Dorothy Ashby(1932 — 1986)

Dorothy Ashby

États-Unis

7 min de lecture

MusiqueCompositeur/triceXXe siècleÉtats-Unis du milieu du XXe siècle, marqué par l'âge d'or du jazz, le mouvement des droits civiques et l'essor de la soul

Dorothy Ashby est une harpiste et compositrice de jazz américaine, considérée comme l'une des pionnières ayant imposé la harpe comme instrument soliste à part entière dans le jazz. Active des années 1950 aux années 1980, elle a fusionné jazz, musiques du monde et soul.

Questions fréquentes

Dorothy Ashby (1932-1986) est une harpiste et compositrice américaine qui a imposé la harpe comme instrument soliste de jazz, alors qu'elle était cantonnée au répertoire classique de salon. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a surmonté trois obstacles majeurs selon ses propres mots : être une femme, être noire et jouer d'un instrument que personne n'associait au jazz. Son premier album The Jazz Harpist (1957) en est la preuve éclatante : elle y improvise avec la liberté d'un saxophoniste, accompagnée d'une rythmique swing. Ce faisant, elle a ouvert une voie nouvelle pour l'instrument dans le jazz et la soul.

Faits marquants

  • Née le 6 août 1932 à Détroit dans une famille de musiciens
  • Publie son album phare 'Afro-Harping' en 1968, mêlant jazz, funk et sonorités exotiques
  • Impose la harpe, instrument rare dans le jazz, comme instrument d'improvisation soliste
  • Très demandée comme musicienne de studio dans les années 1970 (Stevie Wonder, Bill Withers)
  • Décède le 13 avril 1986 à Santa Monica (Californie)

Œuvres & réalisations

The Jazz Harpist (1957)

Son premier album sous son nom, qui impose la harpe comme instrument soliste de jazz à part entière.

Hip Harp (1958)

Enregistré avec le flûtiste Frank Wess pour Prestige ; un dialogue raffiné entre harpe et flûte sur des bases de hard bop.

In a Minor Groove (1958)

Deuxième collaboration avec Frank Wess, confirmant sa place dans le jazz de la côte est.

Afro-Harping (1968)

Son disque le plus célèbre, produit par Richard Evans : un mélange de jazz, de funk, de soul et de sonorités africaines, très échantillonné plus tard par les producteurs de hip-hop.

Dorothy's Harp (1969)

Album prolongeant la veine soul-jazz d'« Afro-Harping », avec reprises de tubes de l'époque.

The Rubaiyat of Dorothy Ashby (1970)

Œuvre la plus aventureuse : elle y chante, joue du koto et s'inspire de la poésie persane d'Omar Khayyam.

Harpe sur « Songs in the Key of Life » de Stevie Wonder (1976)

Sa participation à ce chef-d'œuvre de la soul, notamment sur « If It's Magic », illustre son statut de musicienne de studio de premier plan.

Musiques pour les Ashby Players (années 1960)

Compositions écrites pour la troupe de théâtre afro-américaine qu'elle a cofondée à Detroit avec son mari John Ashby.

Anecdotes

Dorothy Ashby aimait dire qu'elle avait trois handicaps pour percer dans le jazz : être une femme, être noire, et jouer d'un instrument que presque personne n'associait à cette musique. La harpe était alors vue comme un instrument de salon, classique et « féminin » ; elle a passé des années à convaincre le public et les musiciens qu'on pouvait swinguer avec.

Elle a grandi à Detroit dans une famille de musiciens : son père, Wiley Thompson, était guitariste de jazz et invitait souvent des musiciens à la maison. La petite Dorothy apprenait en les écoutant, et commença par le piano et le saxophone au célèbre lycée Cass Technical avant de tomber amoureuse de la harpe.

En 1970, elle enregistre « The Rubaiyat of Dorothy Ashby », un album inspiré d'un recueil de poèmes persans du Moyen Âge, le Rubaiyat d'Omar Khayyam. Sur ce disque, elle chante et joue aussi du koto, une cithare japonaise à treize cordes : un mélange audacieux de jazz, de soul et de musiques du monde, très en avance sur son temps.

On entend la harpe de Dorothy Ashby sur l'un des albums les plus célèbres de la soul : « Songs in the Key of Life » de Stevie Wonder (1976), notamment sur le morceau « If It's Magic ». Recherchée comme musicienne de studio, elle a ainsi fait entendre son instrument à des millions d'auditeurs qui ne l'auraient jamais croisée dans un club de jazz.

Avec son mari John Ashby, percussionniste et auteur, elle a fondé à Detroit une troupe de théâtre afro-américaine, les Ashby Players, pour laquelle elle composait la musique. Elle a aussi animé une émission de radio, prouvant qu'elle était autant artiste qu'entrepreneuse culturelle de sa communauté.

Sources primaires

Propos rapportés de Dorothy Ashby sur la harpe dans le jazz (années 1960-1970)
J'avais comme trois handicaps : être une femme, être noire, et jouer d'un instrument que les gens — et surtout les musiciens — n'arrivaient pas à imaginer dans le jazz.
Disque « The Jazz Harpist », premier album sous son nom (Regent Records) (1957)
Premier enregistrement entièrement consacré à la harpe comme instrument soliste de jazz : Dorothy Ashby y improvise comme le ferait un saxophoniste ou un pianiste, accompagnée d'une rythmique de jazz.
Disque « Afro-Harping » (Cadet Records, production Richard Evans) (1968)
Album emblématique mêlant harpe, cordes, percussions et groove funk ; il fait dialoguer le jazz avec la soul et les sonorités africaines, et reste son disque le plus écouté.
Crédits de l'album « Songs in the Key of Life » de Stevie Wonder (1976)
Dorothy Ashby est créditée à la harpe sur l'album, notamment sur la chanson « If It's Magic », preuve de sa reconnaissance comme musicienne de studio de premier plan.

Lieux clés

Detroit, Michigan

Sa ville natale, où elle grandit dans une famille de musiciens et débute sa carrière. Berceau de la Motown et capitale de la soul.

Cass Technical High School, Detroit

Lycée réputé pour son programme musical, où elle étudie le piano et le saxophone aux côtés de futurs grands noms du jazz de Detroit.

Studios de Chess / Cadet Records, Chicago

C'est pour le label Cadet, à Chicago, qu'elle enregistre son album le plus célèbre, « Afro-Harping », en 1968.

Région de New York, studios de Prestige Records

Elle y grave à la fin des années 1950 des albums avec le flûtiste Frank Wess, comme « Hip Harp » et « In a Minor Groove ».

Santa Monica, Californie

Installée en Californie, elle devient une musicienne de studio recherchée pour la pop et la soul, et y meurt en 1986.

Voir aussi