Corazón Aquino(1933 — 2009)

Corazón Aquino

Philippines

7 min de lecture

PolitiquePolitiqueActivisteXXe siècleLa seconde moitié du XXe siècle est marquée par la décolonisation et la guerre froide, avec des régimes autoritaires soutenus par les grandes puissances. L'Asie du Sud-Est est traversée par des tensions entre dictatures et aspirations démocratiques.

Corazón Aquino, épouse du militant politique assassiné Benigno Aquino, devient en 1986 la première femme présidente des Philippines après avoir mené la « Révolution du pouvoir populaire » contre la dictature de Ferdinand Marcos. Symbole de démocratie et de courage civique, elle incarne la résistance pacifique et la transition démocratique en Asie du Sud-Est.

Questions fréquentes

Corazón Aquino fut la première femme présidente des Philippines (1986-1992) et un symbole mondial de la résistance pacifique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a mené la Révolution du Pouvoir du Peuple en 1986, une insurrection non-violente qui a renversé la dictature de Ferdinand Marcos sans effusion de sang. Cette révolution a inspiré des mouvements démocratiques en Asie du Sud-Est et au-delà, comme la chute du mur de Berlin trois ans plus tard.

Citations célèbres

« Il m'a fallu tout perdre pour trouver ma force. »

Faits marquants

  • Née en 1933 dans une famille aisée des Philippines, elle épouse Benigno Aquino, opposant au régime Marcos.
  • En 1983, son mari est assassiné à sa descente d'avion à Manille, faisant d'elle le symbole de l'opposition.
  • En 1986, elle mène la Révolution du pouvoir populaire (People Power Revolution), mouvement de désobéissance civile non violente qui renverse Marcos.
  • Élue présidente en 1986, elle rétablit la démocratie, promulgue une nouvelle constitution en 1987 et résiste à plusieurs tentatives de coup d'État.
  • Elle reçoit le prix Sakharov du Parlement européen en 1986 et reste une icône mondiale de la résistance pacifique jusqu'à sa mort en 2009.

Œuvres & réalisations

Constitution des Philippines de 1987 (1987)

Adoptée sous la présidence d'Aquino, cette constitution rétablit la démocratie parlementaire, limite le mandat présidentiel à six ans non renouvelables, et garantit les droits fondamentaux supprimés sous Marcos.

Loi de réforme agraire globale (CARP) (1988)

Programme de redistribution des terres agricoles aux paysans sans terre, l'une des réformes sociales les plus ambitieuses de l'histoire philippine, bien que son application fut incomplète.

Abolition de la loi martiale et libération des prisonniers politiques (1986)

Dès son accession au pouvoir, Aquino libère les milliers de prisonniers politiques emprisonnés par Marcos et rétablit les libertés civiles fondamentales.

Rétablissement du Congrès bicaméral (1987)

Aquino restaure le Sénat et la Chambre des représentants philippins, dissous sous la dictature de Marcos, renforçant ainsi la séparation des pouvoirs.

Négociations de paix avec la guérilla communiste (1986-1987)

Tentatives de dialogue avec le Nouveau Parti du Peuple (NPA) communiste, marquant une rupture avec l'approche exclusivement militaire du régime Marcos.

Anecdotes

Après l'assassinat de son mari Benigno Aquino en 1983 à l'aéroport de Manille, Corazón décide de s'engager en politique malgré son manque d'expérience. Elle déclare : « On m'accuse de n'avoir aucune expérience. C'est vrai. Je n'ai jamais été impliquée dans la corruption. » Cette phrase devient un slogan puissant contre le régime de Marcos.

Lors de la révolution pacifique de février 1986, des millions de Philippins descendent dans les rues de Manille en tenant des fleurs jaunes et des images de la Vierge Marie. Face aux chars envoyés par Marcos, des religieuses et des civils se placent devant les blindés, les arrêtant net. Cette « Révolution du Pouvoir du Peuple » (People Power Revolution) s'impose comme un modèle mondial de résistance non-violente.

Corazón Aquino a toujours porté le jaune, couleur choisie en hommage à la chanson « Tie a Yellow Ribbon Round the Ole Oak Tree », symbole d'espoir au retour de son mari emprisonné. Cette couleur devient l'emblème de toute son action politique, et ses partisans la surnomment affectueusement « Cory ».

Malgré sept tentatives de coup d'État entre 1986 et 1992, Corazón Aquino reste au pouvoir sans jamais instaurer la loi martiale, contrairement à son prédécesseur. Elle rétablit la démocratie et respecte la Constitution en refusant de briguer un second mandat présidentiel, un geste rare en Asie du Sud-Est à l'époque.

Sources primaires

Discours d'investiture de Corazón Aquino (25 février 1986)
Je demande au Seigneur de me donner la sagesse de gouverner avec justice, le courage d'agir selon mes convictions, et la compassion pour servir tous les Philippins, riches et pauvres.
Discours devant le Congrès américain (20 septembre 1986)
Notre peuple a décidé de combattre la dictature par la paix et la prière. Ce choix nous a coûté cher, mais il nous a rendu notre liberté.
Déclaration après l'assassinat de Benigno Aquino (21 août 1983)
Ils peuvent tuer mon mari, mais ils ne peuvent pas tuer ses idées ni le rêve de liberté de notre peuple.
Interview accordée au magazine Time (1986)
Je suis une simple femme au foyer qui a été propulsée par les circonstances au cœur de la lutte pour la démocratie. Je n'ai pas choisi ce rôle, mais je l'assume pleinement.

Lieux clés

Manille, Palais de Malacañang

Résidence officielle et siège du président des Philippines, que Corazón Aquino occupa de 1986 à 1992 après l'exil de Marcos. Elle décida de ne pas y résider à titre permanent pour marquer la rupture avec l'ostentation du régime précédent.

Aéroport international Ninoy Aquino de Manille

C'est ici que Benigno Aquino fut assassiné le 21 août 1983 à son retour d'exil, déclenchant le mouvement populaire qui mènera Corazón au pouvoir. L'aéroport porte aujourd'hui le prénom de Benigno (Ninoy) en sa mémoire.

Avenue EDSA, Manille

Artère principale de Manille où se déroula la Révolution du Pouvoir du Peuple en février 1986. Des millions de Philippins y formèrent une chaîne humaine pour bloquer les forces armées pro-Marcos.

Tarlac, Luçon

Province natale de la famille Cojuangco à laquelle appartenait Corazón. Elle y grandit dans une famille de grands propriétaires terriens, ce qui explique les tensions autour de la réforme agraire pendant sa présidence.

Boston, États-Unis

Ville où Corazón Aquino fit ses études universitaires au Mount Saint Vincent College, puis où la famille s'exila de 1980 à 1983. C'est depuis les États-Unis qu'elle suivit la montée de l'opposition à Marcos.

Liens externes & ressources

Voir aussi