Cinéaste soviétique d'avant-garde (1896-1954), pionnier du cinéma documentaire et théoricien du « Ciné-Œil ». Il révolutionne le langage cinématographique avec ses Ciné-Pravda et son chef-d'œuvre L'Homme à la caméra (1929).
Dziga Vertov(1896 — 1954)
Dziga Vertov
république socialiste fédérative soviétique de Russie, Union soviétique, Empire russe, Russie soviétique
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« Je suis le Ciné-Œil. Je suis l'œil mécanique.»
« Vive la vie telle qu'elle est !»
Faits marquants
- 1896 : naissance à Bialystok (Empire russe) sous le nom de Denis Kaufman
- 1918-1919 : rejoint le comité cinématographique bolchévique et commence les Ciné-Journaux
- 1922-1925 : réalise les Ciné-Pravda (Kino-Pravda), 23 numéros de journaux filmés
- 1929 : réalise L'Homme à la caméra, film expérimental sans intertitres ni scénario
- 1954 : mort à Moscou dans une relative disgrâce après avoir été marginalisé sous Staline
Œuvres & réalisations
Série de 23 journaux filmés diffusés dans toute l'URSS, mêlant actualités, propagande bolchevique et expérimentations cinématographiques (surimpressions, accélérés, intertitres poétiques). Véritable laboratoire de la théorie du Ciné-Œil.
Premier long métrage documentaire de Vertov illustrant sa méthode de « vie à l'improviste » : filmer la vie soviétique sans acteurs ni mise en scène. Il reçut la médaille d'argent à l'Exposition universelle de Paris en 1925.
Film commandé par l'organisation soviétique Gostorg, présentant la diversité des peuples de l'URSS. Vertov en fit un poème visuel sur la géographie humaine de l'empire soviétique.
Chef-d'œuvre absolu de Vertov et monument du cinéma mondial : une journée dans la vie soviétique, sans acteurs ni scénario, avec une virtuosité technique éblouissante (split-screen, ralentis, arrêts sur image). Régulièrement présent dans les classements des plus grands films de l'histoire.
Premier long métrage sonore soviétique, tourné dans les mines du Donbass. Vertov y explore le son industriel comme matériau musical, créant une symphonie documentaire sur le travail ouvrier.
Film lyrique consacré à la mémoire de Lénine à travers les chants traditionnels des femmes d'Asie centrale. Dernier grand succès de Vertov, salué internationalement comme une œuvre majeure du cinéma documentaire.
Anecdotes
Denis Kaufman choisit le pseudonyme « Dziga Vertov » dès ses débuts dans le cinéma soviétique : en ukrainien, « dziga » désigne une toupie qui tourne sans cesse, et « vertov » vient du verbe « tourner ». Ce nom-programme résumait toute sa philosophie : le cinéma doit être en mouvement perpétuel, capturant la vie à la vitesse de la réalité elle-même.
Convaincu que la caméra voyait mieux que l'œil humain, Vertov développa la théorie du « Ciné-Œil » (Kino-Glaz) : l'objectif photographique, dépourvu de préjugés, enregistre le réel de façon plus pure que le regard biaisé de l'être humain. Il expérimentait des angles impossibles — caméra attachée à une moto, filmée depuis un puits ou une fenêtre en mouvement — pour montrer ce que l'œil ordinaire ne peut voir.
Pour L'Homme à la caméra (1929), Vertov imposa une règle radicale : aucun acteur, aucun décor construit, aucun scénario, aucun intertexte explicatif. Son épouse et monteuse Elizaveta Svilova apparaît même à l'écran en train d'assembler les bobines, rendant visible le processus de fabrication du film et brisant ainsi le quatrième mur du cinéma documentaire.
Dès 1918, à seulement 22 ans, Vertov monta à bord des « trains d'agitation » (agit-trains) du gouvernement bolchevique : ces convois sillonnaient la Russie en guerre civile, projetant des films de propagande dans les campagnes et filmant combats et vie soviétique. C'est ainsi qu'il forgea son style documentaire radical, loin de tout studio.
Malgré ses films de propagande soviétique, Vertov tomba progressivement en disgrâce après que le réalisme socialiste devint la doctrine officielle en 1934. Son cinéma expérimental, jugé trop abstrait et « formaliste » pour les masses, fut marginalisé. Il mourut en 1954, presque oublié, après des années d'impossibilité de mener à bien ses projets.
Sources primaires
Nous nous détournons du cinéma-œil vers la vie réelle. Nous partons à la conquête de la vie telle qu'elle est, en dehors de toute mise en scène et de tout studio.
Je suis le ciné-œil. Je suis l'œil mécanique. Moi, machine, je vous montre un monde à ma façon, un monde que vous ne pouvez voir que par moi.
Il faut libérer la caméra de l'immobilité humaine [...] La caméra mobile, aérienne, suspendue, plongeante, doit explorer le monde en tous sens.
Le cinéma-œil n'est pas un moyen de reproduire la réalité mais de l'organiser et de la révéler selon des lois propres à la vision mécanique.
Lieux clés
Ville natale de Denis Kaufman (Dziga Vertov), né en 1896 dans ce centre industriel et culturel de l'Empire russe. La famille Kaufman, d'origine juive, quitta la ville pendant la Première Guerre mondiale.
Principale ville de travail de Vertov : il y monta les Kino-Pravda, y théorisa le Ciné-Œil et travailla pour les studios d'État soviétiques jusqu'à sa mort en 1954. Il y connut les années de gloire puis de lente marginalisation.
Vertov travailla plusieurs années au studio VUFKU à Kiev, où furent tournées de nombreuses séquences de L'Homme à la caméra (1929) aux côtés d'Odessa et de Kharkov.
Région minière et industrielle où Vertov tourna Enthousiasme (1931), son premier film sonore. Il y enregistra les bruits des machines et des puits de mine, révolutionnant l'usage du son au cinéma.
Port ukrainien où furent tournées d'importantes séquences de L'Homme à la caméra (1929) : scènes de plage, de marché, de circulation urbaine illustrant la vie soviétique quotidienne.
