Elizabeth Anscombe(1919 — 2001)

G. E. M. Anscombe

Royaume-Uni

8 min de lecture

PhilosophiePhilosopheThéologien(ne)XXe siècleLe XXe siècle voit l'essor de la philosophie analytique anglo-saxonne, en rupture avec les grands systèmes continentaux. L'après-guerre est marqué par des débats éthiques intenses, notamment autour de la guerre nucléaire et des fondements de la morale.

G. E. M. Anscombe (1919-2001) est l'une des plus grandes philosophes analytiques du XXe siècle. Élève de Wittgenstein, elle forge le terme « conséquentialisme » et révolutionne la philosophie de l'action avec son œuvre majeure *Intention* (1957). Catholique fervente, elle n'hésite pas à s'opposer publiquement à la bombe atomique.

Questions fréquentes

G. E. M. Anscombe (1919-2001) est une figure majeure de la philosophie analytique anglo-saxonne. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a révolutionné deux domaines : la philosophie de l'action avec son ouvrage Intention (1957), où elle distingue l'action intentionnelle du simple comportement causal, et l'éthique avec son article Modern Moral Philosophy (1958) qui invente le terme « conséquentialisme » et relance l'éthique des vertus. Moins une simple élève de Wittgenstein qu'une penseuse originale, elle a aussi été son exécutrice testamentaire, traduisant ses Recherches philosophiques et rendant accessible son œuvre au monde anglophone.

Citations célèbres

« Je veux dire par « conséquentialisme » la doctrine selon laquelle un acte est juste si et seulement si il produit les meilleures conséquences disponibles. »

Faits marquants

  • Étudie sous la direction de Ludwig Wittgenstein à Cambridge dans les années 1940 et traduit ses œuvres majeures en anglais
  • Publie *Intention* en 1957, ouvrage fondateur de la philosophie contemporaine de l'action
  • Forge le terme « conséquentialisme » dans son article *Modern Moral Philosophy* (1958), rejetant cette doctrine au nom d'une éthique des vertus
  • S'oppose publiquement en 1956 à l'attribution d'un doctorat honoris causa à Harry Truman par l'université d'Oxford, le tenant responsable des bombardements atomiques
  • Succède à Wittgenstein à la chaire de philosophie de Cambridge en 1970, poste qu'elle occupe jusqu'en 1986

Œuvres & réalisations

Intention (1957)

Son œuvre majeure, fondatrice de la philosophie de l'action moderne. Anscombe y analyse la notion d'intention, distinguant action intentionnelle et comportement causalement déterminé, avec une influence considérable sur la philosophie analytique et l'éthique.

Modern Moral Philosophy (1958)

Article court mais révolutionnaire dans lequel Anscombe forge le terme 'conséquentialisme', critique les théories morales modernes et appelle à un retour à l'éthique aristotélicienne des vertus, redéfinissant l'agenda de la philosophie morale anglophone.

An Introduction to Wittgenstein's Tractatus (1959)

Introduction savante et rigoureuse au Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. Ce livre demeure l'une des meilleures portes d'entrée à l'œuvre du philosophe autrichien et témoigne de la profondeur du travail d'Anscombe en tant qu'interprète.

Traduction des Recherches philosophiques de Wittgenstein (Philosophical Investigations) (1953)

Traduction en anglais de l'œuvre posthume majeure de Wittgenstein, réalisée à partir de ses manuscrits. Ce travail titanesque d'éditrice et de traductrice a rendu accessible au monde anglophone la philosophie du langage ordinaire de Wittgenstein.

Collected Philosophical Papers (3 volumes) (1981)

Recueil de l'ensemble de ses articles philosophiques, couvrant la métaphysique, la philosophie de l'action, l'éthique et la philosophie de l'esprit. Constitue la référence principale pour étudier la pensée d'Anscombe dans sa globalité.

Mr Truman's Degree (1958)

Pamphlet dans lequel Anscombe justifie son vote contre le doctorat honorifique accordé à Harry Truman, au nom de la doctrine de la guerre juste. Texte court mais d'une grande force argumentative sur la responsabilité morale des dirigeants politiques.

Anecdotes

Lors d'une conférence à Oxford dans les années 1950, Anscombe s'opposa publiquement à la décision d'accorder un doctorat honorifique à Harry Truman, président américain qui avait ordonné les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki. Elle fut l'une des rares voix académiques à voter contre, arguant qu'honorer un homme responsable de la mort délibérée de civils innocents était moralement inacceptable.

Élève et amie proche de Ludwig Wittgenstein, Anscombe fut l'une des rares personnes à qui le philosophe autrichien faisait entièrement confiance. À la mort de Wittgenstein en 1951, il la désigna comme l'une de ses trois exécuteurs testamentaires littéraires, lui confiant la tâche immense de traduire et publier ses œuvres posthumes, dont les célèbres Investigations philosophiques.

Anscombe était connue pour sa personnalité directe et sans concession. Elle portait souvent un monocle et fumait le cigare, ce qui était particulièrement inhabituel pour une femme de son époque. En cours, elle n'hésitait pas à remettre en place les étudiants qui formulaient des arguments qu'elle jugeait insuffisamment rigoureux, parfois avec une franchise qui intimidait ses interlocuteurs.

Catholique pratiquante convaincue, Anscombe s'opposa fermement à la contraception artificielle et défendit publiquement l'encyclique Humanae Vitae de 1968. Cette position lui valut des critiques sévères, même dans les milieux catholiques progressistes. Mère de sept enfants, elle estimait que sa vie personnelle devait être cohérente avec ses convictions philosophiques et morales.

Son article de 1958, 'Modern Moral Philosophy', est considéré comme l'un des textes fondateurs de l'éthique de la vertu contemporaine. Dans cet essai, elle forgea le terme 'conséquentialisme' pour critiquer les théories morales qui justifient les actes uniquement par leurs résultats, ouvrant ainsi un débat philosophique qui structure encore aujourd'hui l'enseignement de l'éthique dans les universités du monde entier.

Sources primaires

Intention (1957)
The question 'why?' is not a request for causes; it is a request for reasons. When I ask why you did something, I am asking for your reason, not for a causal explanation of your behavior.
Modern Moral Philosophy (1958)
The concepts of obligation, and duty—moral obligation and moral duty, that is to say—and of what is morally right and wrong, and of the moral sense of 'ought', ought to be jettisoned if this is psychologically possible.
Mr Truman's Degree (pamphlet) (1958)
For men to choose to kill the innocent as a means to their ends is always murder, and murder is one of the worst of human actions. So that Mr. Truman's decision to use the atom bomb is objectively the decision of a mass murderer.
Causality and Determination (conférence inaugurale à Cambridge) (1971)
Causality is not the same thing as necessity. The discovery of a cause does not entail the discovery of a law-like necessity governing events.

Lieux clés

Somerville College, Oxford

C'est à Oxford qu'Anscombe fit ses études supérieures et se convertit au catholicisme. Elle y développa les bases de sa pensée philosophique et rencontra les grands esprits analytiques de son temps.

Cambridge, Faculty of Philosophy

Anscombe suivit les séminaires de Wittgenstein à Cambridge dans les années 1940 et y occupa une chaire de philosophie de 1970 à 1986, succédant à une longue lignée de penseurs analytiques. C'est là qu'elle mourut en 2001.

Rome, Vatican

Anscombe se rendit plusieurs fois à Rome dans le cadre de ses réflexions sur l'éthique catholique et sa défense de l'enseignement de l'Église. Son engagement auprès des milieux intellectuels catholiques était reconnu jusqu'au Saint-Siège.

Oxford, Radcliffe Camera (Bodleian Library)

La grande bibliothèque d'Oxford fut un lieu de travail essentiel pour Anscombe lors de ses recherches et de la préparation de ses traductions et éditions des œuvres de Wittgenstein.

Limerick, Irlande

Ville natale d'Elizabeth Anscombe, née le 18 mars 1919. Ses origines irlandaises et son éducation catholique influencèrent durablement son rapport à la tradition et à la morale.

Voir aussi