Edmond et Jules de Goncourt

Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt

9 min de lecture

LettresCultureArts visuelsXIXe siècleFrance du Second Empire et de la IIIe République naissante — époque du naturalisme, du japonisme et de l'essor de la critique d'art

Frères écrivains et critiques d'art français, ils sont les cofondateurs du naturalisme littéraire avec des romans comme Germinie Lacerteux (1864). Leur Journal intime, tenu de 1851 à 1896, est un témoignage capital sur la vie artistique et littéraire du XIXe siècle. Par testament, Edmond institua l'Académie Goncourt, qui remet depuis 1903 le prix littéraire le plus prestigieux de France.

Citations célèbres

« Nous avons été les premiers à écrire la femme du peuple, la femme vraie, la femme sans fard et sans mensonge. (Préface de Germinie Lacerteux, 1864) »

Faits marquants

  • 1822 : Naissance d'Edmond de Goncourt ; 1830 : naissance de Jules de Goncourt
  • 1851 : Début de la rédaction du Journal, tenu jusqu'à la mort d'Edmond en 1896
  • 1864 : Publication de Germinie Lacerteux, roman fondateur du naturalisme français
  • 1870 : Mort de Jules de Goncourt ; Edmond continue seul l'œuvre commune
  • 1896 : Le testament d'Edmond fonde l'Académie Goncourt ; premier Prix Goncourt décerné en 1903

Œuvres & réalisations

En 18… (1851)

Premier roman cosigné par les deux frères, il marque leur entrée en littérature par le réalisme et la documentation précise. Aujourd'hui peu lu, il annonce déjà leur méthode d'observation clinique du réel.

Germinie Lacerteux (1864)

Roman fondateur du naturalisme, inspiré de leur propre servante Rose Malingre, alcoolique et libertine. La préface en revendique le droit d'écrire sur les classes populaires avec la rigueur d'un clinicien, précédant Zola de plus d'une décennie.

Renée Mauperin (1864)

Portrait d'une jeune femme indépendante et moderne se heurtant aux conventions bourgeoises. Roman psychologique et social admiré pour la finesse de son écriture et la modernité de son héroïne.

Manette Salomon (1867)

Roman sur le monde des peintres et des modèles à Montmartre, reflet direct de la vie artistique que les Goncourt observaient au quotidien. L'une des premières œuvres à décrire le milieu de l'art avec un réalisme documenté.

Madame Gervaisais (1869)

Dernier roman cosigné par les deux frères, sur une femme emportée par le mysticisme romain. Considéré comme leur œuvre commune la plus aboutie sur le plan stylistique, il clôt dix-huit ans de collaboration fraternelle.

Journal (1851-1896) (1851-1896)

Chronique quotidienne de la vie artistique et littéraire du XIXe siècle, tenue pendant quarante-cinq ans. Source historique irremplaçable, le Journal livre des portraits vivants de Flaubert, Zola, Daudet, Turgenev et de la princesse Mathilde.

Utamaro (1891) et Hokousaï (1896) (1891-1896)

Monographies pionnières consacrées aux maîtres japonais de l'estampe, publiées par Edmond seul. Ces essais contribuèrent décisivement à faire reconnaître l'art japonais en Europe et à nourrir le japonisme chez les peintres impressionnistes et post-impressionnistes.

Anecdotes

Edmond et Jules de Goncourt formaient un duo d'écrivains si fusionnel qu'ils rédigeaient ensemble, phrase par phrase, leurs romans et leur Journal. Quand Jules mourut d'une syphilis cérébrale en juin 1870, Edmond confessa qu'il lui semblait avoir perdu la moitié de lui-même ; il continua seul le Journal pendant vingt-six ans, comme un dialogue interminable avec son frère disparu.

Les Goncourt furent parmi les tout premiers Français à collectionner l'art japonais, bien avant que le terme « japonisme » n'existe. Dès les années 1860, ils achetaient des estampes ukiyo-e, des laques et des porcelaines dans une boutique parisienne tenue par une marchande de la rue de Rivoli. Leur enthousiasme contribua à introduire l'esthétique japonaise chez des artistes comme Degas, Monet et Van Gogh.

La préface de Germinie Lacerteux (1864) est un véritable manifeste littéraire : les frères y revendiquent le droit d'écrire sur les gens du peuple avec la même rigueur clinique qu'un médecin examine un malade. Ce texte court et percutant est considéré comme l'acte de naissance du naturalisme en France, précédant Zola de plusieurs années.

Edmond de Goncourt tenait chaque dimanche un « grenier » littéraire dans sa maison d'Auteuil, où il recevait Zola, Daudet, Maupassant et bien d'autres. Ces réunions informelles, baptisées « dîners du grenier », étaient si célèbres qu'elles pesèrent sur toute la vie littéraire parisienne des années 1880-1890. C'est dans cet esprit de fraternité intellectuelle qu'Edmond imagina l'Académie Goncourt dans son testament.

Le premier Prix Goncourt, décerné en 1903, fut source de polémiques immédiates : le jury, constitué des dix académiciens désignés par le testament d'Edmond, récompensa John-Antoine Nau pour Force ennemie, un choix qui surprit beaucoup de lecteurs. Depuis lors, le prix est chaque année l'un des événements littéraires les plus commentés de France, capable de propulser un roman vers des ventes considérables.

Sources primaires

Préface de Germinie Lacerteux (1864)
Vivant au XIXe siècle, dans un temps de suffrage universel, de démocratie, de libéralisme, nous nous sommes demandé si ce qu'on appelle les basses classes n'avait pas droit au Roman.
Journal des Goncourt — entrée du 20 juin 1870 (mort de Jules) (20 juin 1870)
Mon frère est mort ce matin. Je demeure seul dans un appartement où tout parle de lui, où sa main a touché chaque objet. Il me semble que je ne suis plus qu'une moitié d'homme.
Journal des Goncourt — sur les estampes japonaises (vers 1862)
Nous avons trouvé, dans une boutique de curiosités, des albums japonais d'une fantaisie et d'un imprévu qui nous ont ravis ; des dessins d'une légèreté, d'une vivacité, d'un naturel que l'art européen n'atteint presque jamais.
Testament d'Edmond de Goncourt (extrait) (1896)
Mon désir est que mes rentes servent à fonder un prix littéraire annuel décerné à l'auteur du meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année.

Lieux clés

Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Ville natale d'Edmond de Goncourt (né le 26 mai 1822). Nancy, cité d'art baroque et rococo héritière du duché de Lorraine, nourrit dès l'enfance le goût d'Edmond pour la beauté décorative et l'artisanat raffiné.

Le Grenier d'Auteuil, 67 boulevard Montmorency, Paris (16e arr.)

La maison d'Edmond de Goncourt à Auteuil, où il s'installa après la mort de Jules. Il y organisa chaque dimanche les célèbres « dîners du grenier » réunissant Zola, Daudet, Maupassant et l'élite littéraire de la IIIe République naissante.

Salon de la Princesse Mathilde, rue de Courcelles, Paris (8e arr.)

Nièce de Napoléon Ier, la princesse Mathilde tenait le salon mondain et intellectuel le plus réputé du Second Empire, où les Goncourt côtoyaient Flaubert, Sainte-Beuve, Turgenev et Gautier. C'est là qu'ils forgèrent l'essentiel de leur réseau littéraire et artistique.

Restaurant Drouant, place Gaillon, Paris (2e arr.)

Depuis 1914, l'Académie Goncourt se réunit chaque mois au restaurant Drouant pour délibérer et, chaque novembre, remettre le Prix Goncourt. Ce lieu incarne la continuité de l'œuvre testamentaire d'Edmond de Goncourt.

Champrosay (Draveil, Essonne)

Maison de campagne où Edmond de Goncourt mourut le 16 juillet 1896, en visite chez son ami Alphonse Daudet. Il y passait souvent les étés à écrire et à recevoir dans un cadre bucolique éloigné de l'agitation parisienne.

Voir aussi