Assia Djebar(1936 — 2015)

Assia Djebar

France, Algérie

8 min de lecture

LettresÉcrivain(e)Réalisateur/triceActivisteXXe siècleNée sous la colonisation française en Algérie, Assia Djebar vécut la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962) et l'émergence des littératures postcoloniales dans la seconde moitié du XXe siècle.

Assia Djebar, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalayen, est une romancière et cinéaste algérienne de langue française. Pionnière de la littérature féminine maghrébine, elle donna une voix aux femmes algériennes à travers une œuvre mêlant mémoire, Histoire et féminisme. En 2005, elle fut la première femme maghrébine élue à l'Académie française.

Questions fréquentes

Assia Djebar, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalayen (1936-2015), est une romancière et cinéaste algérienne de langue française, pionnière de la littérature féminine maghrébine. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a donné une voix aux femmes algériennes en mêlant mémoire, Histoire et féminisme, devenant en 2005 la première femme maghrébine élue à l'Académie française. Son œuvre, comme L'Amour, la fantasia, explore les tensions entre langues et identités postcoloniales.

Citations célèbres

« La langue française est mon butin de guerre. »
« Écrire, c'est aussi mourir un peu, et vivre davantage. »

Faits marquants

  • 1936 : Naissance à Cherchell, en Algérie coloniale
  • 1957 : Publication de son premier roman La Soif, à 21 ans, sous le pseudonyme Assia Djebar
  • 1979-1985 : Réalise deux films sur les femmes algériennes, dont La Nouba des femmes du Mont Chenoua (Prix de la critique, Venise 1979)
  • 2005 : Première femme maghrébine élue à l'Académie française (fauteuil 5)
  • 2015 : Décès à Paris, laissant une œuvre de référence sur la mémoire coloniale et féminine

Œuvres & réalisations

La Soif (1957)

Premier roman publié à 21 ans, sous pseudonyme, alors qu'elle étudiait à Paris. Récit d'une jeune Algérienne bourgeoise en quête d'identité, il lance une carrière littéraire exceptionnelle.

Les Enfants du nouveau monde (1962)

Roman qui donne voix à des femmes algériennes engagées dans la guerre d'indépendance. C'est l'une des premières fictions à mettre en scène le rôle des femmes dans la résistance anticoloniale.

Les Femmes d'Alger dans leur appartement (1980)

Recueil de nouvelles inspiré des témoignages oraux de femmes algériennes et du tableau de Delacroix. Ce livre marque son retour à la littérature après dix ans de silence et pose les bases de son féminisme.

L'Amour, la fantasia (1985)

Premier volet du Quatuor algérien, chef-d'œuvre qui entrelace la conquête d'Alger en 1830 et l'autobiographie de l'auteure. Ce roman impose Djebar comme l'une des grandes voix de la littérature mondiale.

Ombre sultane (1987)

Deuxième volet du Quatuor, variation sur le mythe de Shéhérazade transposé dans l'Algérie contemporaine. Il interroge la sororité entre femmes et la transmission de la parole féminine.

La Nouba des femmes du Mont Chenoua (1978)

Film documentaire récompensé à la Biennale de Venise, donnant la parole à des femmes berbères rurales. Cette œuvre cinématographique prolonge son projet littéraire de restitution des voix effacées.

Nulle part dans la maison de mon père (2007)

Roman autobiographique et testament littéraire, récit de son enfance et de son rapport à la langue française héritée du colonisateur. Djebar y explore avec une lucidité poignante la question de l'identité fracturée.

Anecdotes

Assia Djebar est la première femme algérienne à intégrer l'École normale supérieure de Sèvres en 1955, une prouesse exceptionnelle pour une jeune femme originaire de Cherchell. Elle y étudie l'histoire, mais une grève estudiantine nationaliste l'oblige à interrompre ses études — elle en profite pour écrire son premier roman, 'La Soif', publié en 1957.

Pour écrire 'Les Femmes d'Alger dans leur appartement' (1980), Assia Djebar a passé de nombreuses heures à enregistrer des femmes algériennes racontant leur quotidien, leurs souffrances et leurs espoirs dans les dialestes arabes et berbères. Elle transformait ainsi une pratique orale vivante en littérature écrite française, créant un pont entre deux mondes culturels.

Assia Djebar a réalisé deux films documentaires sur l'Algérie, dont 'La Nouba des femmes du Mont Chenoua' (1978), qui a remporté le Prix de la critique internationale à la Biennale de Venise. C'est la première fois qu'une réalisatrice algérienne obtenait une telle reconnaissance internationale.

Élue à l'Académie française en 2005, Assia Djebar devient la première femme maghrébine et la première écrivaine de langue française non européenne à siéger sous la Coupole. Lors de son discours de réception, elle rend hommage aux femmes algériennes dont elle s'est fait la porte-voix tout au long de sa vie.

Assia Djebar a longtemps vécu entre plusieurs langues : elle écrivait en français, pensait parfois en arabe algérien et en berbère, et lisait en anglais. Elle décrivait cette situation comme une 'langue marâtre' — le français hérité de la colonisation — qu'elle transformait en instrument de résistance et de libération pour les femmes de son pays.

Sources primaires

La Soif (1957)
J'avais vingt ans, j'avais soif, soif de moi, soif de l'autre, soif du monde. Et j'écrivais parce que l'écriture était la seule façon de m'appartenir.
L'Amour, la fantasia — incipit (1985)
Une petite fille arabe se rend, chaque matin, en compagnie de son père, à l'école française du village. Un cartable au dos, elle s'avance dans la lumière neuve, cependant que se retournent sur elle quelques fellahs accroupis.
Discours de réception à l'Académie française (2006)
Je suis fille de deux langues et de deux mémoires. Je ne choisis pas entre elles : elles me constituent toutes deux, dans leur conflit même, dans leur amour même.
Ces voix qui m'assiègent — essai (1999)
Écrire en langue française, c'est, pour moi, toujours m'exposer à une lumière étrangère, avec le risque de voir ma propre ombre s'allonger, déformée, sur le sol de l'autre.
Vaste est la prison (1995)
Je suis de la tribu des sans-voix, et c'est pourtant ma voix qui résonne dans cette langue que je me suis appropriée, que j'ai retournée comme un gant.

Lieux clés

Cherchell, Algérie

Ville natale d'Assia Djebar, ancienne cité romaine sur la côte algérienne. Ce lieu chargé d'histoire, à la croisure de civilisations, nourrit profondément son imaginaire de l'entre-deux cultures.

École normale supérieure de Sèvres, France

Établissement d'élite parisien où Djebar fut la première femme algérienne admise en 1955. Ce lieu symbolise à la fois l'excellence académique et la contradiction d'une Algérienne formée par la culture de son colonisateur.

Alger, Algérie

Ville où elle enseigna l'histoire à l'université après l'indépendance (1962). La Casbah d'Alger, avec ses femmes recluses et ses ruelles labyrinthiques, est au cœur de son œuvre littéraire et cinématographique.

Mont Chenoua, Algérie

Massif montagneux kabyle qui donne son nom à son film documentaire de 1978. Ce lieu berbère ancré dans la résistance historique symbolise la mémoire des femmes algériennes rurales qu'elle voulait faire entendre.

New York University, États-Unis

Université où Djebar enseigna la littérature francophone de 2001 à sa mort. Son exil américain lui permit d'échapper à la violence de la décennie noire algérienne tout en continuant à écrire et transmettre.

Académie française, Paris

Institution où elle fut élue en 2005 au fauteuil n°5. Siéger sous la Coupole représentait une reconnaissance symbolique majeure pour une écrivaine algérienne postcoloniale écrivant en français.

Voir aussi