Portrait de Elizabeth Anscombe

Elizabeth Anscombe

G. E. M. Anscombe

1919 — 2001

Royaume-Uni

PhilosophiePhilosopheXXe siècle

Émotions disponibles (6)

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Faits marquants

    Œuvres & réalisations

    Intention (1957)

    Son œuvre majeure, fondatrice de la philosophie de l'action moderne. Anscombe y analyse la notion d'intention, distinguant action intentionnelle et comportement causalement déterminé, avec une influence considérable sur la philosophie analytique et l'éthique.

    Modern Moral Philosophy (1958)

    Article court mais révolutionnaire dans lequel Anscombe forge le terme 'conséquentialisme', critique les théories morales modernes et appelle à un retour à l'éthique aristotélicienne des vertus, redéfinissant l'agenda de la philosophie morale anglophone.

    An Introduction to Wittgenstein's Tractatus (1959)

    Introduction savante et rigoureuse au Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. Ce livre demeure l'une des meilleures portes d'entrée à l'œuvre du philosophe autrichien et témoigne de la profondeur du travail d'Anscombe en tant qu'interprète.

    Traduction des Recherches philosophiques de Wittgenstein (Philosophical Investigations) (1953)

    Traduction en anglais de l'œuvre posthume majeure de Wittgenstein, réalisée à partir de ses manuscrits. Ce travail titanesque d'éditrice et de traductrice a rendu accessible au monde anglophone la philosophie du langage ordinaire de Wittgenstein.

    Collected Philosophical Papers (3 volumes) (1981)

    Recueil de l'ensemble de ses articles philosophiques, couvrant la métaphysique, la philosophie de l'action, l'éthique et la philosophie de l'esprit. Constitue la référence principale pour étudier la pensée d'Anscombe dans sa globalité.

    Mr Truman's Degree (1958)

    Pamphlet dans lequel Anscombe justifie son vote contre le doctorat honorifique accordé à Harry Truman, au nom de la doctrine de la guerre juste. Texte court mais d'une grande force argumentative sur la responsabilité morale des dirigeants politiques.

    Anecdotes

    Lors d'une conférence à Oxford dans les années 1950, Anscombe s'opposa publiquement à la décision d'accorder un doctorat honorifique à Harry Truman, président américain qui avait ordonné les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki. Elle fut l'une des rares voix académiques à voter contre, arguant qu'honorer un homme responsable de la mort délibérée de civils innocents était moralement inacceptable.

    Élève et amie proche de Ludwig Wittgenstein, Anscombe fut l'une des rares personnes à qui le philosophe autrichien faisait entièrement confiance. À la mort de Wittgenstein en 1951, il la désigna comme l'une de ses trois exécuteurs testamentaires littéraires, lui confiant la tâche immense de traduire et publier ses œuvres posthumes, dont les célèbres Investigations philosophiques.

    Anscombe était connue pour sa personnalité directe et sans concession. Elle portait souvent un monocle et fumait le cigare, ce qui était particulièrement inhabituel pour une femme de son époque. En cours, elle n'hésitait pas à remettre en place les étudiants qui formulaient des arguments qu'elle jugeait insuffisamment rigoureux, parfois avec une franchise qui intimidait ses interlocuteurs.

    Catholique pratiquante convaincue, Anscombe s'opposa fermement à la contraception artificielle et défendit publiquement l'encyclique Humanae Vitae de 1968. Cette position lui valut des critiques sévères, même dans les milieux catholiques progressistes. Mère de sept enfants, elle estimait que sa vie personnelle devait être cohérente avec ses convictions philosophiques et morales.

    Son article de 1958, 'Modern Moral Philosophy', est considéré comme l'un des textes fondateurs de l'éthique de la vertu contemporaine. Dans cet essai, elle forgea le terme 'conséquentialisme' pour critiquer les théories morales qui justifient les actes uniquement par leurs résultats, ouvrant ainsi un débat philosophique qui structure encore aujourd'hui l'enseignement de l'éthique dans les universités du monde entier.

    Sources primaires

    Intention (1957)
    The question 'why?' is not a request for causes; it is a request for reasons. When I ask why you did something, I am asking for your reason, not for a causal explanation of your behavior.
    Modern Moral Philosophy (1958)
    The concepts of obligation, and duty—moral obligation and moral duty, that is to say—and of what is morally right and wrong, and of the moral sense of 'ought', ought to be jettisoned if this is psychologically possible.
    Mr Truman's Degree (pamphlet) (1958)
    For men to choose to kill the innocent as a means to their ends is always murder, and murder is one of the worst of human actions. So that Mr. Truman's decision to use the atom bomb is objectively the decision of a mass murderer.
    Causality and Determination (conférence inaugurale à Cambridge) (1971)
    Causality is not the same thing as necessity. The discovery of a cause does not entail the discovery of a law-like necessity governing events.

    Lieux clés

    Somerville College, Oxford

    C'est à Oxford qu'Anscombe fit ses études supérieures et se convertit au catholicisme. Elle y développa les bases de sa pensée philosophique et rencontra les grands esprits analytiques de son temps.

    Cambridge, Faculty of Philosophy

    Anscombe suivit les séminaires de Wittgenstein à Cambridge dans les années 1940 et y occupa une chaire de philosophie de 1970 à 1986, succédant à une longue lignée de penseurs analytiques. C'est là qu'elle mourut en 2001.

    Rome, Vatican

    Anscombe se rendit plusieurs fois à Rome dans le cadre de ses réflexions sur l'éthique catholique et sa défense de l'enseignement de l'Église. Son engagement auprès des milieux intellectuels catholiques était reconnu jusqu'au Saint-Siège.

    Oxford, Radcliffe Camera (Bodleian Library)

    La grande bibliothèque d'Oxford fut un lieu de travail essentiel pour Anscombe lors de ses recherches et de la préparation de ses traductions et éditions des œuvres de Wittgenstein.

    Limerick, Irlande

    Ville natale d'Elizabeth Anscombe, née le 18 mars 1919. Ses origines irlandaises et son éducation catholique influencèrent durablement son rapport à la tradition et à la morale.

    Objets typiques

    Monocle

    Anscombe portait fréquemment un monocle, accessoire qui lui donnait une allure singulière dans les milieux académiques. Ce détail vestimentaire reflétait son indifférence aux conventions sociales et son caractère affirmé.

    Cigare

    Grande fumeuse de cigares, Anscombe en allumait régulièrement lors de ses séances de travail et de ses discussions philosophiques. Ce geste, très inhabituel pour une femme de l'époque, soulignait sa volonté de ne pas se soumettre aux attentes sociales liées au genre.

    Cahiers de Wittgenstein

    En tant qu'exécutrice testamentaire de Wittgenstein, Anscombe avait accès aux carnets et manuscrits inédits du philosophe. Elle passa des années à les déchiffrer, les traduire et les préparer pour la publication, un travail d'éditrice scientifique colossal.

    Chapelet

    Catholique pratiquante, Anscombe priait quotidiennement et portait son chapelet. Sa foi était indissociable de sa réflexion philosophique sur l'éthique, la volonté et l'intention morale.

    Machine à écrire

    Comme la plupart des intellectuels de sa génération, Anscombe rédigeait ses articles et ouvrages à la machine à écrire. Ses textes, souvent denses et techniques, étaient le fruit d'un travail de reformulation minutieux.

    Tableau noir d'amphithéâtre à Oxford et Cambridge

    Ses cours magistraux, réputés pour leur rigueur et leur densité, se déroulaient face à un tableau noir sur lequel elle décomposait ses arguments logiques. Ses étudiants la décrivaient comme une enseignante exigeante mais d'une clarté intellectuelle rare.

    Programmes scolaires

    LycéePhilosophie

    Vocabulaire & tags

    Vocabulaire clé

    Tags

    Elizabeth AnscombephilosophiephilosophePenseurfeminismeFéminisme, droits des femmes

    Vie quotidienne

    Matin

    Anscombe commençait sa journée par la messe quotidienne, pratique spirituelle centrale dans sa vie. Elle rentrait ensuite chez elle pour un petit-déjeuner simple avant de se plonger dans ses travaux de rédaction ou de traduction, généralement à sa machine à écrire, dans le calme du matin.

    Après-midi

    Ses après-midis étaient consacrés à l'enseignement et aux séminaires philosophiques à Oxford puis à Cambridge. Elle menait des discussions intenses avec ses étudiants et collègues, n'hésitant pas à défier les arguments qu'elle estimait insuffisamment rigoureux, parfois pendant des heures.

    Soir

    Le soir, Anscombe retrouvait sa famille nombreuse — elle était mère de sept enfants — partageant le repas dans une vie domestique active. Elle continuait souvent à lire et à annoter des textes philosophiques tard dans la nuit, un cigare à la main.

    Alimentation

    Anscombe avait une alimentation simple et peu préoccupée par les raffinements culinaires, typique de la classe intellectuelle britannique de l'après-guerre. Elle ne séparait pas les préoccupations de la table des débats philosophiques, accueillant souvent collègues et étudiants à dîner.

    VĂŞtements

    Elle portait des tenues pratiques et sobres, souvent sombres, peu soucieuses de la mode. Son monocle, accessoire peu commun pour une femme, et son cigare étaient ses attributs les plus reconnaissables, lui conférant une présence singulière dans les milieux académiques britanniques.

    Habitat

    Anscombe vécut dans des logements de style victorien et édouardien, typiques des quartiers résidentiels proches des universités d'Oxford et Cambridge. Son foyer était animé par ses sept enfants et son mari, le philosophe Peter Geach, créant une atmosphère à la fois intellectuelle et familiale.

    Frise contextuelle

    1919Naissance d'Elizabeth Anscombe Ă  Limerick, en Irlande, le 18 mars.
    1939Début de la Seconde Guerre mondiale ; Anscombe entre à Somerville College, Oxford, et se convertit au catholicisme.
    1942Anscombe commence à suivre les séminaires de Ludwig Wittgenstein à Cambridge ; début d'une collaboration intellectuelle décisive.
    1945Bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki ; Anscombe commence à réfléchir à l'éthique de la guerre juste.
    1951Mort de Wittgenstein ; il désigne Anscombe comme exécutrice testamentaire et traductrice de ses œuvres.
    1953Publication des Recherches philosophiques de Wittgenstein, traduites en anglais par Anscombe.
    1957Publication d'Intention, œuvre majeure qui fonde la philosophie de l'action contemporaine.
    1958Publication de 'Modern Moral Philosophy', article fondateur qui forge le terme 'conséquentialisme' et relance l'éthique des vertus.
    1968Publication de l'encyclique Humanae Vitae par Paul VI ; Anscombe la défend publiquement contre la contraception artificielle.
    1970Anscombe devient professeure à Cambridge (Chair of Philosophy), succédant à von Wright sur la chaire autrefois occupée par Wittgenstein.
    1981Publication de ses Collected Philosophical Papers en trois volumes, rassemblant ses contributions majeures.
    1986Anscombe prend sa retraite de Cambridge ; elle continue néanmoins à écrire et enseigner.
    2001Mort d'Elizabeth Anscombe à Cambridge le 5 janvier, à l'âge de 81 ans.

    Vocabulaire d'époque

    Philosophie analytique — Courant philosophique dominant dans les pays anglophones au XXe siècle, qui cherche à clarifier les problèmes philosophiques par l'analyse rigoureuse du langage et de la logique. Anscombe en fut l'une des grandes représentantes.
    Intention — En philosophie de l'action, l'intention désigne le but conscient qu'un agent se fixe lorsqu'il agit. Anscombe distingue l'action intentionnelle du simple comportement causé, ce qui est fondamental pour juger de la responsabilité morale.
    Conséquentialisme — Terme forgé par Anscombe en 1958 pour désigner les théories éthiques qui jugent la valeur morale d'un acte uniquement à ses conséquences (dont l'utilitarisme). Elle critiquait cette approche pour avoir supprimé la notion de crime intrinsèquement interdit.
    Éthique des vertus — Tradition morale héritée d'Aristote qui juge la valeur d'une personne à ses dispositions de caractère (vertus) plutôt qu'à ses actes isolés ou à leurs conséquences. Anscombe fut pionnière dans le renouveau de ce courant au XXe siècle.
    Guerre juste (doctrine de la) — Ensemble de critères théologiques et philosophiques, développés depuis saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, permettant de déterminer si une guerre ou un acte de violence est moralement justifiable. Anscombe appliqua cette doctrine pour condamner les bombardements atomiques.
    Acte intrinsèquement mauvais — En éthique catholique et dans la philosophie d'Anscombe, désigne un acte qui est moralement interdit quelles que soient les intentions ou les conséquences, comme tuer délibérément un innocent. S'oppose au conséquentialisme.
    Philosophie du langage ordinaire — Courant philosophique développé à Oxford et Cambridge, notamment sous l'influence de Wittgenstein, qui étudie comment le langage courant structure notre compréhension du monde et résout les faux problèmes philosophiques.
    Humanae Vitae — Encyclique publiée par le pape Paul VI en 1968, réaffirmant l'interdiction catholique de la contraception artificielle. Anscombe la défendit publiquement et en fit un enjeu philosophique sur la nature de l'acte humain.
    Causalité — Relation par laquelle un événement (la cause) provoque un autre événement (l'effet). En philosophie analytique, Anscombe contesta les définitions trop rigides de la causalité, notamment l'idée qu'elle implique nécessairement une loi naturelle déterministe.
    Exécuteur testamentaire — Personne chargée par un défunt de veiller à l'exécution de ses dernières volontés, notamment la gestion de ses biens et œuvres. Anscombe fut nommée exécutrice testamentaire de Wittgenstein, ce qui lui confia la responsabilité de ses écrits philosophiques inédits.
    Séminaire philosophique — Format d'enseignement universitaire en petit groupe, centré sur la discussion critique de textes ou d'arguments, typique des universités britanniques. C'est dans ce cadre qu'Anscombe suivit l'enseignement de Wittgenstein et forma ses propres étudiants.

    Galerie

    Wittgenstein notes 1914

    Wittgenstein notes 1914

    Elisabeth Anscombe

    Elisabeth Anscombe

    Ludwig Wittgenstein - Philosophical Investigations, 1953

    Ludwig Wittgenstein - Philosophical Investigations, 1953

    Wittgenstein, Notebooks 1914-1916, illustration from 1915-06-11

    Wittgenstein, Notebooks 1914-1916, illustration from 1915-06-11

    Wittgenstein, Notebooks 1914-1916, illustration from 1914-11-15

    Wittgenstein, Notebooks 1914-1916, illustration from 1914-11-15

    Style visuel

    Atmosphère austère et intellectuelle des colleges britanniques des années 1940-1970 : architecture gothique en pierre, bibliothèques sombres, lumière froide sur des notes philosophiques manuscrites, contrastes forts en noir et blanc.

    #2C2C2C
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    #D4C5A9
    #4A5568
    #F5F0E8
    Prompt IA
    Black and white academic photography of mid-20th century Britain, austere stone architecture of Oxford and Cambridge colleges, Gothic revival library interiors with high ceilings and dark oak shelves, narrow leaded windows casting dramatic light on manuscript pages, a scholar in practical dark clothing with a monocle, cigar smoke curling in lamplight, dense handwritten philosophical notes on foolscap paper, a chessboard-patterned floor, Catholic devotional objects — rosary, crucifix — alongside analytical philosophy texts.

    Ambiance sonore

    Sons feutrés des colleges d'Oxford et Cambridge : froissement de manuscrits, cliquetis de machine à écrire, craie sur tableau noir, discussions philosophiques en salles de séminaire, et carillon d'une horloge universitaire.

    Prompt IA
    Quiet academic atmosphere of a 1950s Oxford or Cambridge college: the soft rustling of manuscript pages being turned, the rhythmic clacking of a typewriter, chalk scratching on a blackboard, muffled debates echoing through stone corridors, the distant chime of a university clock tower, occasional birdsong through leaded windows, the low murmur of a seminar discussion, the creak of wooden library shelves, a faint whiff of pipe tobacco in an old common room.

    Source du portrait

    Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0 — Albarluque — 2014