed rooftops. In Paris, the hum of a university library, turning pages, a tape recorder replaying women's testimonies. Occasional bursts of traditional Algerian music — chaabi or andalusian nouba — drifting through half-open shutters.
Source du portrait
Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Aller plus loin
Références
Ĺ’uvres
Les Enfants du nouveau monde
1962
Les Femmes d'Alger dans leur appartement
1980
L'Amour, la fantasia
1985
Nulle part dans la maison de mon père
2007

