Fanny Mendelssohn(1805 — 1847)
Fanny Mendelssohn
Hambourg
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Fanny Mendelssohn (1805-1847) est une compositrice et pianiste virtuose allemande, sœur de Felix Mendelssohn. Malgré un talent exceptionnel reconnu dès l'enfance, les conventions de l'époque l'ont longtemps empêchée de publier ses œuvres sous son propre nom. Elle a composé plus de 460 pièces, dont des lieder, de la musique de chambre et des pièces pour piano.
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née à Hambourg en 1805 dans une famille bourgeoise cultivée d'origine juive, elle reçoit une formation musicale d'excellence aux côtés de son frère Felix.
- Son père lui déconseille explicitement une carrière publique en 1820, estimant que la musique doit rester un ornement pour une femme de sa condition.
- Plusieurs de ses lieder sont publiés sous le nom de son frère Felix dans les opus 8 et 9 (vers 1827), faute de pouvoir signer elle-même.
- Elle fonde et dirige les Sonntagsmusiken, des concerts dominicaux privés très courus à Berlin, réunissant l'élite artistique et intellectuelle de la ville.
- Elle publie ses premières œuvres sous son propre nom en 1846, un an seulement avant sa mort brutale d'une attaque cérébrale à 41 ans.
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre de Fanny Mendelssohn, ce cycle de douze pièces pour piano évoque chaque mois de l'année, inspiré par son séjour en Italie. Longtemps inédit, il fut redécouvert et enregistré à partir des années 1980, révélant toute la richesse de son langage musical romantique.
Cette œuvre ambitieuse, publiée peu avant sa mort, est considérée comme son testament musical. Elle révèle une maîtrise de la forme sonate et une profondeur expressive comparables aux meilleures pages de la musique de chambre romantique.
Grande cantate chorale composée par Fanny pour les Sonntagsmusiken. Elle y dirige elle-même chœur et orchestre, affirmant son talent de compositrice et de chef d'ensemble dans un répertoire habituellement réservé aux hommes.
Premier recueil publié sous le nom de Fanny Hensel, il contient des mélodies pour voix et piano d'une grande sensibilité poétique. Sa publication représente un acte d'émancipation symbolique majeur pour une femme compositrice du XIXe siècle.
Œuvre de musique de chambre aux ambitions formelles remarquables pour une compositrice autodidacte dans ce genre. Resté manuscrit jusqu'à sa publication posthume, il témoigne de la diversité et de la profondeur de la production de Fanny.
Recueil de lieder pour voix seule ou ensemble vocal, publiés juste avant sa mort. Ces mélodies intimistes reflètent l'univers domestique et poétique dans lequel Fanny évoluait et créait.
Anecdotes
Fanny Mendelssohn était considérée par son propre père comme la plus douée musicalement des deux enfants Mendelssohn, mais il lui interdit de faire carrière. Dans une lettre de 1820, Abraham Mendelssohn lui écrit que la musique doit rester pour elle un 'ornement', tandis que pour son frère Felix, elle sera un 'métier'. Cette injustice illustre parfaitement les obstacles que les femmes talentueuses devaient surmonter au XIXe siècle.
Certaines des mélodies publiées sous le nom de Felix Mendelssohn étaient en réalité composées par Fanny. La reine Victoria, grande admiratrice de ces lieder, demanda un jour à Felix quel était son morceau préféré parmi ceux qu'elle avait interprétés — il dut avouer que la pièce que la reine avait choisie avait été écrite par sa sœur. Fanny restait ainsi dans l'ombre, même quand son génie était célébré.
Fanny organisa pendant des années les célèbres 'Sonntagsmusiken' (Musiques du dimanche) dans la villa familiale de Berlin. Ces concerts privés réunissaient jusqu'à deux cents invités, parmi lesquels des compositeurs, des poètes et des intellectuels de toute l'Europe. Fanny y jouait, dirigeait et présentait ses propres compositions, créant un véritable salon musical qui influença la vie culturelle berlinoise.
Fanny ne publia ses compositions sous son propre nom qu'à l'âge de quarante ans, en 1846, malgré l'opposition persistante de son frère Felix. Ce recueil de lieder fut accueilli avec enthousiasme par la critique. Elle mourut moins d'un an après cette première publication, foudroyée par une attaque cérébrale lors d'une répétition. Felix, brisé de chagrin, la suivit dans la mort six mois plus tard.
Fanny Mendelssohn composa plus de 460 œuvres au cours de sa vie, dont un trio pour piano, un quatuor à cordes, des cantates et plus de 250 lieder. Pendant longtemps, ces partitions restèrent enfouies dans les archives familiales. Ce n'est qu'à partir des années 1980 que les musicologues commencèrent à redécouvrir et à enregistrer son œuvre, lui rendant enfin la place qu'elle mérite dans l'histoire de la musique romantique.
Sources primaires
Je dois te dire que je suis heureuse d'avoir enfin osé publier. Les critiques sont bienveillants, et je sens que j'ai fait quelque chose de juste pour moi-même, quoi qu'il arrive.
La musique ne deviendra peut-être pas ta profession, comme pour ton frère Felix, mais elle peut et doit orner ta vie, et rester pour toi un ornement précieux.
Aujourd'hui j'ai dirigé ma Cantate de Pâques devant un public nombreux. Je n'ai jamais ressenti pareille satisfaction. Je suis compositrice, et personne ne peut me l'ôter.
Ma sœur est un bien meilleur musicien que moi, et j'apprends encore d'elle chaque fois que nous travaillons ensemble.
Lieux clés
Demeure familiale où Fanny passa l'essentiel de sa vie et organisa les Sonntagsmusiken. Ce salon musical privé était l'un des centres culturels les plus influents de Berlin dans les années 1830-1840.
Ville natale de Fanny Mendelssohn, née le 14 novembre 1805 dans une famille juive cultivée. Hambourg était alors un grand centre commercial et culturel germanophone.
Fanny y séjourna avec son mari peintre de 1839 à 1840. Ce voyage en Italie fut une période de grande créativité : elle y composa le cycle Das Jahr et rencontra de nombreux artistes européens.
Ville de Felix Mendelssohn, où il fonda le Conservatoire en 1843. Fanny y séjourna à plusieurs reprises pour rendre visite à son frère et assister aux concerts du Gewandhaus.
Fanny y reçut des leçons de piano avec la pianiste Marie Bigot en 1816. Paris était alors la capitale musicale de l'Europe, fréquentée par Chopin, Liszt et les grands virtuoses romantiques.






