Iris Murdoch(1919 — 1999)

Iris Murdoch

Irlande, Royaume-Uni

9 min de lecture

PhilosophieLettresPhilosopheÉcrivain(e)XXe siècleIris Murdoch vit dans le contexte de l'après-guerre et de la Guerre froide, période de reconstruction intellectuelle en Europe où la philosophie existentialiste et la littérature anglophone connaissent un essor remarquable.

Iris Murdoch (1919-1999) est une philosophe et romancière irlando-britannique, professeure à Oxford, connue pour ses romans alliant réflexion morale et intrigue psychologique. Auteure de plus de vingt-six romans et de travaux philosophiques majeurs, elle explore les thèmes de l'amour, de la liberté et du bien.

Questions fréquentes

Iris Murdoch (1919-1999) est une philosophe et romancière irlando-britannique, professeure à Oxford. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a marqué le XXe siècle en montrant que la littérature peut être une forme de connaissance morale. Ses romans, comme La Mer, la Mer (Booker Prize 1978), mettent en scène des personnages confrontés à des dilemmes éthiques, tandis que ses essais, comme La Souveraineté du Bien (1970), défendent une éthique fondée sur l'attention à la réalité. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle refusait de séparer ses deux vocations : pour elle, philosopher et écrire des romans étaient deux chemins vers la même vérité.

Citations célèbres

« L'amour est la perception extrêmement difficile de la réalité de quelqu'un d'autre. »
« Un bon roman nous dit la vérité sur son héros, mais un mauvais roman nous dit la vérité sur son auteur. »

Faits marquants

  • Née à Dublin en 1919, elle fait ses études à Oxford et devient professeure de philosophie à l'université.
  • En 1954, elle publie son premier roman, 'Sous le filet', qui rencontre un succès immédiat.
  • Son essai 'La Souveraineté du Bien' (1970) est une œuvre philosophique fondamentale sur l'éthique.
  • Elle reçoit le Booker Prize en 1978 pour son roman 'La Mer, la Mer'.
  • Elle meurt en 1999 des suites de la maladie d'Alzheimer, dont son mari John Bayley témoignera dans ses mémoires.

Œuvres & réalisations

Sartre, Romantic Rationalist (1953)

Premier essai philosophique majeur en langue anglaise sur Jean-Paul Sartre. Murdoch y introduit l'existentialisme français au public britannique tout en formulant ses premières critiques de la vision sartrienne du moi.

Under the Net (Sous le filet) (1954)

Premier roman d'Iris Murdoch, immédiatement classé parmi les meilleurs premiers romans britanniques de l'après-guerre. L'œuvre explore les thèmes du langage, de l'identité et de la liberté à travers un personnage errant dans Paris et Londres.

The Bell (La Cloche) (1958)

Roman sur une communauté laïque vivant près d'une abbaye, qui explore les tensions entre foi, sexualité, morale et hypocrisie. Considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre, il illustre sa méthode : mettre les grandes questions philosophiques dans des situations concrètes.

The Sovereignty of Good (La Souveraineté du Bien) (1970)

Son œuvre philosophique la plus célèbre et la plus lue, composée de trois essais. Murdoch y critique le subjectivisme moral moderne et propose une éthique fondée sur l'attention désintéressée à la réalité et la notion platonicienne du Bien.

The Sea, the Sea (La Mer, la Mer) (1978)

Roman couronné par le Booker Prize. Narré par un metteur en scène à la retraite hanté par un amour de jeunesse, il explore l'obsession, l'illusion et l'incapacité à voir les autres tels qu'ils sont — thème central de toute l'œuvre de Murdoch.

The Fire and the Sun: Why Plato Banished the Artists (1977)

Essai philosophique issu de sa leçon inaugurale à Oxford, dans lequel Murdoch examine le paradoxe de la relation de Platon à l'art. Elle y défend l'idée que la grande littérature est une forme de connaissance morale irremplaçable.

Metaphysics as a Guide to Morals (1992)

Sa grande synthèse philosophique, fruit de décennies de réflexion. Murdoch y défend une métaphysique humaniste contre le relativisme postmoderne, affirmant la réalité du bien moral et la possibilité d'une vie vertueuse.

Anecdotes

Iris Murdoch a traversé l'Europe dévastée après la Seconde Guerre mondiale en travaillant pour l'UNRRA (Administration des Nations Unies pour le secours et la réhabilitation) en Autriche et en Belgique. Elle y côtoya des milliers de réfugiés et de personnes déplacées, une expérience qui marqua profondément sa vision de la condition humaine et nourrit ses romans.

Grande amoureuse des langues, Iris Murdoch maîtrisait le français, l'allemand et le russe. Elle fut l'une des premières philosophes britanniques à lire Sartre et Simone de Beauvoir en version originale, et publia dès 1953 l'un des premiers livres en langue anglaise consacrés à Sartre, alors que l'existentialisme était encore inconnu au Royaume-Uni.

Iris Murdoch entretenait une relation passionnée avec l'écriture : elle rédigeait ses romans à la main, dans des carnets, sans jamais utiliser de machine à écrire ni d'ordinateur. Elle pouvait produire un roman entier en quelques mois, s'immergeant totalement dans ses personnages au point de pleurer à leur mort.

Atteinte de la maladie d'Alzheimer à la fin de sa vie, Iris Murdoch perdit progressivement la maîtrise du langage qui avait fait sa grandeur. Son mari, le critique littéraire John Bayley, raconta cette période dans un livre bouleversant, 'Iris', adapté au cinéma en 2001, avec Judi Dench dans le rôle principal — une interprétation qui lui valut un Oscar.

En 1978, son roman 'La Mer, la Mer' remporta le Booker Prize, la plus haute récompense littéraire britannique. Pourtant Murdoch refusa toujours de se laisser enfermer dans une étiquette : elle se considérait à la fois philosophe et romancière, deux vocations qu'elle jugeait indissociables pour explorer les grandes questions morales de son époque.

Sources primaires

Sartre, Romantic Rationalist (1953)
Sartre's novels and plays are philosophical in a fairly obvious sense — they are written to illustrate a philosophy. But Sartre is also a novelist in a deeper sense: his philosophical writings themselves have a novelistic quality.
The Sovereignty of Good (1970)
The foundation of morality is the same as the foundation of realism, namely the ability to perceive what is truly before one instead of what is a consoling fiction.
Lettre à Raymond Queneau (correspondance personnelle) (1947)
Je pense que la philosophie et la littérature ne sont pas deux chemins séparés vers la vérité, mais deux façons de voir la même chose — la complexité irréductible de l'être humain.
Metaphysics as a Guide to Morals (1992)
Art is the most educational thing we have, not because it teaches us facts or rules, but because it teaches us how to see. A good novel extends our knowledge of what it is to be human.
The Fire and the Sun: Why Plato Banished the Artists (1977)
Plato feared art because art can touch the soul at its most vulnerable point, at the point where it is most deeply itself. He understood art's power better than most of its defenders.

Lieux clés

Dublin, Irlande

Ville natale d'Iris Murdoch, née le 15 juillet 1919. Bien qu'elle ait grandi en Angleterre, son identité irlandaise a toujours été une source d'interrogation identitaire qui traverse certains de ses romans.

St Anne's College, Oxford

Murdoch y enseigna la philosophie de 1948 à 1963. Ce cadre universitaire d'élite fut le cœur de sa vie intellectuelle, où elle forma des générations d'étudiants en philosophie morale.

Vienne, Autriche

Après la guerre, Murdoch travailla pour l'UNRRA en Autriche occupée, côtoyant la misère des réfugiés et les ruines de l'Europe. Cette expérience marquante nourrit sa sensibilité aux questions du mal, de la souffrance et de la responsabilité morale.

Cambridge, Angleterre

C'est à Cambridge qu'Iris Murdoch eut l'opportunité de suivre des séminaires de Wittgenstein en 1947, une rencontre intellectuelle déterminante pour sa philosophie du langage et de la conscience.

Steeple Aston, Oxfordshire

Village de campagne anglaise où Iris Murdoch et son mari John Bayley vécurent de nombreuses années dans une maison entourée d'un jardin. Ce cadre rural calme fut le lieu de la plupart de ses grandes œuvres romanesques.

Voir aussi